La France serait-elle la patrie des portails personnalisables? Après le pionnier Netvibes, c'est au tour de Webwag de tenter l'aventure. Créée par l'ancien patron de Google France, cette start-up entend démontrer que le web 2.0 peut être rentable.
Les habitués vous le diront, à l'utilisation, un portail Web personnalisé se révèle bien plus efficace que le surf à partir de Yahoo, Google ou Microsoft. Défriché notamment par Netvibes, ce créneau compte un nouvel acteur d'origine française depuis le mois d'août: Webwag. Signe que les start-ups françaises peuvent être à la pointe dans le web 2.0. Leur proposition? Permettre à quiconque de bâtir son portail à la carte en agrégeant les contenus et les services qui l'intéressent vraiment. Cela va de la messagerie personnelle ou professionnelle aux moteurs de recherche en passant par les médias, les blogs, les podcasts, la météo, les sites d'e-commerce, les notes personnelles ou les cours de bourse…
La page d'accueil de Webwag vous propose, certes, des espaces ou modules déjà installés, dont les contenus sont accessibles immédiatement. Mais ils ne sont là qu'à titre indicatif, et ne demandent qu'à être modifiés, déplacés, taillés sur mesure ou… supprimés. C'est d'ailleurs le premier atout du portail personnalisable, une option que proposent aussi les grands portails. La différence, c'est que Webwag vous laisse entièrement libre de vos choix : vous pouvez faire cohabiter la messagerie instantanée de Microsoft, le Gmail de Google, Flickr, le système de partage de photos en ligne de Yahoo, l'espace de ventes aux enchères d'eBay ou le flux RSS de Lexpansion.com.
« Webwag est une sorte de hub qui permet d'agréger toutes sortes de contenus, auxquels on pourra ensuite accéder depuis n'importe quel ordinateur dans le monde, depuis son téléphone mobile et demain, la télévision », explique Franck Poisson. A ce stade, difficile pourtant, de faire la différence avec le pionnier Netvibes, lancé à l'automne 2005 par Tariq Krim, et qui a compte déjà 8 millions d'utilisateurs dans quelque 150 pays. « On peut nous comparer à Netvibes, à ceci près qu'ils ont 15 mois d'existence alors que nous en avons trois », admet Franck Poisson, le fondateur de Webwag et ancien patron de Google France. Mais il entend se démarquer au moins sur deux points: la possibilité de partager avec ses amis les widgets proposés (flux RSS, favoris, notes,…), et la rémunération des développeurs open source. Ainsi, l'espace Webwag Factory présente différents modules réalisés par la communauté. L'un d'entre eux permet par exemple de regarder en direct une trentaine de chaînes de télévision. Les développeurs dont les modules sont installés au moins une centaine de fois touchent une rémunération de 50 dollars.
Cette liberté, cette indépendance induisent pourtant une question qui revient comme une antienne dans les propos des financiers: quid du modèle économique ? Webwag prétend en avoir trois, là où d'autres start-ups du web 2.0 en seraient dépourvus. Le premier est fondé sur son partenariat avec Yahoo qui propose un moteur de recherche permettant à la fois l'exploration du Web et de l'univers personnel créé par chaque utilisateur sur Webwag. Or « qui dit moteur de recherche, dit liens sponsorisés qui, eux-mêmes, signifient revenus », explique Franck Poisson. La deuxième source de revenus sera effective au début de l'année prochaine. Elle repose sur l'affiliation de sites de e-commerce, les transactions effectuées par l'intermédiaire de Webwag donnant droit à commissions. Une option qui a également les faveurs de Netvibes. Enfin, le portail veut gagner de l'argent en vendant à des sites désireux d'être bien visibles sur Webwag la possibilité de configurer eux-mêmes un module à leurs couleurs. Une option qui n'est toutefois pas sans risque selon Tariq Krim : « Exposer les utilisateurs aux marques n'est pas souhaitable. Cela revient à faire la même chose que Yahoo, mais avec des fenêtres qui bougent. Or l'indépendance a une valeur énorme pour le site, et bien plus d'impact que n'importe quelle publicité ».
A l'horizon des trois prochaines années, pronostique Franck Poisson, « les trois grands auront 50% du marché mondial des pages d'accueil, l'autre moitié étant éparpillée entre les agrégateurs de contenus. D'ici 5 ans, un internaute sur cinq disposera de sa page d'accueil personnalisée ».

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