Naguère eldorado de la Silicon Valley, l'entreprise de Mountain View voit nombre de ses managers et ingénieurs débauchés par Facebook, la star du réseau social en ligne.
Yaurait-il un problème Facebook à Google ? Malgré les fameux perks - les avantages en nature qui ont fait la réputation de l'entreprise de Mountain View -, les bonus et les stock-options, l'entreprise semble avoir du mal à empêcher ses troupes de céder aux sirènes de Facebook. « C'est pratiquement mission impossible, souligne Rob Enderle, un analyste spécialisé dans le high-tech. Le réseau social Facebook est en pleine croissance, et il n'a pas encore été introduit en Bourse. Pour les jeunes ingénieurs, c'est une formi- dable opportunité de faire fortune en se gavant de stock-options avant l'explosion de la valorisation. Une chance comparable à celle qu'offrait Google... il y a quatre ans. »
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Plus d'une dizaine des top performers de Google sont déjà passés à l'ennemi. C'est le cas du directeur financier de YouTube, Gideon Yu, du responsable de l'e-commerce, Benjamin Ling, de l'un des développeurs du disque virtuel de Google (GDrive), Justin Rosenstein, et, plus récemment, de Sheryl Sandberg, l'ancienne vice-présidente chargée de la publicité, devenue directrice générale de la start-up de Palo Alto. Plus grave : Ethan Beard, l'ancien directeur des médias sociaux de Google, est aujourd'hui responsable du développement commercial de Facebook. « C'est un cycle, explique Rob Enderle. Au début des années 2000, c'était Yahoo!, Netscape et d'autres qui voyaient leurs troupes partir vers Mountain View. »
Le parcours de Raymond Nasr est emblématique du syndrome de la Silicon Valley. Au début des années 90, ce francophile d'origine libanaise était le bras droit d'Eric Schmidt, l'actuel dirigeant de Google, à Sun Microsystems, un fabricant de serveurs informatiques pour les grandes entreprises mondiales. Il a suivi Schmidt à Novell, un éditeur de logiciels pour serveurs d'entreprise basé dans l'Utah, près de Salt Lake City, puis à Google, en août 2001. Raymond Nasr s'occupait de la communication du groupe. Il a quitté l'entreprise en 2006.
« C'était possible sur le plan financier, car j'ai eu la chance de rejoindre Google très tôt [un employé de Google peut vendre l'ensemble de ses stock-options au prix du marché quatre ans après avoir rejoint l'entreprise]. Pour moi, c'était le moment de faire ce qui me plaît : devenir sommelier. » Raymond Nasr se dit « surpris que pas plus de gens ne soient déjà partis. C'est la preuve que Google reste un endroit unique pour travailler et s'épanouir. Moi, je voulais consacrer plus de temps à ma famille et à mon développement personnel. »
Cet exode intervient alors que Google a remporté la palme, aux Etats-Unis comme en France, du meilleur environnement de travail (étude Great Place to Work). « Nos salaires sont compétitifs par rapport à ceux de la concurrence si vous prenez en compte tous les petits plus en nature », assure Ann Driscoll, responsable des ressources humaines de Google. Côté avantages, il est difficile de battre cette entreprise qui fait référence dans la Silicon Valley. Le plus important et le plus connu, c'est la nourriture gratuite à volonté. Le campus de Mountain View compte en effet plus d'une dizaine de cafétérias dans lesquelles chaque employé peut prendre tous ses repas, voire plus. Il y a aussi la salle de sport, l'infirmerie, le salon de massage, les navettes entre San Francisco et Mountain View - un trajet qui prendrait facilement deux heures en voiture aux heures de pointe -, la buanderie... « Le but n'est pas de maintenir les employés collés à leur chaise, mais de les aider dans leur vie quotidienne. Pourquoi perdre plusieurs heures pour aller voir un médecin quand vingt minutes suffisent ? Pourquoi aller dans le centre-ville, prendre sa voiture, chercher une place de parking et faire la queue au restaurant lorsqu'il y a mieux sur place ? Bien sûr, cela booste la productivité, mais c'est une conséquence, pas le but », souligne Ann Driscoll.
La culture quelque peu chaotique de l'entreprise de Mountain View est sans doute ce qui déplaît le plus à certains « googlers ». Cela commence dès l'embauche, avec une dizaine d'entretiens durant plusieurs mois pour ceux qui sortent de l'université. « On perd certainement de bons candidats durant ce processus. Mais le but est qu'ils rencontrent l'équipe avec laquelle ils vont travailler. Comme nous avons une structure hiérarchique plate, cela fait beaucoup de monde ! Ce n'est pas un concours d'entrée, même si pour certains ça en a tout l'air », estime le Français Patrick Chanezon, responsable de la plate-forme OpenSocial de Google.

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