Le nouveau système d'exploitation grand public de Microsoft a été une nouvelle fois retardé et le patron de son développement désavoué. En fait, la mise à jour de Windows est handicapée par la volonté, louable au départ, d'assurer la compatibilité avec les versions précédentes.
Pas de chance pour Jim Allchin, co-président en charge de la division Platforms & Services de Microsoft. A quelques mois de la retraite, il doit céder à un autre le pilotage effectif du développement de Windows Vista. Sa faute ? Avoir dû reporter la version grand public du successeur de Windows XP, initialement programmée pour cet automne. Non content de louper les ventes de la rentrée scolaire, le groupe va en effet devoir s'asseoir, avec les industriels du PC, sur celles de fin d'année, puisqu'une nouvelle date a été fixée janvier 2007. Le bureau d'études IDC a déjà intégré dans ses prévisions 2006 les conséquences de ce dérapage : les volumes de ventes sur le marché nord-américain n'enregistreraient qu'un recul, finalement limité, de 2%.
Il n'empêche. Certains salariés de Microsoft se sont déchaînés sur la Toile dès l'annonce de ce retard. Il faut dire en effet que ce n'est pas le premier, et qu'il aura fallu au total plus de 5 ans pour donner un successeur à XP! On imagine donc aisément les grincements de dents et les rancoeurs accumulées derrière les déclarations policées des responsables de Dell et HP assurant Microsoft de leur soutien… Jim Allchin a bien essayé de justifier ces multiples contretemps en soulignant le haut niveau d'exigence requis en matière de sécurité et de fiabilité. En vain.
Il est vrai que depuis 2001, les obstacles s'accumulent pour Vista : à l'origine simple version intermédiaire à Windows Blackcomb, projet beaucoup plus ambitieux lui aussi reporté à très long terme (on parle de 2011…), l'ex-Longhorn a vu son développement gelé, puis redéfini à plusieurs reprises. La sortie des versions bêta a été régulièrement retardée tandis que l'intégration de certaines fonctionnalités présentées comme centrales au départ, comme WinSF (censée révolutionner le stockage et la gestion des fichiers), était même ajournée... Justement pour respecter la date butoir de 2006.
L'extrême complexité de ce nouvel opus, sur lequel travaillent depuis plus de quatre ans plusieurs milliers d'ingénieurs ne facilite guère les choses. La dernière version bêta fournie par la firme de Redmond pèse au bas mot 50 millions de lignes de code et occupe un espace 40% plus important que Windows XP. Pourquoi une telle obésité ? Bien sûr, il y a l'intégration de nouvelles fonctionnalités à l'instar d'Avalon (interface graphique), Indigo (système d'envoi de messages) ou autres fonctionnalités multimédias dédiées à la TNT ou la haute définition... Mais la raison tient surtout à l'un des fondements de l'empire Microsoft : s'assurer que les machines ou logiciels qui fonctionnaient sous les anciennes versions de Windows tournent avec le nouveau système d'exploitation. C'est une des explications qui fait que le groupe peut se targuer de faire travailler 90% des PC dans le monde.
Pourtant, de nombreux observateurs estiment que cette règle de base constitue désormais plus une faiblesse qu'un réel avantage stratégique. Cité par le New-York Times, David B. Yoffie, professeur à la Harvard Business School fait remarquer que « l'importance prise désormais par le code source Windows, l'ampleur de son écosystème, et le choix systématique de la compatibilité rendent cette entité énorme et financièrement difficile à gérer. Cela explique la raison pour laquelle son développement est si lent ».
D'autres estiment que Bill Gates et Steve Ballmer feraient bien de s'inspirer de la stratégie suivie par Steve Jobs à la tête d'Apple. Lorsqu'il a été lancé en 2001, Mac OS X, système dérivé de NeXTSTEP et s'appuyant sur un noyau Unix, n'avait plus rien à voir avec le système précédent Mac OS 9. Certes, les anciennes applications sont devenues obsolètes car incompatibles avec Mac OS X, mais le nouvel environnement y a considérablement gagné en stabilité, mais aussi en coûts et en rapidité d'évolution. Ainsi, le développement de Mac OS X ne nécessiterait que quelques centaines de programmeurs, ce qui n'a pas empêché Apple de procéder à quatre mises à jours de Mac OS X depuis son lancement, quand Microsoft se concentrait sur la mise à jour de son pack sécurité (service Pack 2) et le lancement de versions Tablet PC ou Media Center.
Reste maintenant à Stefen Sinofsky, jusqu'alors responsable du développement de la suite bureautique Office, de remettre Windows à l'heure. Il est justement réputé pour son respect des échéances et son obsession du calendrier. Un atout essentiel au moment où des mauvaises langues laissent entendre que les problèmes de Windows sont beaucoup plus importants qu'il n'est dit officiellement, et nécessiteraient de réécrire... 60% du code de Vista. Une allégation formellement contestée à Redmond. Mais dont Microsoft porte en partie la responsabilité tant il donne prise à de telles rumeurs.

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