Faire démarrer un iMac sous Windows XP, l'idée faisait rêver, même si Apple faisait mine d'en douter. Or des hackers l'ont fait. Reste à savoir si cet exploit peut se banaliser. Auquel cas, la face du marché informatique pourrait en être changée.
A quand Windows sur Mac ? La question est posée depuis la décision d'Apple d'adopter les processeurs d'Intel. Or deux hackers – connus sous leurs pseudos Blanka et Narf – viennent de démontrer que la chose était bien réalisable. Ils remportent au passage la coquette somme de 13.854 dollars, récoltée dans le cadre d'un défi qui arrivait à échéance à la fin du mois. Les donateurs, individus ou entreprises, étaient invités à se manifester sur un site spécialement lancé pour l'occasion.
Il faut dire que l'affaire passionne, au-delà même du clan des "Mac-maniaques", en raison des répercussions potentielles sur le marché informatique. Un certain Colin Nederkoorn avait ainsi lancé le concours, il y a quelques semaines, après avoir affirmé à son patron que son MacBook Pro personnel pourrait avantageusement remplacer son PC de bureau IBM. Il suffirait d'installer Windows XP dessus.
Son défi, lancé à tous les bidouilleurs de génie, visait donc à faire cohabiter, sur un même Mac Intel, les deux systèmes d'exploitation d'Apple et de Microsoft. Autrement dit, à permettre, au choix de l'utilisateur, de faire démarrer la machine alternativement sous l'un ou l'autre OS. C'est pourquoi on a également baptisé ce concours « Dual Boot » (Double Initialisation).
Apparemment, Blanka et Narf ont trouvé la solution à l'incompatibilité fondamentale des micrologiciels (firmwares) des deux plate-formes. Ces logiciels internes – EFI pour Mac et BIOS pour Windows – commandent en effet toute la phase de démarrage. Un problème tel que certains n'hésitaient pas à dénoncer l'hypocrisie d'un Apple affirmant « qu'il ne ferait rien pour empêcher l'installation de Windows sur Mac »… en sachant qu'il existait déjà un obstacle suffisant interdisant de le faire dans de bonnes conditions. Apple a d'ailleurs récemment été amené à reconnaître que le futur Windows Vista, pourtant appelé à terme à utiliser EFI, ne rendrait pas forcément les choses plus faciles. EFI peut en effet recouvrir des options technologiques différentes, comme le choix de supporter des puces 32 bits (pour Mac) ou 64 bits.
Face à cette complexité, la solution proposée par Blanka et Narf reste encore imparfaite. Le Wiki qui accompagne le kit d'installation offert en téléchargement sur le site du défi est à cet égard éloquent. D'une part, la procédure d'installation n'est pas à la portée de l'utilisateur lambda. D'autre part, plusieurs choses ne marchent pas ou mal. L'absence de pilotes vidéo, notamment, réduit fortement les fonctions graphiques, ce qui empêche par exemple de jouer à un jeu aussi exigeant que Half Life 2. Cela dit, le kit de démarrage sous Windows est présenté en version 1.0. Ce qui suppose des évolutions. Colin Nederkoorn a d'ailleurs affirmé que toutes les sommes qui continueraient à être versées au défi iront alimenter un projet de développement open-source.
Au delà de la prouesse technique, l'idée est en effet de bénéficier des avantages supposés de l'univers MacOS tout en gagnant un accès à la riche logithèque du système d'exploitation ultra-dominant. De ce point de vue, on aura compris que la V.1 proposée actuellement ne satisfera pas les joueurs. Mais si une réelle solution grand public était trouvée - gratuite qui plus est - la face du marché informatique pourrait en être (un peu) changée. Une étude de la banque Needham & Co affirme en effet que la possibilité de faire tourner des logiciels Windows permettrait à Apple d'accroître ses ventes de Mac d'un million d'unités aux Etats-Unis (d'après le compte-rendu de Techweb). Même si ce chiffre est sujet à caution, car il s'agit d'une extrapolation, il s'appuie sur des déclarations d'utilisateurs Windows (des étudiants) qui seraient prêts à passer au Mac, si celui-ci devenait compatible Windows.
Officiellement, pourtant, cette possibilité ne représente pas une piste de développement pour Apple. Mais certains utilisateurs semblent prêts à lui forcer la main. Et ce d'autant plus que le "Dual Boot" ne constitue pas la seule solution. La virtualisation en est une autre, également explorée via un concours. L'idée vise à développer une application qui permette de faire tourner en même temps Windows et Mac OS, et donc d'utiliser en même temps les applications des deux univers. Enfin, il ne faudrait pas oublier la démarche inverse, à savoir le portage de Mac OS X sur PC, qui relancerait l'opposition frontale entre l'Apple et le Microsoft des années 80. Là encore confronté aux exploits des hackers, la firme de Steve Jobs s'oppose cette fois ouvertement à ces initiatives. Reste à savoir jusqu'à quand...

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