Avec la solution de cette jeune pousse française, fusionner en temps réel des images réelles et des élements virtuels devient facile. Elle a déjà séduit des géants de la défense, du cinéma et des parcs d'attraction. Et elle pourrait bientôt toucher le grand public...
Les poids-lourds mondiaux de la défense, du cinéma ou de l’automobile lui font déjà les yeux doux. En quelques années, Total Immersion, jeune pousse hexagonale spécialisée dans la réalité augmentée a réussi à imposer sa technologie. Une véritable aubaine pour les deux fondateurs Bruno Uzzan et Valentin Lefèvre qui évoluent pour ainsi dire seuls sur un marché de plus en plus demandeur et qui pourrait s'ouvrir au grand public.
Mais d’abord, la réalité augmentée, c’est quoi ? « C’est le résultat du mélange, en temps réel, d’images vidéo classiques réalisées avec une caméra et d’objets de synthèse en 3D qui y sont insérées », répond Valentin Lefèvre, Directeur technique de Total Immersion. La technologie permet par exemple à Renault de conduire une voiture virtuelle, encore à l’état de prototype, dans un environnement routier parfaitement réel, ou à Airbus de tester son A380 sur les pistes d’atterrissage des aéroports internationaux.
« Avant, tout cela n’était possible qu’à l’issue d’un lourd traitement de post-production », ajoute Valentin Lefèvre. Or, la solution proposée par cette jeune pousse ne demande que quelques millisecondes pour afficher des images enrichies. À titre de comparaison, rappelle celui-ci, une minute d’images de dinosaures virtuels galopant dans Jurassic Park nécessitait des centaines d’heures de calcul…
La force de Total Immersion, c’est d’avoir su exploiter simultanément et de façon optimale les capacités de trois des composants essentiels d’un ordinateur : le microprocesseur, la carte graphique munie elle aussi de son processeur, et la partie destinée à l’acquisition d’images vidéo. C’est tout le sens de la solution D’Fusion, suite logicielle mise au point par l’entreprise.
Domaine d’activité : Développement logiciel de réalité augmentée
Année de création : 2000
Effectifs : 50
Dirigeant : Bruno Uzzan
Fondateurs : Bruno Uzzan, Valentin Lefèvre
Capital : 122 500€
Levée(s) de fonds :
2000 : 300 000€ (Business Angels)
2003 : 1,5M€ avec I Source Gestion et Partech International
2006 : 4,5M€ avec I Source Gestion, Partech International et Elaia Partners
Actionnaire(s) : Fonds d’investissement (75%), fondateurs (25%)
Chiffre d’affaires 2006 : 3,5M€
Concurrents : Metaio (All) dans le domaine de la création de sites industriels
Ce système peut en effet fonctionner sur du matériel standard (ordinateur, caméra, webcam) vendu dans la grande distribution. « Cette standardisation nous permet de répondre à n’importe quel cahier des charges, celui de Renault, notre plus gros client, comme celui d’EADS ou de Walt Disney », explique Valentin Lefèvre.
Par ailleurs, Total Immersion a réussi à contourner l’une des difficultés techniques de la réalité augmentée : conserver une cohérence visuelle entre images réelles et effets virtuels. En effet, s’il est facile d’intégrer un objet fictif animé dans un plan fixe réel (exemple : un personnage de dessin animé sur une table Louis XV), les choses se compliquent dès lors que la caméra se met en mouvement. Les paramètres liés à la position des objets dans l’espace se multiplient alors de façon exponentielle, exigeant une puissance de calcul de plus en plus importante.
Entre 2002 et 2005, les fondateurs de Total Immersion ont passé beaucoup de temps à évangéliser. La technologie n’était pas très connue et les clients plutôt hésitants. « Les portes s’ouvrent depuis 2006. Nous avons de plus en plus d’appels entrants », note le responsable technique de l’entreprise. Ce fut le cas avec le Futuroscope de Poitiers. Après une série de petits contrats, le parc à thème leur a carrément passé commande de son attraction vedette prévue l’an prochain, « Animaux du futur ». Les spectateurs, assis dans des petits trains, disposeront de jumelles équipées d’écrans LCD et d’une caméra, le tout branché à un ordinateur individuel. Plus d’une centaine de personnes pourront interagir ainsi avec un environnement virtuel composé d’animaux en traversant des décors bien réels (savane, rocaille, désert…). Ce contrat de quelque 2 millions d’euros est le plus important signé à ce jour par l’entreprise. La vente des licences assure aujourd’hui 40% du chiffre d’affaires de Total Immersion, les 60% restants étant générés par les services (configuration d’installations, encadrement de projets…).
Outre les parcs à thèmes, la technologie attire de plus en plus d’acteurs de taille internationale, tous secteurs confondus. Renault a trouvé là un excellent moyen de diminuer ses coûts en réduisant à 2 ou 3 au lieu d’une quinzaine le nombre de maquettes physiques de ses prochains modèles. Dans son centre de R&D, BMW teste quant à lui les applications de D’Fusion dans le domaine de la formation. Pendant ce temps, les équipes de Total Immersion participent au tournage du dernier Astérix à Barcelone pour faire de la prévisualisation d’effets spéciaux, tandis qu’EADS exploite sa technologie à des fins militaires. Bref, Total Immersion a le vent en poupe. Et des idées pleins les tiroirs qui pourraient toucher un public de plus en plus large. C'est notamment le cas de ce projet de salle permettant à un large public de revivre l’expérience du jeu vidéo Quake, ou de ces démonstrations de jeux ou de publicité interactive pour téléphones mobiles 3G effectuées lors du dernier salon 3GSM de Barcelone...

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