Sun entame la publication du code de Solaris, son système d'exploitation vedette. Près de 1600 brevets passeront dans le domaine public. D'autres logiciels pourraient suivre. Le groupe cherche à limiter l'érosion de ses parts de marché au profit de Linux.
Sun multiplie les appels du pied en direction de la communauté du logiciel libre. Alors qu’il entame cette semaine le passage de Solaris, son système d’exploitation vedette, en licence Open Source, le groupe informatique annonce qu’il pourrait ouvrir également le code de Java Entreprise System, sa suite de composants logiciels pour serveurs. « Sun espère retrouver sa place, son image et sa réputation de meilleur ami de la communauté des développeurs et du logiciel libre » commente le PDG Scott McNealy. Par le passé, Sun a déjà contribué à l'open source. Via l'ouverture du code de StarOffice et la développement de la suite bureautique OpenOffice. Ou par son soutient à Apache, Mozilla ou Gnome...
Sur le marché des serveurs, ce retournement est toutefois plus osé. Car Sun risque d'être pris en tenaille entre les éditeurs de logiciels propriétaires (Microsoft, IBM...) et les fournisseurs de solutions libres, basées sur Linux, plébiscitées par les entreprises. « Comment Sun pourra-t-il instantanément attirer des centaines ou des milliers de développeurs vers Solaris quand ceux-ci n’ont jamais eu l’occasion de travailler sur le code auparavant ? », s’interroge un représentant de Red Hat, l'un des distributeurs de Linux. « C'est dans notre meilleur intérêt » répond le PDG de Sun, qui souhaite former une communauté autour de ses produits... sur le modèle Linux. Notamment « chez les universitaires et les étudiants », explique John Loiacono, patron des logiciels.
Sun, cependant, veut « avancer lentement ». La publication des dix millions de lignes de codes de Solaris n’interviendra par exemple qu’au deuxième trimestre de cette année. Coexisteront alors deux versions du système, Solaris 10 et OpenSolaris. Elles partageront le même code mais se distingueront sur le support technique, assuré par Sun pour la version propriétaire et payante, et par la communauté pour la version libre et gratuite. Pour initier le mouvement, les 90.000 lignes de codes de Dynamic Tracing, un des composants de Solaris, ont été placées mardi en licence CDDL (Common Development and Distribution Licence) sur le nouveau site www.opensolaris.org.
En pratique, la licence CDDL permet de d’accéder, de modifier et de distribuer le code source, avec l’obligation de redistribuer ses travaux à la communauté. Mais aussi d’ajouter des codes propriétaires, ce que ne permet pas la licence GPL de Linux, plus contraignante. Cette opération, promet Sun, entraînera la libération de 1600 brevets en licence CDDL. « Ce qui éclipse de loin toutes les autres contributions » se félicite la société. IBM, chantre de Linux, qui libérait il y a dix jours plus de 500 brevets, appréciera.

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