En Asie, aux Etats-Unis ou en Angleterre, le phénomène inquiète: les SMS sont pris d'assaut par les spammeurs. La France, elle, serait relativement épargnée. Les opérateurs minimisent le problème: déni ou réalité?
« Devine qui a flashé pour toi en appelant le 08XXXX, 1,35 euro/appel + 0,34 euro/min », ou « Vous avez gagné 5000 euros, pour toucher votre gain, rappelez le numéro suivant»…Voilà le genre de SMS tentateurs que vous avez pu recevoir ces derniers temps. A l'origine de ces textos, des arnaqueurs parfois difficiles à démasquer… Cela rappelle le spam, ce courrier électronique envoyé en masse à des personnes qui ne l'ont jamais sollicité. Jusqu'alors, ils sévissaient essentiellement sur le web. Aujourd'hui ils débarquent sur nos portables. Les spammeurs peuvent assez facilement trouver des numéros en pistant des sites de téléchargement, ou des sites marchands où il faut les laisser. Ils peuvent aussi tout simplement faire confiance au hasard en partant des 4 premiers numéros propres à chaque opérateur. Sachant que 43 millions de Français possèdent un mobile, les chances de tomber sur un numéro existant sont plutôt bonnes.
Déjà, le phénomène inquiète sérieusement le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis, où, en 2004, la moitié des SMS étaient non sollicités contre 18% seulement un an auparavant, selon une étude de la Wireless Services Corporation. En France, rien de tel pour le moment. SFR, Bouygues et Orange affirment que le problème est marginal. Pourtant, sur les forums spécialisés, des utilisateurs laissent éclater leur mécontentement contre cette plaie. Il est vrai qu'ils pestent pêle-mêle contre les SMS publicitaires, les arnaques ou les informations données par leurs opérateurs. Il est toutefois difficile de se faire une idée statistique récente du phénomène. Les derniers indicateurs disponibles datent un peu. Selon un sondage réalisé par Benchmark group en février 2003, 55 % des personnes sollicitées estimaient avoir été spammés par SMS. En remontant à 2002, on retrouve la trace de 3 millions de SMS non sollicités relevés dans les Hauts-de-Seine par la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Mais au total, les plaintes adressées aux associations de consommateurs ou aux institutions sont rares.
Une intrusion dans la vie privée
Ainsi, les plaintes envoyées à la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) n'auraient pas excédé la quarantaine en 2004. Un chiffre très faible qui n'empêche pas Thomas Dautieu, juriste de la CNIL d'y voir « un retour en force du phénomène » car ce chiffre a doublé en deux ans. Il faut dire que les jeunes, cibles principales de ces spams, ne font pas souvent la démarche de porter plainte, souligne-t-on à la CNIL et à l'Association française des utilisateurs de télécommunications. Pour Christophe Bongar, responsable de l'observatoire des plaintes de l'Afutt, les dizaines de courriers reçues à ce sujet doivent être multipliées par cent pour rendre compte de l'ampleur du problème, même s'il reste encore relatif.
Paspour longtemps, averti tout de même Ken Hart, responsable de l'Europe du Nord pour Openwave, une société qui édite notamment des filtres anti-spams pour portables. « Il faut savoir que les gens sont beaucoup plus touchés par la réception d'un spam sur leur mobile que par plusieurs e-mails sur leur boîte électronique. C'est frustrant, ils ont l'impression qu'on envahit leur vie privée », souligne-t-il. D'autant plus que l'on change moins facilement de numéro de téléphone que d'adresse email. « Pour le moment le problème est encore faible, en France, le pourcentage de spams par SMS ne doit pas dépasser les 1% », poursuit Ken Hart. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder autour de nous. En Suisse, une étude réalisée par l'université de Saint Gallen, montre que 8 utilisateurs de portables sur 10 sont spammés et que 80% des opérateurs considèrent que la situation est critique ou qu'elle le deviendra d'ici 2007.
Carles enjeux économiques sont importants. A trop se développer, le spam risque de détourner les utilisateurs du SMS. Or rien qu'en France, qui est pourtant à la traîne de l'Europe pour le nombre de SMS par abonné, 10,5 milliards de textos ont été échangés dans l'an dernier, selon l'Autorité de Régulation des Télécommunications. Soit sept fois plus qu'en 2000. Ce service représente une part importante du chiffre d'affaires des opérateurs européen: entre 7 et 20%. Pas question donc de risquer de voir mourir la poule aux œufs d'or.
Des protections made in France
Pour que ce genre de situation n'arrive pas, Bouygues, Orange et SFR pensent avoir trouvé la parade : les « alias dynamiques ». Un système de défense créé dès 2002, avec l'apparition des SMS surtaxés. Les opérateurs jouent en fait le rôle d'interface entre les clients et les sociétés qui fournissent des services d'infos ou de météo par exemple, par le biais de numéros écrans. Un filtre qui s'avère « insuffisant », pour Ken Hart. « Il ne faut pas être dépendant d'une seule ligne Maginot, cela ne protège en rien des contenus abusifs de ces spams, comme la pornographie par exemple », souligne-t-il. Entre autres mesures, certains opérateurs comme SFR ont en plus signé des « accords d'interopérabilité SMS » qui bloquent tous les messages provenant d'homologues coupables de laisser passer des spams. Depuis février, l'Union Européenne et l'Asie se sont aussi unies pour lutter contre le problème au travers d'un accord permettant de partager les informations et les instructions de plaintes.
Reste que l'exception française pourrait n'être que temporaire. L'histoire d'Internet montre que les systèmes de protection sont faits pour être tournéset les nouvelles technologies comme le MMS (messages en images) ou Bluetooth (technologie de transmission sans fils) sont autant de nouvelles niches pour les spams et virus.

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