Lancé il y a un mois, le service payant de vidéos en ligne de BiTorrent fait le point sur ses difficultés. Malgré cela, Bram Cohen, le créateur du célèbre protocole de téléchargement, continue de croire que sa société est la seule clé de l'avenir de la télé sur Internet. Interview.
Un mois après son lancement, le magasin de vidéos en ligne de BitTorrent affiche un bilan pour le moins mitigé. Silencieux sur le nombre de téléchargement payants enregistrés, la start-up de San Francisco, qui compte aujourd'hui une cinquantaine d'employés, a essuyé de nombreuses critiques de ses utilisateurs. En cause, notamment, les verrous anti-copie (DRM), à l'origine de nombreux problèmes d'affichage avec certaines cartes graphiques. Sans compter l'incompatibilité avec Macintosh ou Linux. Il n'est en outre pas facile de faire comprendre à des utilisateurs habitués à la gratuité de passer au payant. Et ce d'autant plus que BitTorrent ne propose ses films qu'en location et oblige à les visualiser dans les 24h après avoir l'ouverture du fichier. Cependant, pour Bram Cohen, le fondateur de BitTorrent, il ne s'agit que d'un début : il espère bien convaincre les studios d'accepter la diffusion gratuite financée par la publicité. Explications.
Quel bilan dressez-vous du lancement de votre boutique de loisirs numériques en ligne?
Nous proposons aujourd'hui plus de films de Hollywood que n'importe quel site sur Internet, et de loin. BitTorrent.com a par exemple dix fois plus de films qu'iTunes. Pour convaincre les consommateurs d'acheter des vidéos sur Internet, il faut deux choses. Premièrement, un catalogue exhaustif de contenu. Et c'est ce que nous avons accompli en allant voir les studios un par un pour signer avec eux des accords de distribution. La leçon d'iTunes est en effet que si les gens ont le choix, ils préfèrent acheter du contenu légitime et de qualité. Mais encore faut-il qu'il existe au format numérique et qu'il soit vendu à un prix abordable. Deuxièmement, il faut offrir une bonne expérience à l'utilisateur, pour trouver le contenu, le télécharger et le regarder. Or l'utilisation du protocole BitTorrent nous permet de réduire les temps de téléchargement. De plus, les films sont de haute qualité, pas au format timbre poste comme sur YouTube. Malheureusement, le format de protection (DRM) de Microsoft, qui nous est imposé par les studios, n'est pas du goût des visiteurs de notre site et limite aujourd'hui notre marché au monde Windows. C'est un problème mais on ne peut rien faire pour l'instant.
Joost, le projet de télé Internet des fondateurs de Kazaa et de Skype, représente-t-il un concurrent sérieux pour BitTorrent?
Pas vraiment car Joost va proposer du contenu de basse qualité, légèrement supérieure, en fait, à celle de YouTube. Or le futur, c'est du contenu d'une qualité au moins équivalente à celle du câble ou du satellite, voire à la haute définition… Même si ce que l'on appelle la HD aujourd'hui est inférieure à la définition des moniteurs pour PC. Par ailleurs, Joost utilise la métaphore de la télévision, avec le concept de chaînes thématiques. Ce n'est pas ce que veulent les gens. Ils veulent pouvoir chercher des contenus vidéos de nombreuses façons, via des mot-clés, des recommandations, des réseaux sociaux, etc. L'idée des chaînes fait tellement 20ème siècle... Je ne pense pas que cela marchera.
Et que pensez-vous de la récente annonce des chaînes Fox et NBC de proposer leurs contenus sur AOL, MSN, MySpace et Yahoo?
La télévision du futur ne sera ni sur le câble, le satellite ou la TNT mais bel et bien sur Internet. Or la meilleure technologie pour diffuser du contenu volumineux de haute qualité et à très haut débit reste le protocole BitTorrent (qui sera peut-être utilisé dans le client nécessaire pour regarder des chaînes sur le Net, ndlr) que j'ai inventé il y a 5 ans. Et je ne pense pas que cela sera différent dans 20 ans.
Quels sont les projets de la société BitTorrent?
Concernant le grand public, nous allons proposer nos vidéos en lecture à la demande ("Play on Demand"), ce qui permettra aux utilisateurs de commencer à regarder le film pendant qu'il se télécharge. Le protocole BitTorrent le permet déjà mais cela n'est pas encore actif. Reste que le streaming ne sera pas toujours possible en cas de manque de bande passante. Les internautes devront alros attendre la fin du téléchargement. Nous allons aussi proposer du contenu gratuit mais sponsorisé par de la publicité. Enfin, en ce qui concernent les professionnels, nous travaillons sur la plate-forme BitTorrent DNA. Elle permettra aux entreprises qui utilisent déjà un réseau de distribution de contenus comme Akamai de réduire leurs coûts en bande passante et d'augmenter leur efficacité en transfert de données.

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