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Logiciel

« Notre technologie aurait pu éviter le scandale à la Société Générale »

Propos recueillis par Jean-Baptiste Su, dans la Silicon Valley -  09/02/2008  - L'Expansion.com 
 
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Elizabeth Charnock, PDG et fondatrice de Cataphora

L'affirmation peut paraître péremptoire et opportuniste : une start-up de la Silicon Valley, Cataphora, prétend avoir développé une technologie qui aurait permis de détecter beaucoup plus tôt la fraude à la Société Générale. En l'occurrence, un logiciel capable de passer au crible tout le système d'information d'une entreprise à la recherche d'anomalies du comportement et de preuves électroniques.

A son crédit, la jeune entreprise a déjà obtenu des résultats intéressants. Créée il y a environ 6 ans à Redwood City, derrière les bureaux d'Oracle, elle travaille pour le compte d'une centaine de clients, dont des grands cabinets d'avocats et deux entreprises du Fortune 50 aux États-Unis. Cas rarissime, y compris dans la "Valley" cette start-up s'est entièrement autofinancée – ni appel à la bourse ou à des fonds d'investissement -, et elle est rentable depuis ses débuts. Son chiffre d'affaires annuel dépasse la dizaine de millions de dollars. Explications de la fondatrice, Elizabeth Charnock ,et de Pascal Marcellini, ingénieur chez Cataphora... et ancien responsable du développement du logiciel d'analyse du risque à la Société Générale.

Comment votre solution aurait-elle permis aux équipes de back-office de la SocGen de détecter la fraude beaucoup plus tôt ?
Elisabeth Charnock. Notre logiciel analyse le comportement des personnes, grâce aux données collectées à partir de leurs échanges et de leurs communications (e-mail, messagerie instantanée, documents, téléphone, accès au calendrier, notes de frais, fax, etc), à la fois internes (par exemple entre le back-office, mid-office et front-office, ndlr) et externes. Il s'appuie sur le fait que chacun de nous laisse derrière lui une empreinte numérique très complexe, difficile à masquer ou à trafiquer; mais aussi sur l'idée que, finalement, notre comportement ne change pas forcément beaucoup. Par exemple, ce qu'on fait un lundi peut ressembler à tous les lundis. Ou, pour reprendre le cas de la Société Générale, les traders vont se comporter d'une certaine façon quand le marché est en hausse, et d'une façon différente quand il est en baisse. Ce modèle ne s'applique pas seulement à vous, mais aussi à vos collègues ou au groupe dans lequel vous êtes et avec qui vous interagissez.

Notre système peut déterminer, grâce cette collecte d'information et à des modèles mathématiques, ce que représente une attitude normale ou anormale. Par exemple, le fait de ne pas prendre de vacances est anormal, surtout en France! Ou encore, dans le cas d'e-mails à de faux clients, notre système aurait pu détecter une différence dans le flux d'informations de ces échanges, qui est très diffèrent lorsqu'il s'agit d'un vrai et d'un faux client. Cela va donc plus loin que l'analyse des transactions financières d'un trader. Et le cas de la SocGen est l'exemple parfait que la multiplication des règles et de processus de contrôle ne suffit pas à déterminer s'il y a fraude ou pas. Pour moi, le meilleur moyen pour détecter la fraude, c'est de trouver des anomalies et de regarder le comportement global de l'individu, du groupe et de l'entreprise. Une telle technologie aurait pu éviter ce scandale à la Société Générale.

Le trader de la Société Générale a réussi à contourner les systèmes de contrôle de la banque. Pourquoi serait-il impossible de faire pareil avec l'analyse comportementale de Cataphora?
Pascal Marcellini. Rien n'est impossible bien sûr. Une façon de contourner le système serait de coordonner le comportement de tous les traders, voire de l'ensemble de l'entreprise. Mais ce ne serait plus une action isolée, celle d'un seul trader: cela devrait impliquer ses collègues de la salle Delta One, l'équipe de back-office et la hiérarchie. Il faudrait que tous ces gens coordonnent leurs actions pour que le système ne voit pas d'anormalités. C'est non seulement très difficile à faire, mais, dans ce cas précis ce serait une véritable conspiration ou machination. Encore une fois, nous n'imposons pas de règles mais nous analysons le comportement. Les supérieurs du trader auraient pu laisser passer ou approuver trop rapidement ses transactions mais là encore notre système l'aurait immédiatement remarqué car nous aurions automatiquement effectué la comparaison avec les décisions de ces mêmes supérieurs pour des transactions similaires effectuées par les autres traders. 

Qui sont vos clients et comment utilisent-ils votre logiciel?
Elisabeth Charnock.Depuis le début, notre technologie est utilisée par des entreprises et des agences gouvernementales qui, au cours d'un procès, doivent prouver que leurs actions étaient justifiées ou pas. Notre système recherche et identifie de telles preuves. Ce n'est certainement pas quelque chose de facile, c'est pourquoi j'aime à dire que notre moteur de recherche est le seul à pouvoir trouver quelque chose qui n'existe pas. Même Google ne peut pas le faire. En fait, quelques mois seulement après la création de Cataphora, une entreprise nous a payé 250.000 dollars, et réglé tous nos frais de bureaux et d'équipement, pour accélérer le développement du logiciel afin de les aider dans leur procès contre le gouvernement américain. Non seulement, nous les avons fait gagner mais cela nous a permis de nous lancer et de ne jamais avoir besoin de financement externe.

 
Commentaires - (7)
Manu B. 16/2/2008 Recommander 1

Ils sont forts ces americains! :-) "notre moteur de recherche est le seul à pouvoir trouver quelque chose qui n'existe pas" L'analyse de comportement humain et la prise de decision en temps reel implique une technologie bien au dela d'un moteur de recherche (meme intelligent) d'emails.

Viviane Micaud 14/2/2008 Recommander 1

C'est marrant cet échange, on dirait des faux "naïfs" qui font de la pub CATAPHORA. Mais, je me trompe certainement. 14 recommandations c'est très rare, de même que les interventions construites et argumentées.

Nico 12/2/2008 Recommander 7

En meme temps, pour avoir travaille plusieurs annees sur les systemes de risk management de grandes banques, je confirme qu'il faut un vrai changement d'approche si on veut avoir une chance d'empecher ce genre de fraudeurs (et encore JK etait sans doute la partie visible de l'iceberg...) En effet pour l'instant on repose surtout sur des outils developpes en interne, ou au mieux par des boites francaises pas super independentes. Au passage je viens de jeter un oeil au site Cataphora, et ils parlent de "Investigative Analytics" en plus de "Document Review" donc j'ai pas l'impression qu'ils fassent seulement de la recherche de docs. D'ailleurs s'ils ont fait gagner à leurs clients des procès contre le gouvernement US, ils doivent un peu toucher leur bille en analyse de comportement. Enfin on verra bien si les banques francaises sont capables d'apprendre de leurs erreurs...

Gérard 12/2/2008 Recommander 6

Dans l'intérêt de tous les contribuables français qui ont été délestés de 1,7 Md d'Euros (montant de l'impôt dû par la Société Générale si elle n'avait pas subi "l'épisode Kerviel"), tous les moyens de contrôle doivent être mis en oeuvre par la Soc Gen et pourquoi pas celui de cette société CATAPHORA qui mériterait d'être testé : le rapport coût de l'investissement/ risque encouru doit favoriser toute initiative renforçant les contrôles.

Nico 11/2/2008 Recommander 5

En meme temps, pour avoir travaille plusieurs annees sur les systemes de risk management de grandes banques, je confirme qu'il faut un vrai changement d'approche si on veut avoir une chance d'empecher ce genre de fraudeurs (et encore JK etait sans doute la partie visible de l'iceberg...) En effet pour l'instant on repose surtout sur des outils developpes en interne, ou au mieux par des boites francaises pas super independentes. Au passage je viens de jeter un oeil au site Cataphora, et ils parlent de "Investigative Analytics" en plus de "Document Review" donc j'ai pas l'impression qu'ils fassent seulement de la recherche de docs. D'ailleurs s'ils ont fait gagner à leurs clients des procès contre le gouvernement US, ils doivent un peu toucher leur bille en analyse de comportement. Enfin on verra bien si les banques francaises sont capables d'apprendre de leurs erreurs...

Alex 10/2/2008 Recommander 13

Le logiciel de Cataphora n'a rien a voir a ce qui est evoque ici. Ils sont specialises dans la recherche de documents, qu'ils appellent d'ailleurs 'Document Review Support' sur leur site. Ils n'ont aucune expertise dans l'analyse comportementale et encore moins un systeme qui estime qu'un comportement est anormal. Cet article me surprend peu, Elisabeth Charnock est tres connue dans la Silicon Valley pour vendre du vent.

Robert 10/2/2008 Recommander 14

Si ce qui est dit est exact ce logiciel est promis à un bel avenir.Il serait interessant de savoir si la société générale prendra contact avec CATAPHORA.

 
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