Après avoir remis Motorola à flots, Ed Zander paie les mauvais résultats accumulés depuis un an. Tombé à la troisième place mondiale pour s’être trop reposé sur le seul succès du Razr, le groupe américain s’est fait déloger du devant de la scène par l’iPhone d’Apple.
Le destin d’Ed Zander semblait scellé depuis de longs mois. Dans la presse américaine comme chez les analystes, plus personne ne misait sur le PDG de Motorola. Vendredi, le groupe américain a annoncé sans trop de surprise le départ de son PDG à compter du 1er janvier, replacé par le directeur opérationnel, Greg Brown. « Nous remercions Ed pour sa vision, son expertise et son engagement sans bornes pour Motorola » commente l'équipementier télécom dans un communiqué, où Ed Zander manifeste son désir « de passer plus de temps en famille après une carrière de 40 ans dans l'industrie des technologies ». Tout était « soigneusement planifié », promet-on platement.
Pas un mot en revanche des difficultés de Motorola. Les mauvaises performances sur son cœur de métier, les téléphones portables, combinée à la déprime dans le secteur des équipementiers, l’ont pourtant fait plonger dans le rouge au début de l’année. Au troisième trimestre, Motorola était à peine rentable, avec un bénéfice net de 60 millions, contre 968 millions un an plus tôt, soit une chute de 94%, sur des ventes en baisse de 17% à 8,8 milliards de dollars. Cette année, Motorola a également dû abandonner sa deuxième place dans le mobile, à laquelle il s’accrochait depuis des années, au sud-corén Samsung, plus agressif que lui. Désormais, l’américain ne dispose plus que d’une part de marché mondiale de 13,1%, contre 20,7% il y a un an ! Bien loin de Nokia, qui culmine à 38,1%. Et à portée de tir de nouveaux venus, comme Sony Ericsson et LG.
Un passif trop lourd pour Ed Zander qui, après l’impressionnant succès du Razr, un temps qualifié « d’iPod du mobile », a peiné à renouveler les gammes. Or, pendant ce temps, la concurrence ne s’est pas arrêtée. Nokia a continué à casser les prix dans les marchés émergeants tout en misant sur la 3G, trop longtemps ignorée par Motorola. Samsung a ringardisé le Razr avec sa série de mobiles ultra-fins très populaires en Europe. Et Apple, un temps partenaire, a porté le coup de grâce avec la sortie de l’iPhone, qui relègue le smarthophone de Motorola – le Q – à l’âge de pierre. Fin 2007, malgré quelques fuites sur internet, la riposte se faisait encore attendre. En octobre, Ed Zander manifestait pourtant encore son optimiste, et pointait en marge de la publication des résultat de son groupe les premiers effets de la restructuration entamée en janvier. Elle doit se traduire, dès la première année, par 3500 suppressions de postes et 1 milliard de dollars d'économies.

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