Pourquoi Microsoft a-t-il renoncé ? Est-ce un refus définitif ou un coup de maître pour faire baisser le prix de Yahoo, dont l'action perd 20% ? Eléments de réponse.
Ce devait être la plus grande fusion de l’histoire d’internet et signer la contre-attaque de Microsoft face à Google. Finalement, Yahoo est parvenu à maintenir son indépendance. Alors que son cours de Bourse plongeait à l’ouverture du Nasdaq lundi, les questions fusaient sur cette issue imprévue.
Pour deux raisons. La plus évidente, officiellement, c’est le prix. Microsoft avait d’abord proposé 31 dollars par action Yahoo et a fini par monter à 33 dollars vendredi dernier. Les banques de Yahoo le valorisaient 40 dollars et son PDG Jerry Yang en souhaitait 38, le conseil d’administration étant tout de même prêt à descendre à 37 dollars par action. Cela représentait pour Microsoft 5 milliards supplémentaires. Autrement dit, un surcoût non négligeable... mais pas impossible pour un groupe de cette ampleur.
Seulement, en plus de jouer sur les prix, Yahoo a tout fait pour décourager Microsoft de déclencher une offre hostile. « Il n'est pas raisonnable pour Microsoft de porter cette offre directement devant vos actionnaires », écrit Steve Ballmer, patron de Microsoft, dans un courrier adressé à Jerry Yang. A savoir des dispositions facilitant le départ des salariés de Yahoo en cas d'acquisition. Et surtout l’externalisation des liens sponsorisés auprès de Google, testée durant deux semaines en avril, qui dévaloriserait le portail, et qui rendrait le portail désormais « indésirable » selon Ballmer.
Dans un courriel, Jerry Yang appelle ses troupes à ne pas verser dans l’euphorie et à se détourner des distractions médiatiques, tout en expliquant que Microsoft sous-évaluait leur travail. Bref, Yahoo doit oublier ce feuilleton et repartir de l’avant. Au sein des équipes, la nouvelle est diversement appréciée, certains n’approuvant pas, comme chez Microsoft du reste, la stratégie de la direction.
Des grands actionnaires ont aussi trouvé l’occasion de manifester leur mécontentement. C’est le cas d’Eric Jackson, un dissident, qui avait déjà manifesté sa préférence pour Microsoft et souhaite maintenant lancer une campagne pour remplacer la direction lors de la prochaine assemblée générale annuelle. « Une somme importante a été abandonnée sur la table », regrette-t-il.
Même réaction chez Bill Miller, gérant chez Legg Mason, 2e actionnaire de Yahoo! avec 7% du capital. "Nous voulions plus mais cela ne veut pas dire que nous l'aurions rejetée", a-t-il indiqué dans une interview au New York Times. "Il va y avoir beaucoup de pression sur les dirigeants de Yahoo! d'obtenir (une remontée du cours) d'ici un an ou deux", a-t-il poursuivi. M. Miller a aussi réclamé au groupe de lancer un programme d'achat de ses propres actions, ce qui mécaniquement soutiendrait le cours. D'autres actionnaires sont encore plus revendicatifs: Yahoo! est confronté à sept plaintes déposées après son premier rejet de l'offre de Microsoft, en février.
A l’ouverture du Nasdaq lundi, l’action Yahoo est en tout cas revenue brutalement à la valeur que lui confèrent les investisseurs : 23 dollars, soit une baisse de 19%.
La plupart des analystes considèrent que Yahoo devra chercher au plus vite des partenariats pour doper ses résultats. Jerry Yang et son équipe doivent en effet prouver que leur stratégie était la bonne. Une acquisition d’AOL, que Time Warner échangerait contre 20% du nouvel ensemble, est toujours citée, alors que le rapprochement avec News Corp est, lui, au point mort.
A court terme, la solution vient probablement de Google. Le partenariat auquel Steve Ballmer fait référence dans sa lettre devrait être annoncé en milieu de semaine. Concrètement, Yahoo délèguerait l’affichage des liens sponsorisés à son rival, dans une mesure qui reste encore à définir. Pour Yahoo, qui se concentrerait ainsi sur les activités où il est le plus fort, c’est l’assurance de rentrées d’argent supplémentaires à court-terme. C’est aussi le risque de laisser une fois pour toutes Google s’accaparer tout le marché de la publicité en ligne, dénonce Steve Ballmer.
Acheter quand même Yahoo, mais plus tard. L’une des hypothèses émises par certains analystes veut que Microsoft revienne à la charge dans quelques mois, lorsque les actionnaires de Yahoo se seront aperçus que le groupe est engagé dans une impasse et ne progresse pas suffisamment. En position de force, Microsoft pourrait même se permettre alors de baisser les prix par rapport à son offre initiale. « Microsoft est peut-être en train de parier sur un écroulement de l'action Yahoo pour le racheter moins cher », résume l’analyste Van Baker.

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