Le groupe informatique de Palo Alto n'est pas prêt à imiter IBM et à céder son activité PC. Mark Hurd, le PDG de HP, nous dit pourquoi et explique la différence entre la "printing company" que doit devenir son entreprise et la "printer company" qu'elle est encore aujourd'hui.
HP est aujourd'hui, et de loin, la plus importante entreprise technologique de la Silicon Valley. Selon les analystes de Wall Street, le constructeur informatique devrait même dépasser IBM cette année et devenir n°1 américain de la high-tech avec un chiffre d'affaires dépassant les 90 milliards de dollars. Riche de 14 milliards de dollars de liquidités, et dépourvu dettes, l'entreprise basé à Palo Alto compte bien poursuivre sa politique d'acquisitions pour renforcer son coeur de métier, le logiciel et le matériel, mais aussi entrer sur de nouveaux marchés comme la photo sur Internet. En marge d'une conférence sur le futur de la Silicon Valley organisée par la Bay Area Council, Mark Hurd, le Pdg de HP, a accepté de répondre aux questions de la salle sur la stratégie du groupe. Il s'est notamment démarqué d'IBM qui a cédé son activité PC au chinois Lenovo.
Pourquoi est-il si important de garder l'activité PC au sein de HP?
Notre division qui fabrique et vend des PC représente environ 30 milliards de dollars par an. Elle est aujourd'hui rentable, ce qui n'a pas toujours été le cas auparavant en raison de ses faibles marges. En revanche, je ne crois pas qu'il serait facile de s'en séparer sans que cela débouche à terme sur la vente de notre activité serveurs. Grâce à la division PC, nous profitons en effet de tarifs bien meilleurs sur les puces, les disques durs et la mémoire. Or, dans mon ancienne entreprise (NCR, ndlr), nous avions justement pris la décision d'abandonner notre activité PC. Un an après, les clients nous demandaient quand allions nous quitter le marché des serveurs. Nous nous étions d'ailleurs effectivement rendu compte que le coût de nos serveurs avait augmenté. Donc, il ne faut pas aborder la question de l'activité PC d'un point de vue purement financier, mais au contraire voir le côté stratégique pour l'ensemble de l'entreprise.
Vous parlez de faire évoluer HP d'une "printer company" (un fabricant d'imprimantes) vers une "printing company" (une entreprise dédiée à l'impression). Expliquez-nous la différence.
La bonne nouvelle, c’est que la production d'images ou de photos numériques par les consommateurs (33 milliards aujourd'hui, ndlr) aura une croissance à deux chiffres au cours des prochaines années. La mauvaise, c’est que ces images se déplacent en dehors de la maison. C'est pourquoi nous avons racheté Snapfish, qui détient 54% du marché américain des photos sur le Web, et que nous proposons désormais de nouveaux kiosques photos pour points de vente, en profitant de nos excellentes relations avec les détaillants et les grandes surfaces. Par ailleurs, nous avons aussi une offre d'imprimantes industrielles pour la production en volume de brochures. Un marché qui représente plusieurs dizaines de milliards de dollars. Notre stratégie consiste donc à être présent là où vont les images et à construire un écosystème autour de cela.
Pensez-vous que les délocalisations sont devenues inévitables, même pour des entreprises high-tech ?
Il est certain que, pour des raisons de coûts, l'externalisation de certaines activités à l'étranger a un sens. Mais, personnellement, je ne crois pas que ce soit une stratégie qui permette à une entreprise de rester compétitive sur le long terme. Je préfère investir dans l'automatisation des tâches et des processus, en faisant appel à la programmation logicielle par exemple, plutôt que déplacer physiquement l'activité. Car en se concentrant sur cette automatisation, je n'ai pas besoin de main d'oeuvre supplémentaire. En revanche, je crois qu’il est aussi important que les Etats-Unis améliorent leur offre (éducation, crédits d'impôts, etc.) afin d’inciter les entreprises à venir investir et créer de nouveaux emplois. Comme c'est d'ailleurs le cas en l'Irlande ou les pays de l'Est...

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