Internet

Loi anti-piratage : toutes les questions en suspens

Benjamin Ferran -  03/04/2009 15:54:00 
 

Le vote jeudi soir de la loi Création et internet, après plus de 40 heures d'examen, ne met pas fin aux débats. Voici les questions les plus importantes qui sont loin d'être réglées.

La commission mixte paritaire

A de très rares occasions, les députés sont parvenus à faire passer des amendements contre l'avis du gouvernement ou du rapporteur. C'est notamment le cas de l'interruption du paiement de l'abonnement internet lors de la suspension de l'abonnement, qui aurait pu constituer « une double peine ». Seulement, ces petites retouches devront désormais passer par le tamis de la commission mixte paritaire, chargée d'élaborer le texte final.

Quels logiciels de sécurisation ?

C'est l'une des incertitudes majeures de ce projet de loi, qui n'a toujours pas été levée à l'Assemblée nationale. A quoi ressembleront les logiciels chargés de sécuriser la ligne des internautes, indispensables pour prouver que la connexion a été piratée ? Impossible encore de le savoir. Ce sera à l'Hadopi de dresser une liste des outils autorisés. On sait en revanche qu'ils pourront être payants, et pas forcément interopérables. Les amendements en ce sens, proposés par l'opposition, ont en effet été systématique rejetés.

Quelles nouvelles techniques de contournement ?

Les précisions sur les logiciels sont pourtant importantes. Une fois connues, on en saura plus sur les méthodes de contournement envisageables. Le p2p crypté fait déjà parler de lui, de même que les sites en streaming proposant des séries piratées, ou les réseaux permettant de masquer son adresse IP. Les partisans de la riposte graduée n'ont qu'une crainte : que ces solutions, jusqu'à présent connues des internautes les plus chevronnés, se popularisent sous l'effet de la loi. Ce sera un des sujets à suivre au cours des prochains mois.

Le conseil constitutionnel

Patrick Bloche, député socialiste, l'a promis : des recours seront lancés devant le conseil constitutionnel. Durant les 40h40 d'examen, les députés de l'opposition ont à de multiples reprises souligné le caractère inconstitutionnel du texte, qui multiplie selon eux les inégalités devant la loi. Ainsi, l'Hadopi aura toute latitude pour choisir, ou non, d'envoyer des messages d'avertissement. Les cas comparables, perçus comme des incertitudes par l'opposition mais comme une souplesse par le gouvernement, abondent.

Quels effets sur les internautes ?

En Suède, la mise en place d'un système permettant aux ayants droit d'obtenir plus facilement les coordonnées des pirates a conduit à une chute de 33% du volume de trafic sur internet, dès le premier jour, et donc à une forte baisse des échanges de « peer-to-peer ». Lors des débats, Christine Albanel a cité des études montrant que 70% des internautes cesseraient de pirater dès le premier avertissement personnalisé. Reste à connaître les effets en pratique.

Qui paiera pour la riposte graduée ?

Jeudi, les fournisseurs d'accès à internet sont sortis de leur réserve. Dans un communiqué, la fédération française des télécoms s'est opposée à tout financement par les opérateurs des mesures de la riposte graduée, et notamment l'identification des internautes, évaluée à 70 millions d'euros sur trois ans. Et ce « conformément au principe d'égalité devant les charges publiques, principe constitutionnel fondateur du droit français ». Lors des débats, Christine Albanel a opposé ce montant avec le chiffre d'affaires total du secteur des télécoms. Le bras de fer est engagé.

Le parlement européen

La semaine dernière, les eurodéputés ont considéré que « garantir l'accès à tous les citoyens à internet équivaut à garantir l'accès de tous les citoyens à l'éducation » en adoptant un rapport sur « la sécurité et les libertés sur internet ». Il ne s'agissait que d'un rapport sans valeur juridique, a rétorqué le gouvernement. Dans le même temps, la France presse le Conseil de l'Europe de faire adopter une version expurgée de l'amendement 138/46 de Guy Bono, susceptible à mettre un frein à la riposte graduée.

Quelle sera la réaction de la justice ?

Les amendements qui voulaient introduire le caractère automatiquement suspensif des recours n'ont pas été retenus. Ce sera au juge de se prononcer au cas par cas. On attend les premiers cas pratiques. L'UFC-Que Choisir a déjà promis un « bourbier juridique ». « C'est une loi de création de jurisprudence, les tribunaux vont être inondés de recours lancés par des centaines de consommateurs », annonçait Alain Bazot, président de l'association de consommateurs.

Internet sera-t-il filtré ?

Le gouvernement ne s'est pas montré rassurant. L'article 5 du projet de loi, tel qu'il a été adopté, ouvre en effet la voie au filtrage. Le tribunal de grande instance pourra ainsi ordonner, à la demande des ayants droit, « toutes mesures propres à prévenir ou à faire cesser une telle atteinte à un droit d'auteur [...], à l'encontre de toute personne susceptible de contribuer à y remédier ». Ce qui inclut, de fait, le filtrage par les fournisseurs d'accès à internet. Les premières décisions en ce sens, introduisant une vraie rupture dans le principe de neutralité d'internet, ont de quoi être redoutées.

 
 
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Commentaires - (3)
Drago 10/4/2009 Recommander 7

Des pirates expliquent que les maisons de disques se font des fortunes sur le dos des artistes alors il ne faut pas se gêner pour copier leurs œuvres. Ça revient à dire : Je pille les artistes parce qu'ils sont volés par les multinationales. Quand on investit de l'argent et du temps et de l'émotion dans un projet et que, dès sa parution, ce projet est copié, il est évident que les artistes comme les producteurs ne pourront pas monter un autre projet. Les chantres de la gratuité comme monsieur Jacques Attali, pourquoi ne mettent-ils pas leur prochain livre sur Internet ? Pourquoi ne pourrions-nous pas copier leurs ouvrages et nous les attribuer ? Tous les coups sont permis si je comprends bien ces gens-là. Si cela était, monsieur Attali ferait intervenir immédiatement ses avocats. Il aurait raison. Ses arguments sur Internet comme un espace culturel n'auraient plus sa sympathie. Est-ce que le pirate est d'accord pour se faire cambrioler ? Non. Il porte plainte quand on lui vole ses objets personnels. Alors, pourquoi est-il d'accord pour voler les artistes et producteurs, tous ceux qui lui apportent du plaisir sans l'exploiter ? Je comprends qu'on s'inquiète d'une censure sur Internet mais il faut trouver une solution contre le piratage. C'est urgent. Des liberticides peuvent, effectivement, se servir de ce problème pour imposer un ordre potentiellement dictatorial si ce contrôle est étendu. Il est donc impératif de créer une loi sans l'élargir plus qu'il ne faut. Bien sûr que les prix des CD, des livres, des places de cinéma, sont trop élevés. Mais il est aussi évident que même avec des prix attractifs, il y a des pirates qui n'achèteront jamais plus les œuvres parce que la gratuité, désormais, est "dans leur sang", et que, pour eux, c'est comme un "acquis social". Pourtant, eux-mêmes n'acceptent pas de travailler sans salaire. Alors ? Tous pour la gratuité du travail ?

maxapo 3/4/2009 Recommander 2

Le téléchargement ne permetrait-il pas de voir ou d'entendre des oeuvres pour lesquelles nous ne serions pas près à payer une place de cinéma ou d'acheter le Cd pour la simple raison que de prendre une place de ciné à 8 euros x 4 pour une famille moyenne est un risque que je ne prendrais jamais, et se fier aux critiques cinématographiques ne ferait qu'empirer la chute de fréquentation des salles obscures.

Martin 3/4/2009 Recommander 6

J'espère que les FAI n'en viendront pas jusqu'au filtrage !! Car ça serait catastrophique pour la vitesse d'internet... Je pense aussi qu'après une période de méfiance, les internautes reprendront leur téléchargement avec les méthodes alternatives et anonymes. Ce n'est que reporter le problème !! Car le problème vient du fait de payer 10euros une place de cinéma ! de payer entre 40 et 70euros un jeu pc ou console, de payer 20 euros un DVD

 
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