Marten Mickos, le PDG de la base de données libre MySQL, commente à sa façon les ralliements d'Oracle et de Microsoft à Linux. Pour lui, c'est une victoire de la philosophie mais aussi de l'économie du logiciel libre. Car, explique-t-il, "libre ne veut pas forcément dire gratuit". Interview.
La semaine a été faste pour l’open source avec le ralliement successif d'Oracle de Microsoft au système d’exploitation libre Linux. Mais alors que le premier a choisi de copier le logiciel de son (ex?) partenaire Red Hat, pour mieux lui voler ses clients, le second joue la carte de la compatibilité de Windows avec la distribution SUSE Linux de Novell. Reste à savoir si ces deux annonces n'auront que des conséquences positives. Car la tactique guerrière d'Oracle a jeté le trouble sur la viabilité du modèle économique des distributeurs de Linux et des autres logiciels libres. LExpansion.com est allé demander l’avis de Marten Mickos, PDG de la base de données libre MySQL, qui s’est imposée sur nombre de serveurs de sites webs, dont ceux de Google et de Yahoo, mais aussi Apple, Intel ou Sun... MySQL compte plus de 10 millions d'installations à travers le monde et enregistre la plus forte croissance du secteur avec plus de 50.000 téléchargements par jour. Non cotée en bourse, l'entreprise indique simplement qu'elle est rentable.
Que pensez-vous de la décision d'Oracle de copier Red Hat en cassant les prix du support technique?
La concurrence est bonne. Les utilisateurs de Red Hat Linux ont désormais le choix de continuer avec Red Hat ou de passer chez Oracle. A Red Hat de convaincre ses clients que la valeur ajoutée qu'il apporte avec son support technique, ses services et ses développeurs vaut le prix qu'il demande. Si c'est le cas, les clients resteront chez l'entreprise open source, sinon ils iront chez Oracle ou quelqu'un d'autre.
Est-ce la fin du modèle économique du logiciel libre?
Pas du tout. Tout d'abord, l'open source n'est pas un business model mais un moyen de développer des logiciels rapidement, à faible coût et de façon plus sécurisée. Ensuite, le cas de Red Hat est spécial dans le monde du logiciel libre puisque cet éditeur n'a aucun droit intellectuel sur le logiciel qu'il distribue, en l'occurrence Linux. Ce qui n'est pas le cas de la majorité des éditeurs open source comme MySQL, SugarCRM ou même Sun avec sa version open source de Solaris. Personne ne pourra impunément copier notre logiciel et notre marque sans enfreindre notre propriété intellectuelle.
Le logiciel libre protégé par des brevets est-il encore libre?
Encore une fois, l'open source n'est pas un business model en soit. Logiciel libre ne veut pas forcément dire gratuit ou dénué de propriété intellectuelle. Lorsque vous utilisez un logiciel libre (Firefox, MySQL, Linux...) vous acceptez de respecter la licence d'utilisation, qui est un contrat légal. Dans notre contrat par exemple, il est stipulé que si vous embarquez MySQL dans votre logiciel, vous devez nous reverser des royalties. Un modèle commercial qui ne nous empêche pourtant pas d'être une entreprise open source. Dans une récente note que j'ai écrite, j'énumère plus d'une dizaine de modèles économiques hybrides que les éditeurs de logiciels libres utilisent pour gagner de l'argent. L'un des plus intéressant est la fondation Mozilla avec son navigateur Firefox qui est totalement gratuit et sponsorisé par de la publicité, son accord avec Google et les dons. Oracle aurait pu aussi prendre le code et proposer du service autour. Cela ne tuera pas Mozilla.
En annonçant son partenariat avec Novell, Microsoft s'engage à ne pas poursuivre en justice les utilisateurs et les développeurs de SUSE Linux. Mais quid des autres distributions?
Avant cet accord, les entreprises utilisaient déjà Red Hat ou d'autres distributions Linux. Je ne vois en quoi cette protection supplémentaire de Microsoft pour les clients de SUSE Linux va changer la donne. Le fait que Microsoft insiste tellement sur la protection de sa propriété intellectuelle et de ses brevets est une manière d'entretenir le FUD (fear, uncertainty and doubt, en anglais) autour de cette question. Mais, avec le soutien officiel d'Oracle, qui a promis d'indemniser ses clients en cas de poursuites judiciaires, et maintenant de Microsoft, Linux est inévitable. Pour MySQL, cela va simplifier notre discours de vente en direction des entreprises qui n'ont plus de raisons, technique ou légale, pour ne pas passer à Linux.

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