Une start up espagnole lancée en novembre 2005 vient de recevoir l'appui financier de Google et de Skype afin de bâtir un réseau partagé d'un million de points d'accès Wi-Fi d'ici 2010. De quoi donner de nouveaux ulcères aux opérateurs télécoms.
Partager son accès Internet Wi-Fi va peut-être devenir la prochaine grande mode du web. C'est en tout cas ce que propose une start up espagnole baptisée Fon et ce que semblent penser Google, Skype et deux firmes de capital risque réputées, Sequoia Capital et Index Ventures, puisqu'ils viennent d'y investir 18 millions d'euros. Objectif : permettre à Fon de bâtir un réseau d'un million de bornes WiFi d'ici 2010 alors que les plus grands réseaux commerciaux actuels n'en comptent que 30.000. Le tout sans construire un réseau physique dont elle serait propriétaire mais en « squattant » ceux des véritables fournisseurs d'accès Internet. Ce que Skype a déjà fait dans le domaine du téléphone.
Fon invite en effet tout possesseur d'un accès Internet WiFi à mettre à disposition du « réseau » 50% de sa bande passante via un logiciel téléchargeable qui transforme les routeurs WiFi en points d'accès FON. Il suffit de les poser sur le bord d'une fenêtre. En clair, Fon propose à chacun de lui sous-louer une partie de son accès WiFi local en échange, soit d'un accès gratuit à son réseau mondial, soit d'une rémunération. Les premiers visés, a priori des particuliers, sont appelés « Linus » dans la jargon de la start up. Les seconds, baptisés « Bills », étant plutôt commerçants, artisans, restaurateurs ou entrepreneurs... Fon promet de leur reverser 50% des bénéfices tirés des connexions des « Aliens » qui utilisent leur point d'accès. Les Aliens en question étant en fait des utilisateurs extérieurs occasionnels payants. Les tarifs proposés à ces derniers? 1,50 € pour 30 minutes, 5 € pour 24 heures et 35 € par mois, selon le site Français de Fon. Lancée en novembre 2005, la start up compterait 3000 utilisateurs dans 53 pays.
Reste maintenant à savoir si la "mayonnaise Fon" va prendre. Rafi Haladjian, le patron de l'opérateur français Ozone qui "prône depuis trois ans le WiFi à large échelle en milieu urbain", avoue avoir lui aussi envisagé d'utiliser les routeurs des gens avant d'abandonner cette idée. "Il faut beaucoup, beaucoup de monde pour pouvoir assurer la continuité de la connexion, sachant que chaque borne a une portée de 40 à 50 mètres", affirme-t-il. D'où son choix de développer un réseau physique d'antennes émettrices sur les toits. Par ailleurs, peu de bornes WiFi existant en France seraient aptes au partage. Les Livebox de Wanadoo, qui en font office, seraient notamment majoritaires. Or ces dernières ne correspondent pas aux routeurs WiFi visés par le logiciel de Fon. La start up propose d'ailleurs à la vente des routeurs compatibles pour 65 euros, hors frais de transport. S'ajouterait à cet obstacle technique le fait que les conditions générales des contrats des fournisseurs d'accès en France ne prévoient pas de pouvoir partager la bande passante au delà d'un cercle familial ou privé. En clair, les FAI seraient juridiquement fondés à s'y opposer. Contacté lundi soir, France Télécom n'avait pas donné de réponse à l'heure de la mise en ligne de cet article. Pour Rafi Haladjian, en revanche, le soutien financier apporté par Google, Skype et consorts valide le pari effectué par Ozone sur le "WiFi global à l'échelle urbaine" quand certains veulent cantonner cette technologie aux zones blanches du monde rural. Ozone espère achever la couverture totale de Paris d'ici la fin de l'année. Et annonce son expansion prochaine dans d'autres villes, via des partenaires, sur le modèle de la franchise.

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