Alors qu'OpenOffice.org a lancé cette semaine la version 2.0 de sa suite bureautique gratuite, de nouveaux acteurs misent sur le web pour imposer leurs traitements de texte ou leurs tableurs. Parmi eux ThinkFree, qui s'est déjà imposé face à Microsoft en Corée du Sud...
OpenOffice passe en version 2.0. Aux Etats-Unis, cette mise à jour a été abondamment médiatisée, d’autant qu’elle coïncide, à une semaine près, avec le cinquième anniversaire de ce projet de suite bureautique en logiciel libre. Car OpenOffice est un succès : elle revendique plus de 40 millions d’utlisateurs gratuits, sans compter les clients des différentes distributions Linux (Novell, Red Hat...), qui livrent en standard OpenOffice, et les versions écoulées par Sun Microsystems sous le nom de StarOffice. Rappelons en effet que c’est le constructeur californien qui a donné le coup d’envoi à ce projet en faisant don du code source de sa suite bureautique.
Reste que ce succès n’a pas ébranlé la domination écrasante de Microsoft dans le monde, où il détient plus de 90% du marché. Celle-ci ne connaît en effet qu'une seule exception : la Corée du Sud où l’éditeur local Haansoft devance le géant de Redmond. « Notre traitement de texte est devenu un trésor national, utilisé par le gouvernement, les écoles et la majorité des entreprises coréennes », explique TJ Kang, le Pdg de ThinkFree, une suite bureautique en ligne développée par l’éditeur coréen. Un développement Internet qui n'est pas anecdotique. Car le web pourrait donner au logiciel gratuit l'argument comparatif qui lui a jusque là manqué face à Windows Office.
Avant de placer StarOffice dans le domaine public, Sun avait travaillé sur une version Internet et Java de sa suite bureautique. Mais le constructeur avait rapidement abandonné devant la complexité de la tâche. Tout comme Microsoft a d'ailleurs lui aussi jeté l’éponge sur son produit Office Online. Des précédents qui rendent improbable la thèse selon laquelle Google pourrait vouloir s'offrir OpenOffice pour créer sa propre suite en ligne. Une rumeur activée par l'accord de distribution croisée signé ce mois-ci par le moteur de recherche et Sun concernant la barre d’outils de Google et la suite OpenOffice.
Malgré tout, l’alliance Google-Sun a relancé l’idée des suites bureautiques accessibles de partout via un navigateur Web. Certains voient en effet un grand avenir à ce mode d'utilisation, susceptible d'ébranler enfin la domination de Microsoft Office. Il y a en fait deux types de prétendants à cette révolution. D’abord, les suites Web développées en Java, et qui fonctionnent sur Mac, Linux et Windows. C'est notamment le cas de celle de ThinkFree qui propose une version gratuite, à condition de disposer d'une connexion permanente à Internet. Pour 50 dollars de plus, l'éditeur coréen permet une utilisation hors-ligne, comme une suite traditionnelle. Mais l'offensive vient aussi de nouvelles applications écrites en AJAX, comme AjaxOffice (un projet encore balbutiant), gOffice ou Writely. Elles fonctionnent avec tous les navigateurs Internet récents et quel que soit le système d’exploitation sous-jacent. En revanche, leurs fonctionnalités sont limitées aux fonctions de base. Alors que les suites Java sont plus appropriées aux utilisateurs chevronnés et aux entreprises.
Bien sûr, ces dernières sont la clé de voute du marché. Et elles sont loin d'être toutes sur le point de basculer vers ce nouveau mode de "consommation" des logiciels. Mais le mouvement est lancé aux Etats-Unis. Et si Microsoft n'a pas à craindre à court terme de perdre sa domination sur le poste de travail, il pourrait un jour se mordre les doigts d'avoir déserté le créneau Internet.

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