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Les non-dits du patron d'Apple

Gilles Musi -  22/09/2006 16:22:00  - L'Expansion.com 
 
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Les annonces de Steve Jobs dans le domaine de la vidéo et du cinéma la semaine dernière ont pu être jugées décevantes. Mais ce serait une erreur de s'en tenir à cette première impression...

D'aucuns ont pu rester sur leur faim lors de la conférence donnée par Steve Jobs à San Francisco, le 12 septembre dernier. En fait de stratégie vidéo présumée révolutionnaire, on a a eu droit au lancement d'un service d'achat de films en ligne  destiné pour l'heure au seul marché américain et agrémenté d'un catalogue minimaliste. La seule surprise est venue de l'annonce d'un nouveau produit, en l'occurrence, l'iTV, nom de code d'une interface de transmission de PC à TV. Mais l'objet n'était même pas présent et sa commercialisation renvoyée au printemps 2007. Avouons-le, il y avait de quoi être déçu.

Pourtant, ce serait bien méconnaître Steve Jobs que de s'en tenir aux apparences. L'homme est passé maître dans l'art de la communication et du marketing. Et ses « non-dits » peuvent en dire autant, sinon plus que les shows réglés au millimètre auxquels il nous a habitués.

Prenons son service d'achat de films en ligne. Certes, Apple arrive après la première vague de prétendants. Outre-atlantique, CinemaNow, Movielink et, plus récemment Amazon proposent le téléchargement permanent de vidéos à la demande. Amazon, en particulier, revendique une collection de plusieurs milliers de titres d'émissions TV ou de films provenant des six plus grands studios hollywoodiens. Pour sa part, la boutique iTunes n'avance que 75 références extraites exclusivement du catalogue Disney (Walt Disney, Miramar, Pixar et Touchstone). Et pour cause : Steve Jobs est le premier actionnaire de la maison Disney. Il n'a en revanche pas réussi à convaincre les autres studios.

Mais il faut tout de même se souvenir de deux choses :  l'an dernier, lors du lancement des offres de téléchargement d'émissions TV et de vidéo-clips, Apple proposait cinq références. Son catalogue en compte désormais 220. Dans la musique, le groupe s'est lancé en 2003 avec 200.000 titres. Or, la boutique iTunes brasse aujourd'hui plus de 3,5 millions de chansons… ! Il y a donc fort à parier que, dans le cinéma, les majors qui viennent de décliner l'offre de Steve Jobs scrutent quand même l'évolution des ventes de sa boutique. Et ce d'autant plus que les ventes de DVD marquent le pas. A cet égard, les premiers chiffres communiqués par Robert Iger, le patron de Disney, leur auront sûrement donné matière à réfléchir. Le service revendique en effet plus de 125.000 téléchargements en moins d'une semaine pour un chiffre d'affaires d'1 million de dollars. Soit un chiffre d'affaires prévisionnel à l'issue de la première année d'activité de 50 millions de dollars alors que les coûts se limitent à l'encodage des films… Bref, les arguments ne manquent pas. D'autant que, si l'on en croit les premiers témoignages et certains de nos confrères américains, la prestation offerte par Apple (présentation du catalogue, simplicité du téléchargement, qualité des signaux audio-vidéo,…) s'avère plus convaincante que celle de ses concurrents.

Reste que si regarder un film sur un ordinateur peut se concevoir, notamment en situation de mobilité, la finalité d'un long-métrage est tout de même de se retrouver sur un écran plasma ou LCD, dans le salon. Certains s'y sont déjà risqués, notamment Microsoft et son Media Center : tous ont échoué. Aujourd'hui, Steve Jobs esquisse les contours d'une solution alternative: l'iTV, plate-forme permettant de transférer sans fil vers un récepteur TV des films et contenus vidéos téléchargés au préalable sur Mac... mais aussi sur PC. Qu'on ne s'y méprenne donc pas. L'initiative est tout sauf anodine de la part d'un personnage réputé pour son perfectionnisme. En fait, elle a tout du « buzz » commercial. C'est la première fois qu'Apple parle d'un produit sans le lancer dans la foulée. C'est dire tout l'enjeu de cette nouvelle « brique » technologique. Pour Steve Jobs, il s'agit là d'une nouvelle étape, déterminante pour l'avenir du groupe. Le produit ne sera pas donné (299 dollars), mais gageons que son design, son ergonomie, sa simplicité d'utilisation pourraient bien imposer la vision Apple du "hub numérique".

 
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