Aldebaran Robotics conçoit des robots capables de lire vos emails, d'organiser votre agenda, de donner des cours d'anglais à vos enfants et de vous battre au poker. Encore réservés aux initiés, ces androïdes s'attaqueront au marché grand-public dès l'année prochaine.
Il est des projets d'entreprise qui prennent le temps de mûrir, dix, vingt ans, parfois plus avant d'éclore au grand jour. Bruno Maisonnier, président d'Aldebaran Robotics en sait quelque chose. Voilà un quart de siècle que cet homme de 48 ans (X et Télécom Paris) nourrit une passion dévorante pour les robots, en marge d'une carrière oscillant entre la finance internationale et l'informatique dans les SSII. « Depuis plus d'une dizaine d'années, je suis convaincu que nous allons revivre avec la robotique une aventure similaire à celle que nous avons vécue avec le PC », assure-t-il.
En 2003, après s'être formé aux technologies les plus récentes et mis quelques sous de côté, notre homme décide de passer à l'action. « Les technologies (télécommunications mobiles, PDA, camescopes,…) étaient là. Avec Star Wars, nous étions entrés dans le monde des robots. Pour autant, le marché de la robotique grand-public se résumait à quelques jouets, aspirateurs et tondeuses à gazon », se souvient Bruno Maisonnier. Bref, le moment était venu. Mais comment faire pour participer à cette aventure ?
A force de fréquenter les fédérations professionnelles, les universités et les labos de recherche, Bruno Maisonnier finit par réunir autour de lui une dizaine de fidèles. Début 2005, la petite équipe travaille sur des cartes prototypes. Six mois plus tard, Aldebaran Robotics voit le jour. Pour la petite histoire, Aldebaran est l'étoile la plus brillante de la constellation du Taureau, « le symbole d'un nouveau territoire à conquérir », sourit le fondateur de cette jeune pousse. Les 280 000 € réunis à cette occasion servent en partie à payer une étude de marché qui renforce Bruno Maisonnier dans ses convictions. Plusieurs prototypes sont alors développés simultanément.
Le 8 décembre 2006, la première version du produit final voit le jour. Il s'agit d'une créature humanoïde de 57 cm de haut pesant 4 kg et baptisée Nao. « L'aspect humanoïde est absolument déterminant pour le succès du marché », plaide Bruno Maisonnier, « Dans l'inconscient collectif, un robot possède naturellement deux bras et deux jambes », ajoute Fabien Bardinet, directeur général adjoint de la société. La version définitive est prévue pour septembre prochain.
Le voir s'animer ne laisse pas indifférent. Nao se déplace - même s'il ne descend pas encore les escaliers -, reconnaît son interlocuteur, ses amis, mais aussi les objets. Il répond aux questions qu'on lui pose avec des mouvements de tête et des gestes pour le moins réalistes, danse en rythme avec la musique, vous fait la lecture de vos courriels dans une vingtaine de langues grâce aux logiciels de reconnaissance vocale embarqués. Il met à jour votre agenda, bloque les rendez-vous que vous lui indiquez et vous envoie des images de votre appartement en votre absence. « Mais il peut tout aussi bien raconter des histoires aux enfants, leur faire une dictée, leur donner une leçon d'anglais ou les faire répéter leurs tables de multiplication. Il peut aider une personne malvoyante, accueillir des visiteurs ou… vous battre à plates coutures au poker », assure Bruno Maisonnier.
Pour lui, l'Europe et la France ont vraiment un atout à jouer en matière de robotique, grâce aux compétences dans le logiciel et les sciences cognitives, mais également dans le domaine de la mécanique, de la mécatronique, ou des capteurs. Certains des modules composant Nao proviennent d'ailleurs d'Italie, de Suisse ou de Belgique. Le projet a reçu l'aide d'Oseo (Ex-Anvar) et de la Région Ile-de-France dans sa phase finale de R&D.
Les dirigeants visent aujourd'hui deux marchés. Le premier concerne les scientifiques, les laboratoires de recherches en sciences cognitives. « Ils ont besoin de plates-formes d'expérimentation sur mesure. Les résultats de leurs études nous permettront d'enrichir Nao et ses fonctionnalités », précise le patron d'Aldebaran. Les clones de Nao leurs seront proposés entre 12.000 euros et 15.000 euros l'unité.
L'entreprise ne se tournera qu'ensuite vers le marché grand-public. Les descendants de Nao seront vendus à moins de 3.000 euros l'unité dès le quatrième trimestre 2008. Le marché des robots de loisirs est estimé entre 30.000 et 60.000 unités par an, et cible les technophiles scientifiques et les « early adopters ». « Ils pourront s'amuser à le programmer, à entrer en compétition avec lui dans le cadre de jeux virtuels ou non, développer des applications. Il s'agit d'un défi intellectuel. Son évolution et son enrichissement sont fondamentaux. Il lui est pour l'instant impossible d'apprendre seul. Son comportement, son intelligence et ses capacités de décision découlent des programmes et des applications logiciels qui auront été téléchargés auparavant », explique Bruno Maisonnier.
L'arrivée de ces androïdes suscite déjà des préoccupations d'ordre juridique liées, à leur comportement, leur éventuelle responsabilité ou celle de leur propriétaire. Un code lié à la robotique est en cours d'élaboration. Sur lequel plane comme une antienne les trois Lois de la Robotique d'Isaac Asimov…
Fiche d'identité - Aldebaran Robotics
Domaine d'activité : Electronique grand public
Année de création : 2005
Effectifs : 14 + 4 stagiaires
Dirigeant et fondateur : Bruno Maisonnier
Capital : 830 000€
Levée(s) de fonds : En cours
Actionnaire(s) : Fondateur (55%), salariés (7%), « love money » (38%)
Chiffre d'affaires 2006 : n.s.
Concurrents : Aucun sur ce segment de marché

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