Napster met son catalogue de 2 millions de titres en libre service. L'ex-terreur du piratage, passé à la musique légale, se financera grâce à de la publicité. Avec l'idée de donner goût à la musique illimitée pour imposer ses forfaits payants face à l'iTunes Music Store.
Toute la musique gratuite, n'importe où et n'importe quand... mais avec quelques limites. Voilà la dernière trouvaille de Napster pour contrarier l'hégémonie d'Apple dans la musique en ligne. Lundi, l'ancienne gloire du peer-to-peer, passée depuis trois ans du piratage vers un modèle légal et payant, a mis en libre service l'ensemble de son catalogue, soit deux millions de titres que les internautes peuvent venir écouter sans devoir s'abonner, comme c'était imposé auparavant. « Napster est né avec l'idée d'éliminer les barrières pour découvrir, apprécier et partager la musique », a lancé Chris Corog, patron de Napster, dans un vibrant hommage à Shan Fanning, terreur de l'industrie du disque qui a créé en 1999, à seulement dix-sept ans, le réseau longtemps controversé. « Nous sommes ravis de partager notre nouvelle expérience de la musique gratuite sur Napster.com » indique-t-il, ravi, dans un long discours intégralement retranscrit sur le site.
Sauf que, derrière les effets d'annonce qui visent à capitaliser sur une marque reconnue, le nouveau service de Napster est loin de revenir aux sources. Pour payer les ayants-droits et si possible dégager de la marge, le disquaire n'a pas d'autre choix que d'ériger des « barrières » discrètes mais contraignantes. La diffusion des morceaux, certes gratuite, est financée par la publicité, soit un spot de quinze secondes qui occupe l'internaute avant la diffusion du premier morceau et des bandeaux qui accompagnent la lecture de tous les titres suivants. Ensuite, les morceaux ne peuvent pas être téléchargés, mais seulement écoutés en ligne, par streaming, et dans une qualité d'encodage dégradée à 32kpbs pour économiser des ressources et épargner les offres payantes. Enfin, une même chanson ne peut être écoutée que cinq fois, après inscription gratuite, et par un internaute connecté depuis les Etats-Unis seulement, car Napster n'a pas encore négocié les droits de ce système pour les autres pays. Passé cette limite, il faut s'abonner.
Dans les faits, Napster n'abandonne donc en rien la musique payante. Au contraire, ce nouveau service doit donner aux internautes le goût de l'écoute illimitée, pour les convaincre de souscrire par la suite à des offres payantes, ces forfaits mensuels « Napster To Go », vendus entre 10 et 15 dollars, qui comptent aujourd'hui plus de 500.000 abonnés. Face au téléchargement à l'unité qui fait le succès de l'iTunes Music Store, Chris Corog reste convaincu des qualités de ce modèle. S'il ne s'est pas encore imposé, explique-t-il, c'est à cause de l'écosystème fermé d'Apple et des difficultés à convaincre les internautes de louer de la musique. L'arrivée massive d'appareils numériques compatibles avec le format de Microsoft, des téléphones portables notamment, et ce nouveau service d'écoute gratuit sont chargés de changer la donne.

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