Alors que de multiples start-ups exploitent le filon du Web 2.0 dans la Silicon Valley, certains tentent de trouver la prochaine technnologie porteuse. Les "prédictions" de Paul Saffo, directeur de l'Institut du Futur de Palo Alto.
Pour avoir une idée de ce que l'avenir nous réserve en matière de nouvelles technologies, nous avons interrogé le Nostradamus de la Silicon Valley, Paul Saffo, directeur de l'Institut du Futur (basé à Palo Alto) et professeur à Stanford. A l'instar de l'auteur des Prophéties, Paul Saffo n'en est pas a ses premières prédictions. Il avait ainsi prédit que le bogue de l'an 2000 n'en serait pas un, ou que l'utilisation des outils de communication et de la visio-conference entraîneraient plus de voyages, et non pas l'inverse. Mais tout comme son “homologue” de la Renaissance, il s'est aussi trompé. En annonçant par exemple il y a 14 ans la disparition du mouvement des "cyberpunks", qui ne sont autres que les "googlers" d'aujourd'hui. Mais depuis, le plus célèbre des futuristes de la région de San Francisco a perfectionné son algorithme de prédiction! Tour d'horizon.
La mode est aujourd'hui au Web 2.0 dans la Silicon Valley. Quelles sont les technologies susceptibles de lui succéder?
A court terme, la robotique grand public va remplacer la vague du Web 2.0. Toutes les technologies sont déjà là, avec les senseurs, la mécanique pour les déplacements, l'électronique et les outils de communication. D'ici quatre à cinq ans, l'industrie robotique aura trouvé les applications qui séduiront le grand public. Un des premiers exemples a été le Roomba, le premier aspirateur culte de l'histoire. A long terme, les innovations autour de la biologie marqueront le début d'une nouvelle ère, à l'instar de celle de la chimie au début du 20ème siècle, puis de la physique dans les années 30 et enfin de l'électronique, avec l'invention du transistor. C'est ce que j'appelle les technologies fondatrices, sur lesquelles s'appuient la majorité des innovations durant une période de 30 ans. La prochaine grande révolution technologique viendra de la biologie et nous verrons d'importantes innovations en terme de médecine personnelle, biotechnologies, etc.
Donc pas de Web 3.0?
Le boom autour de l'Internet a commencé dans les années 90, même s'il a été créé 30 ans plutôt. L'Internet en tant que nouveau média continuera, comme tous les autres médias avant lui. La radio existe toujours malgré l'invention de la télévision. Et la télévision trouvera sa place dans un monde dominé par YouTube et l'Internet. Même le papier aura sa place, dans les romans par exemple, mais sans doute plus dans les journaux.
Est-ce donc la fin des journaux papiers?
Le responsable du New York Times l'a dit lui-même. D'ici à cinq ans, le quotidien ne publiera plus d'édition papier. Il est en effet très difficile de concurrencer les nouveaux médias électroniques comme les blogs et autres. Pour espérer le même profit, un journal papier doit avoir 100 fois plus d'abonnés qu'un site électronique. Le modèle économique basé sur la publicité n'est donc plus en faveur du papier. D'autant que la quantité d'informations ne cesse d'augmenter et ne peut plus être mise sur papier.
Etes-vous d'accord avec Andrew Keene pour dire que les "amateurs", stars du web 2.0., sont une menace pour la culture et les médias traditionnels?
D'abord, lorsqu'un amateur réussit, ce n'en est plus vraiment un. Il devient un professionnel. Pour moi, il s'agit d'une querelle vaine. Cela a toujours été comme cela dans l'histoire des médias: les premiers produits dérivés du nouveau média sont médiocres et puis ils s'améliorent avec le temps. Lorsque l'imprimerie a été inventée, les premiers textes imprimés après la Bible furent de mauvais thrillers, des guides et des livres pornos. Même chose pour la radio qui a été créée par des amateurs passionnés. Et aujourd'hui, on le voit avec les blogs qui deviennent de plus en plus sophistiqués avec de beaux designs, de la vidéo, etc. Les "stars" s'élèveront au-dessus de cette soupe numérique et, par là-même, imposeront un niveau d'entrée plus élevé pour les autres.

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