La 3D new-look crève les écrans

Quentin Domart et Sébastien Julian -  01/09/2008  - L'Expansion 
 

Les images en trois dimensions sont le nouvel eldorado de l'industrie du divertissement. Les start-up françaises jouent les premiers rôles dans ce secteur.

Yaouen Bernard a eu le nez creux. En juillet, plutôt que de projeter la version standard du film tiré du roman de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, le directeur du Mégarama de Bordeaux a mis à l'affiche la version en trois dimensions (3D). Bonne pioche : dans sa ville comme partout en France, ce film en relief a réuni en moyenne quatre fois plus de spectateurs que sa version 2D. Du coup, l'exploitation du film a été prolongée de deux semaines. « Le scénario n'est pas bon, mais les jaillissements et la perception de la profondeur de la 3D ont emballé le public, se réjouit-il. Certains spectateurs applaudissent même à la fin. »

La 3D, après avoir été adoptée par les industriels de l'aéronautique et de l'automobile pour concevoir leurs prototypes, est-elle la dernière recette miracle pour remplir les salles obscures ? Pas seulement. Tous les professionnels de l'industrie du divertissement misent désormais sur cette nouvelle dimension de l'image. Les fabricants de téléviseurs, de PC et de téléphones portables y voient une façon d'inciter le consommateur à renouveler son équipement. Dans les parcs de loisirs comme le Futuroscope, cela permet d'offrir aux visiteurs des expériences de réalité augmentée où des images de synthèse en relief viennent se mêler à des images réelles. C'est une aubaine aussi pour les start-up françaises qui sont devenues les reines de la filière 3D.

Certes, la technologie en elle-même n'est pas nouvelle. Le principe, similaire à celui de la vision humaine, est connu depuis la fin du XIXe siècle et l'invention du cinéma. Il suffit de projeter deux images planes d'un même objet prises sous un angle légèrement différent, l'une pour l'œil gauche, l'autre pour le droit. Le cerveau reconstitue une seule image en relief. Dès les années 50, Alfred Hitchcock avait filmé Le crime était presque parfait avec deux caméras. Les parcs d'attractions comme Euro Disney ou le Futuroscope, des salles spécialisées comme la Géode, diffusent des documentaires et des films en 3D depuis longtemps. Mais, jusqu'alors, quelques soucis techniques perduraient et le matériel restait hors de prix.

Avec le développement du numérique, la technologie 3D arrive aujourd'hui dans les loisirs grand public. Filmer en relief ne pose plus de problème grâce aux caméras inventées notamment par les Français de Binocle (lire page 94). Fini aussi les maux de tête ou les nausées provoqués par les anciens modèles de lunettes à filtres rouges et verts. Désormais, le confort et l'expérience « immersive » sont au rendez-vous. A tel point que Jeffrey Katzenberg, le PDG des studios DreamWorks, producteur de Shrek, Kung Fu Panda, etc., n'hésite pas à comparer l'actuel passage au relief à celui du cinéma muet au cinéma parlant. « Une révolution de long terme », abonde Nathanël Karmitz, directeur général du Groupe MK2, qui étudie actuellement des projets en 3D. En octobre, il distribuera Fly me to the Moon, un film d'animation exclusivement exploité en 3D qui cartonne depuis le mois d'août aux Etats-Unis.

Du côté d'Hollywood, c'est l'effervescence. Pas moins de 30 productions en 3D sont prévues ces deux prochaines années. Les studios DreamWorks ou Pixar (Ratatouille, Wall-E, etc.) ne jurent plus que par cette technologie, tout comme les réalisateurs Steven Spielberg et James Cameron (Titanic). Ce dernier prépare actuellement Avatar (sortie prévue en 2009), un film dont le budget dépasse les 200 millions de dollars. Une version en relief de Star Wars est également en préparation. En France, Luc Besson et sa société EuropaCorp travailleraient notamment sur une version en relief d'Arthur et les Minimoys. Et, pour compenser le surcoût (de 10 à 20 %) d'une telle production, les réalisateurs français pourront faire appel au Centre national de la cinématographie, qui vient de lancer un nouveau dispositif de subvention.

Pour les producteurs, cette technologie est une aubaine. Ses revenus sont potentiellement bien supérieurs à ceux du cinéma classique. Avec davantage de spectateurs par séance et un prix du ticket majoré de 2 à 3 dollars (1,5 euro en France), « les versions 3D des films récents ont généré des revenus par écran en moyenne trois fois plus importants que leurs versions 2D », note ainsi Charlotte Jones, analyste pour la société Screen Digest. Et, pour le moment, le piratage d'un film en relief demeure impossible. Autant d'éléments qui ne laissent pas non plus les exploitants de salles insensibles au phénomène : malgré la logistique supplémentaire qu'impose la projection de ce type de film (distribution, récupération et entretien des lunettes), un nombre croissant de salles s'équipent. Aux Etats-Unis et au Canada, 700 millions de dollars seront investis ces prochaines années pour doter 10 000 écrans en projecteurs 3D.

 
 
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Commentaires - (1)
volfony 22/3/2009 Recommander 0

Je ne suis pas tout à fait d'accord sur les revenus supérieurs du relief 3d, les 1.5 euros supplémentaires financent le cout et l'entretien des lunettes électroniques (qui sont assez fragiles)... J'aurai été plus partisan de l'utilisation de lunettes polarisées comme aux USA, le coût aurait été alors identique (les lunettes sont financées par la publicité marquée dessus)...

 
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