
Comme chaque année, l'IDATE, un institut d'étude sur les télécoms, a organisé à Montpellier la semaine dernière la 29e édition de son “Digiworld“, une conférence réunissant plusieurs dizaines d'opérateurs, d'équipementiers et autres grands acteurs des médias électroniques. Mais près d'une décennie après les débuts de la dérégulation du secteur sous l'impulsion de la commission européenne, l'ambiance de ce congrès était plutôt morose, tant les acteurs de cette industrie s'interrogent sur leur capacité à trouver l'équilibre entre le financement de réseaux toujours plus coûteux et leur capacité à trouver de nouvelles sources de revenus.
Une équation difficile à résoudre
“Le rétablissement qui a suivi l'éclatement de la bulle n'a ni arrêté l'innovation technologique (Web 2.0, 3,5 G, Wimax, FTTX, TV mobile,…), ni éliminé les interrogations sur les business models susceptibles de créer de la valeur pour tous les services entrevus“ a observé en introduction Francis LORENTZ, Président de l'Idate, posant la problématique du financement de ces nouveaux réseaux.
Car l'équation est particulièrement difficile à résoudre. Un opérateur historique comme France Telecom devrait par exemple dépenser près de 15 milliards d'euros ces dix prochaines années dans son réseau cellulaire de troisième génération son réseau de télévision mobile DVB-H et son réseau en fibre optique tout en faisant face à une baisse de ses revenus sur le fixe, et à un ralentissement de la croissance de ses revenus sur le mobile.
Un secteur en consolidation
Pour répondre à cette problématique, le secteur a pour le moment opté pour un vaste mouvement de consolidation, aussi bien chez les opérateurs que chez les équipementiers. En France, France Telecom a par exemple opéré la fusion de Wanadoo sous la marque Orange tandis que Vivendi travaille au rapprochement de SFR, désormais présent dans l'ADSL, avec son autre filiale Neuf Cegetel, qui a absorbé coup sur coup AOL france et Club-Internet. Deux pôles auxquels il faut également ajouter trois acteurs qui pourraient concourir à la création d'autres alliances : Bouygues Telecom, un opérateur cellulaire que le groupe Bouygues cherche à vendre pour financer son développement dans l'énergie, Iliad, maison mère de Free et seul candidat à la quatrième licence 3G sans oublier Numéricâble, né de la fusion de tous les câblo-opérateurs : Noos, UPC et FT Câble, et désormais sous le contrôle de fonds d'investissement.
Cette consolidation, également observée chez tous les opérateurs européens, a également eu lieu parmi les équipementiers : Alcatel a par exemple fusionné avec Lucent, Nokia s'est rapproché de Siemens Networks tandis que Ericsson a multiplié les acquisitions avec Marconi ou Redback Networks. Une consolidation toutefois compensée par la montée en puissance d'équipementiers asiatiques comme le coréen Samsung, très en pointe dans le Wimax, ou encore les chinois ZTE ou Huawei, ce dernier s'étant même offert 3 Com, un équipementier américain spécialisé dans les réseaux IP.
A la recherche de nouvelles sources de revenus
Ce vaste mouvement de consolidation et de rationalisation des coûts s'est également accompagné d'une réorganisation des offres de services. Malgré l'échec de conglomérats comme AOL TimeWarner ou Vivendi Universal, tiraillés entre “tuyaux” et “contenus”, certains opérateurs téléphoniques sont tout de même parvenus à devenir de véritables distributeurs de services numériques. Après le “triple play” (téléphonie, internet, télévision”, Didier Lombard, PDG de France Telecom parle même d'opérateur “nPlay” pour évoquer des bouquets de services comprenant également la téléphonie mobile, le jeu, la musique ou encore la vidéo.
Une stratégie “nPlay” néanmoins plutôt destructrice de valeur pour des opérateurs, obligés de packager des offres de téléphonie hybride (fixe et mobile) bien souvent moins rémunératrices que les deux abonnements initiaux pris séparément. Longtemps présentés comme un eldorado, les services premum sont également loin d'être aussi intéressants que l'accès. Pour les opérateurs cellulaires, les services “data” ne représentent encore que 15% du chiffre d'affaires, essentiellement grâce au succès du SMS, un chiffre bien souvent inférieur à 10% chez des opérateurs fixes, qui multiplient pourtant les services sans pour autant observer une hausse significative des dépenses de leurs clients. Malgré tous ses investissements dans la télévision ou la VOD, le revenu net moyen des abonnés Free dépasse par exemple tout juste les 35 euros HT pour un abonnement de base d'environ 30 euros TTC.


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