Les internautes pourront créer dès 2009 les adresses internet de leur choix. Des noms de domaine en .amour, en .haine qui seront attribués aux enchères.
Internet va entrer dans l’ère du « .n’importe quoi ». Dès 2009, l’Icann prévoit d’ouvrir les vannes et de permettre potentiellement à tous les propriétaires de sites de personnaliser totalement leur adresse internet. Jusqu’à présent, seuls deux éléments sur trois pouvaient être modifiés : le répertoire (« www », le plus souvent) et le nom de domaine (ici, www.lexpansion.com). La troisième partie de l’adresse, l’extension du nom de domaine (ou suffixe), restait elle protégée par des gestionnaires privés mandatés par l’Icann, tel Verisign pour le « .com » et le « .net », ou par les Etats, comme pour le « .fr » français, le « .de » allemand ou le « .co.uk » anglais.
C’est cette structure qui volera sous peu en éclats. « Nous allons libéraliser les extensions génériques sur internet. Outre les .com, .net ou .org, dès le premier trimestre de 2009, les 1,3 milliard d'internautes pourront acquérir des adresses génériques, en déposant des mots courants comme .amour, .haine ou .ville ou encore des noms propres », annonce Paul Twomey, président de l'Icann, dans un entretien aux Echos. Et ce, dans une quinzaine de langues en tenant compte - c’est aussi une première - des caractères non latins, par exemple en chinois, en cyrillique ou en arabe. Bref, ce sont des millions et des millions d’adresses potentielles qui seront ouvertes à la réservation.
L’adresse d’un site internet se lit mieux à l’envers. Prenons le site www.exemple.fr. Le « .fr » correspond à l’extension du nom de domaine (ou suffixe). Ils en existe environ 200 différentes, la plupart pour des pays, et quelques-unes génériques comme le « .com » ou le « .net ».
La deuxième partie correspond au nom de domaine. Il doit être réservé auprès d’un gestionnaire, et reste associé à son extension, ici le « .fr ». Ainsi, « www.exemple.fr » et « www.exemple.com » peuvent appartenir à deux personnes différentes.
La première partie, le plus souvent « www », correspond au répertoire. Elle est gérée directement par le site, sans aucune règle. Le site peut ainsi créer autant de sous-domaine qu’il souhaite, par souci de clarté. Un site peut donc proposer des adresses « forums.exemple.fr » et « blog.exemple.fr » en complément du « www.exemple.fr ».
En France, des « .économie », « .bourse », « .ordinateur » et l’inévitable « .sexe » pourront ainsi être créés. « Ce sont de nouveaux territoires à découvrir et à exploiter sur internet, un peu comme les Etats-Unis au temps de la conquête de l’Ouest », justifie Paul Twomey. « Au départ, seulement quelques nouvelles extensions étaient prévues, nous sommes étonnés que cela aille aussi loin », commente Stéphane Van Gelder, directeur général d'Indom, société spécialisée dans l'enregistrement et la gestion de noms de domaine. Actuellement, 162 millions de noms sont recensés, dont plus de la moitié en « .net » et « .com » sur un total de quelque 250 extensions.
Ce qui ne va pas sans poser de multiples questions sur l’encadrement envisagé. S’agissant du droit des marques, les « .apple », « .mac », « .iphone » et « .ipod » ne pourront être théoriquement déposés que par Apple. Les entreprises qui ont déjà réservé leur nom de domaine sur les extensions les plus populaires (.com, .net, .fr en France) pour éviter le cybersquattage, seront quoi qu’il en soit fortement incitées à repasser à la caisse pour protéger leurs marques et leurs dérivés. L'OMPI, qui gère un Centre d'arbitrage et de médiation des noms de domaines, a reçu l'an dernier 2156 plaintes contre 1824 en 2006, soit une augmentation de 18%.
L’Icann prévoit tout de même d’autres garde-fous. Elle prévient ainsi qu’elle n’acceptera pas l’enregistrement de termes trop proches des extensions actuelles, et que le mot déposé ne devra pas « usurper l’identité d’une communauté, reconnue par ses pairs ». De plus, « l’attribution d’une extension sera niée si elle conduit à des problèmes d’ordre public ou moral », détaille Paul Twomey dans le quotidien. Cela permet ainsi d’évacuer les noms de domaine sur la drogue ou les sectes. Enfin, si plusieurs candidats se disputent une extension, son attribution se règlera aux enchères. Le frein le plus important sera celui du prix.
L’Icann, qui tient lieu de superviseur, ne dit pas encore qui sera chargé de jouer les arbitres. L’organisation à but non lucratif, qui a tout de même affiché un chiffre d’affaires de près de 50 millions de dollars en 2007, s’entourera vraisemblablement de ses partenaires habituels, qui se rémunèrent comme elle sur chaque nom de domaine créé. Avec un nombre quasi infini d’adresses concernées, cela représente une manne considérable pour les spécialistes des noms de domaine. « Il faudra montrer patte blanche en terme de compétences techniques et de solidité financière », prévient cependant Loïc Damilaville, directeur général adjoint de l'Afnic, qui gère les noms de domaine français.

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Acquérir des noms de domaines... a quel prix ? Qui peut prétendre vendre ce qui ne lui appartient pas ? Bientôt on nous vendra l'ai que l'on respire... vous verrez !