Lors d'une réunion à Genève consacrée à l'avenir de la gestion de l'Internet, l'UE s'est rangée à l'idée d'un organisme international. Au grand dam des Etats-Unis qui ont catégoriquement refusé de partager leur pouvoir.
Rien ne va plus entre les Etats-Unis et l'Europe sur le contrôle de l'Internet. Le Vieux continent a en effet rejoint mercredi des pays comme la Chine ou l'Iran qui contestent la domination américaine sur le système d'adresses du Web et la maîtrise des serveurs racines. Autrement dit, les principaux outils de gestion du trafic et d'accès à l'information, lesquels se trouvent historiquement sous la protection des Etats-Unis. Sauf que le Web s'est complètement internationalisé au cours des dernières années. C'est d'ailleurs pour faire évoluer ce système que les nations du monde s'étaient réunies à Genève après s'être fixées jusqu'au dernier jour de septembre pour aboutir à un consensus. Or le clash est arrivé mercredi soir quand le représentant de la Grande-Bretagne, qui assure la présidence de l'UE, a évoqué un nouveau modèle coopératif dans la gestion de l'Internet. En clair, un appel à mettre en place un organisme international.
Face à ce qu'ils considèrent comme une trahison, les Etats-Unis ont vivement réagi jeudi. Cité par l'International Herald Tribune, David Gross, le délégué américain du département d'Etat à la réunion de Genève a ainsi déclaré : "Ce changement profond de la position européenne est très choquant (...) et semble correspondre à un revirement historique des Européens au sujet de la régulation d'Internet, passant d'une conception basée sur le leadership privé à une autre s'appuyant sur le contrôle gouvernemental ". C'est en effet pour l'instant un organisme privé à but non lucratif, l'Icann, qui assume une partie de la "gouvernance" du net via la gestion et la supervision de l'attribution des noms de domaines. Mais son mode de fonctionnement est très contesté. Surtout quand il touche aux noms de domaines nationaux (le.fr de la France par exemple), que les pays considèrent comme une extension virtuelle de leur territoire national. Les Etats-Unis se disaient prêts à des aménagements sur ce point, mais à condition de conserver leur emprise générale. Au cas où les choses n'auraient pas été claires, David Gross a d'ailleurs ajouté : "Nous n'accepterons pas que les Nations Unies prennent en charge la gestion d'Internet... Ce n'est pas une question de négociation, c'est une question de politique nationale". Ce qu'avait déjà exprimé George W Bush en juillet, en remettant en cause l'accord de principe accepté en 1998 selon lequel l'Icann devait prendre son indépendance vis à vis du Ministère américain du commerce en septembre 2006. Les Etats-Unis justifient également leur position en affirmant qu'une gestion internationale serait trop lourde, car trop administrative. L'isolement américain risque en tout cas de faire échouer le sommet mondial sur la société de l'information qui doit se tenir en novembre prochain à Tunis.

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