
L'action Yahoo chutait de 10% mercredi à la Bourse de New York, les investisseurs se montrant déçus du partenariat dans la recherche sur internet conclu avec Microsoft qui ne prévoit pas de versement en numéraire au bénéfice du portail internet.
C'est fait. Après 18 mois de négociations, de ruptures et de réconciliation, Microsoft et Yahoo ont enfin signé mercredi leur pacte d'association contre Google. Mais cette alliance d'une durée de 10 ans est moins ambitieuse qu'on ne le pensait et moins immédiatement rémunératrice pour Yahoo et ses actionnaires. Complexe à mettre en oeuvre, elle doit entrer en vigueur au début 2010.
Le partenariat prévoit que Microsoft - qui a lancé en juin son nouveau moteur de recherches Bing - fournira la technologie de recherche sur tous les sites des deux groupes. La firme de Redmond achète au passage le droit d'utiliser les technologies développées par Yahoo, un des pionniers en la matière, afin de les intégrer dans son propre moteur.
Le portail conserve la maîtrise de l'ergonomie et de l'interface d'utilisation du moteur qui pourront donc être différentes de celle de Bing. Mais il devra mentionner clairement le nom de son algorithme de recherche. Exactement comme en Formule 1 où une écurie fait appel au moteur d'un constructeur automobile. Lequel peut faire courir sa propre voiture avec le même moteur mais une autre carrosserie.
Yahoo de son côté, devient la régie publicitaire exclusive et mondiale des deux groupes pour tous les liens sponsorisés premiums. A savoir ceux qui font l'objet d'une négociation avec les annonceurs.
Les publicités qui s'affichent automatiquement à côté des résultats d'une recherche seront gérées par Microsoft via sa plateforme de mise aux enchères de mots clés, Ad Center. Le groupe de Steve Ballmer s'engage à verser à Yahoo 88% des revenus générés par les liens sponsorisés affichés sur ses sites. Et ce pendant les cinq premières années du partenariat. Histoire de se prémunir contre d'éventuels bugs de mise en place, Yahoo se voit par ailleurs garantir un revenu minimum pendant 18 mois.
Les deux groupes garderont une totale autonomie pour la vente de publicité graphique (le "display" qui concerne notamment les bannières traditionnelles) et pour toutes leurs autres activités (sites d'information, messageries... ) sur lesquelles ils s'affirment concurrents.
Financièrement, Yahoo espère tirer de cette alliance un supplément de 500 millions de dollars de recettes nouvelles par an, à partir du moment où elle atteindra sa vitesse de croisière, vers 2012. Il ajoute que ce mariage lui permettra d'économiser 200 millions de dollars de dépenses d'investissement.
Mais le portail, un an après avoir refusé une offre de rachat de Microsoft de 47,5 milliards de dollars, semblait avoir du mal à convaincre les marchés que le partage des recettes projeté lui était plus favorable que le versement immédiat de sommes sonnantes et trébuchantes.
L'action Yahoo! chutait de 10,98%, à 15,33 dollars, vers 16h00 GMT. Celle de Microsoft gagnait tout juste 0,09% à 23,49 dollars, alors que celle de Google, l'adversaire désigné, glissait de 1,28% à 434,30 dollars.
"Un gros paiement au comptant ne nous aiderait pas vraiment", a tenté de faire valoir la directrice générale Carol Bartz lors d'une téléconférence. Au contraire, "nous voulions un flux de revenus pour pouvoir investir", sans céder purement et simplement une activité clé, a-t-elle expliqué. En confiant le développement technologique à Microsoft, le portail dit vouloir se concentrer sur l'activité de vente publicitaire et sur son offre de contenus et de services.
Yahoo, qui a déjà coupé dans ses effectifs trois fois en un an, a concédé qu'il y aurait des déperditions d'emplois, sans les chiffrer.
Pour l'heure, l'urgence est de convaincre les autorités de la concurrence, et les deux groupes prévoient de plaider leur cause dès la semaine prochaine à Washington, pour boucler l'opération "début 2010".
Dans un communiqué commun, les deux groupe désignent, sans le nommer, la cible de leur alliance. "Cet accord combine les places de marchés des mots clés de Yahoo et de Microsoft afin que les annonceurs ne soient plus dépendants d'une seule entreprise qui domine plus de 70% de toute la recherche" .
Google, puisque c'est évidemment de lui qu'il s'agit, détenait 65% du marché américain de la recheches en juin, contre 19,6% pour Yahoo! et 8,4% pour Microsoft, selon l'institut Comscore. Et sa domination est encore plus importante dans le reste du monde, atteignant 78% des recherches, selon Microsoft. Pour ce dernier, il était donc crucial de boucler un tel accord qui lui permettra de développer sa technologie de partir d'une base de 30% du marché US. Ce qui, selon lui, devrait lui permettre de gagner en précision et en qualité des résultats.


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