
Dans un document de 48 pages où il explique sa décision de briser l'exclusivité de la commercialisation de l'iPhone, le Conseil de la concurrence livre une série de chiffres et de détails inédits sur l'accord passé entre Apple et Orange. Morceaux choisis.
Apple a « souhaité limiter le nombre de ses partenaires en Europe afin de déployer l’iPhone le plus rapidement possible. Après l’échec de ses négociations avec Vodafone, qui lui aurait permis d’accéder à de nombreux pays européens, la société Apple a choisi de sélectionner un partenaire exclusif dans chacun des trois premiers pays dans lesquels elle souhaitait se déployer. »
« Le contrat est conclu pour une durée de 5 ans à compter de la date du lancement de l’iPhone 2G, soit le 29 novembre 2007. Apple bénéficie d’une clause de sortie sans contrepartie à l’issue d’une période de trois ans. »
« L’accord prévoit qu’Apple serait dégagée de ses obligations d’exclusivité dès lors que 40 % du nombre total de clients iPhones auraient débloqué leur téléphone et auraient changé d’opérateur. »
« Le 15 mai 2008, Apple Sales International et France Telecom ont signé un premier avenant au contrat de partenariat conclu en octobre 2007. […] A l’issue de ce nouveau contrat, Orange obtient de pouvoir distribuer les iPhones 3G en Suisse et au Portugal, mais sans bénéficier d’exclusivité. »
« L’exclusivité portait sur l’iPhone 2G et l’ensemble de ses successeurs. En contrepartie, Orange s’engageait à verser à Apple 30 % des sommes facturées à chaque client iPhone Orange. Orange s’est également engagé à rembourser 50 % des dépenses publicitaires engagées par Apple dans le cadre de la promotion de l’iPhone, montant plafonné à 10 millions d’euros. »
« Apple et Orange ont […] contractuellement organisé la subvention des iPhones [3G] pour qu’elle soit supérieure à celle des autres terminaux d’au moins 20 % : elle se situe à un niveau moyen de 310 euros ».
« En séance, les représentants de France Telecom ont ainsi fait valoir que les investissements spécifiques consentis au titre du partenariat depuis octobre 2007 s’élevaient à 86,5 millions d’euros, répartis comme suit :
• 40 millions d’euros rétrocédés à Apple au titre du partage de revenu prévu dans le contrat initial,
• 30 millions d’euros au titre de la subvention des iPhones 3G,
• 4 millions d’euros au titre du fonds publicitaire créé par le contrat de partenariat jusqu’au 18 juillet 2008, auxquels se sont ajoutés 3,8 millions d’euros pour le lancement de l’iPhone 3G, le fonds ayant été à chaque fois abondé de 10 millions,
• 2 millions de dépenses promotionnelles et 1 million pour la formation de personnel dédié,
• 1,7 million pour le développement d’éléments de réseaux liés à la Voice Vocal Mail spécifique à l’iPhone,
• des dépenses liées au développement de brevets. »
« 216 000 terminaux vendus du 18 juillet au 28 septembre 2008, soit un peu plus de deux mois, représentent 11 % du total des ventes brutes d’offres post-payées en métropole au troisième trimestre 2008 et 50 % des ventes nettes d’Orange sur la même période. En séance, Orange a déclaré que les iPhones vendus représentaient environ 15 % de ses ventes brutes. »
« On peut noter que les 301 000 iPhones d’ores et déjà vendus du 18 juillet au 5 novembre 2008 représentent pour Orange des revenus garantis de l’ordre de 177 millions d’euros si le montant moyen des forfaits souscrit est de 49 euros avec un engagement de 12 mois, somme à laquelle s’ajoutent les revenus liés à la vente des coffrets, soit 222 millions au total si le revenu moyen est de 149 euros par coffret. »
« Parmi les critères de sélection des distributeurs agréés de l’iPhone […], figure l’obligation de vendre des iPods, des Macs Apple et des services et produits de téléphonie mobile de l’Opérateur de Réseau en France, c’est-à-dire Orange, et de réaliser au moins 30 % de son chiffre d’affaires en lecteurs MP3 avec des iPods d’Apple. »
« Cette clause est justifiée par Apple par le souci de s’assurer que les distributeurs d’iPhones sont familiers des produits Apple. »
« Les représentants de la FNAC ont été interrogés sur ce contrat : « Ce contrat suppose que nous vendions un certain nombre d’abonnements Orange et un certain nombre d’iPods. Ce type de contrat est totalement inhabituel. Aucun autre constructeur n’a mis en place un tel système de distribution sélective. »
Au 15 septembre 2008, Orange « dénombrait 20.076 iPhones 2G et 5.797 iPhones 3G qui avaient fait l’objet d’un déverrouillage ou « désimlockage », essentiellement actifs sur le réseau SFR mais aussi sur le réseau Bouygues Telecom. ».
« Sur le marché national des smartphones haut de gamme, la société Bouygues Telecom estime que la part de marché d’Apple est de 53 % au 15 août 2008 et qu’elle pourrait atteindre 68 % à la fin de l’année 2008. »
« Les chiffres des ventes réalisées et anticipées d’iPhones 3G peuvent être mis en perspective avec les ventes réalisées par Bouygues Telecom et SFR sur des terminaux proches de l’iPhone 3G, et souvent présentés comme des « iPhone Killers». Ainsi, Bouygues Telecom a déclaré avoir vendu 12 000 exemplaires de l’HTC Touch Diamond depuis juillet 2008 ; 3 000 exemplaires du Blackberry Bold depuis septembre 2008, et 4 000 exemplaires du Samsung Player Addict depuis octobre 2008. »

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Très pertinent! Rien à ajouter...Sinon que lorsque l'iphone a été lancé, toute la presse PC se tordait de rire: Apple va se faire étriller par les mastodontes tels que Nokia dans un marché qui n'est pas le sien! On sait ce qu'il en est aujourd'hui: tout le monde copie l'iphone et le presse de s'ébaudir à la sortie du moindre "iphone killer"... Comme naguère pour l'ipod! Je ne sais pas la raison, mais on n'aime pas le succès d'Apple. La mode aujourd'hui étant d'épiloguer sur la santé de Steve Jobs: or quoi qu'il en soit, la situation d'Apple commerciale et financière n'a plus rien à voir avec celle du temps où Steve Jobs avait été écarté du pouvoir par des technocrates. D'aucuns s'imaginent qu'Apple va s'effondrer si Steve venait à disparaître... Bon Noël
Autre aspect concernant la décision du Conseil de la Concurrence : et si demain NOKIA ou un autre constructeur sort un produit concurrentiel à l'i-Phone, encore bien plus performant, et en confie la distribution exclusive à BOUYGUES TELECOM, le Conseil va-t-il aussi casser cet accord ? Et que dira BT ? On pourrait aussi imaginer un 3e cas avec SFR ! On va vite tomber dans le ridicule ! Les contrats de distributions vont devenir illégaux, et les hauts fonctionnaires vont décider de ce qui est bon et pas bon pour les sociétés privées ! Où va-t-on !!
Je n'ai rien vu dans les clauses évoquées de ce contrat entre deux sociétés industrielles privées (L'Etat francais ne possède que 27,34% des actions) qui soient illégales ou frauduleuses ou même monopolistiques et qui justifieraient l'intervention du Conseil de la Concurrence, d'autant plus que les concurrents ont fait de gros efforts ces derniers mois pour "revenir" au niveau. Il me semble que cette intervention est abusive et que la justice devrait l'annuler. Depuis quand délivre-t-on en France des mauvais points aux sociétés innovantes et à celles qui acceptent de prendre des risques ? Le refus de VODAPHONE d'accepter les clauses imposées par APPLE prouve que les conditions de distribution n'étaient pas si "extraordinaires" que ça ! Ne s'agirait-il pas plutôt pour le Conseil de la Concurrence de se débarrasser à bon marché du problème du piratage de i-Phones qui lui, pour le coup, représente un acte répréhensible mais difficile à combattre. Quand à l'éventuel argument de lutter pour diminuer les prix de vente, le Conseil de la Concurrence devrait se persuader que les acheteurs de l'i-Phone sont les mêmes qui, en son temps, achetaient la DS Citroën, achètent aujourd'hui un MAC plutôt qu'un PC : ce sont des inconditionnels de la technologie ; ils s'arrangent toujours pour que le prix ne soit pas un obstacle à leurs rêves de possession des objets plus performants que les autres. Laissez-les vivre !