
Le groupe dirigé par Mark Hurd a offert 12,6 milliards de dollars pour acheter EDS, le n°2 mondial des services informatiques, et réduire l'écart avec IBM. Une opération géante qui doit encore convaincre les investisseurs...
Hewlett-Packard ne se contente pas d’avoir pris en 2007 à IBM la place de 1er groupe informatique mondial en terme de chiffre d’affaires (104 milliards de dollars contre 98 milliards à son rival). Il attaque aujourd’hui Big Blue sur son cœur de métier, le conseil et les services informatiques, qui représentent plus de 50% de ses ventes.
Pour ce faire, HP va lancer une OPA amicale sur le n°2 mondial du secteur, Electronic Data Systems (EDS). Créé en 1962 avec 1000 dollars par Ross Perot, ce grand nom de l’histoire informatique américaine est passé un temps entre les mains de General Motors avant de redevenir indépendant en 1996. Fort de près de 140.000 salariés, ce géant du conseil en technologies de l'information a enregistré en 2007 un chiffre d’affaires de 22,1 milliards de dollars.
Pour s’en emparer, le groupe dirigé par Mark Hurd a mis les formes. Aux termes de l’accord passé avec les dirigeants d’EDS, il offre en effet 25 dollars en cash par action. Soit une prime de plus de 30% par rapport au cours de clôture d’EDS vendredi. Soit également 12,6 milliards de dollars compte tenu des 502,6 millions de titres EDS en circulation. C'est plus que les 11,4 milliards de cash détenus par la groupe à la fin de son dernier exercice annuel. Sans détailler d’autres éléments éventuels comme une reprise de dette, le communiqué officiel évalue la transaction à 13,9 milliards de dollars.
Quoi qu’il en soit, HP est en passe de réaliser là sa plus grosse acquisition depuis Compaq. Annoncée en septembre 2001, cette dernière était évaluée à l’époque à 25 milliards de dollars. Mais il s’agissait d’une opération par échange d’actions. L’acquisition doit permettre à HP de faire passer son chiffre d’affaires dans le conseil et les services informatiques de 16,6 milliards (soit 15% de ses ventes totales) à 38 milliards de dollars, grâce à quelque 210.000 salariés répartis dans 80 pays. Et ainsi de se rapprocher d’IBM, le n°1 mondial du secteur avec 54 milliards de dollars. Lequel ne contrôle toutefois que 7,2% d’un gigantesque gâteau estimé par l’institut Gartner à 748 milliards de dollars dans le monde.
Il est vrai qu'IBM profite aussi largement de son activité de conseil aux entreprises pour fournir le matériel – serveurs et gros systèmes -, qui constitue son autre grande spécialité et dont les marges sont très enviables. Un modèle qu’HP voudrait bien copier pour pallier le ralentissement annoncé du marché du PC, par ailleurs moins rémunérateur.
Au delà de cette bataille avec Big Blue, il s’agit pour HP d’acquérir la taille critique pour s’imposer sur un marché en croissance régulière, alimentée par la tendance des grandes entreprises à externaliser leur gestion informatique. L’oustourcing est notamment répandu quand il s’agit de gérer des infrastructures, comme des fermes de serveurs ou des centres de stockage.
Pour EDS, ce rachat intervient à un moment où son dynamisme pose question. Son chiffre d’affaires n’a progressé que de 4% l’année dernière et son cours de bourse accusait encore une baisse de 13,5% sur un an malgré malgré un bond de 28% enregistré lundi après confirmation de rumeurs de rachat.
Mardi, les investisseurs semblaient en revanche s’interroger sur les avantages de l’opération pour HP. A New York, le titre dérapait de plus de 6% vers 17h30. Outre le prix éventuellement élevé accepté par Mark Hurd, le précédent de Compaq a en effet montré à quel point l’intégration d’un groupe de très grande taille, avec sa culture propre, pouvait être difficile. Si EDS a vocation à demeurer une entité séparée, conservant son nom et son siège à Plano, au Texas, l’opération n’aura du sens qu’au terme des « synergies significatives » sur lesquelles HP ne s’est pas encore étendu.

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