Les pays bagarrent pour accueillir sur leur territoire les infrastructures du futur rival du GPS américain.
Galileo, c'est, officiellement, le grand projet fédérateur que l'Europe attendait pour faire taire ses divisions. Défi technologique et géopolitique, cette constellation de 30 satellites mis sur orbite à l'horizon 2010 sera capable de rivaliser avec le GPS des Américains dans la localisation géographique. En coulisse, pourtant, industriels et gouvernements des principaux Etats se livrent une guerre de clocher pour obtenir sur leur territoire la plus grande part des infrastructures de Galileo, et donc de ses fabuleuses retombées économiques : 10 milliards d'euros par an et 150 000 emplois di-rects et indirects créés.
Centre de toutes les convoitises : le siège de la future société privée qui exploitera Galileo. Les sept industriels européens qui apportent 1,3 milliard d'euros sur les 3,6 nécessaires au lancement des satellites (Alcatel, Thales, EADS, Finmeccanica, Aena, Hispasat, Inmarsat) font donner leurs appuis politiques. Alcatel bénéficie ainsi du lobbying intense de Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères et président de la communauté d'agglomération de Toulouse, pour attirer ce site dans la ville rose, où le groupe emploie déjà 2 000 salariés. Rome, qui propose une aide logistique et financière considérable, et Munich sont aussi dans la course. La France pourrait emporter l'affaire, mais craint que le siège ne soit délesté de ses compétences techniques pour n'être qu'administratif. « On ne veut pas hériter d'une coquille vide », insiste un proche de la candidature. Les industriels, eux, sont catégoriques : « Le premier critère de répartition des sites doit être celui de l'efficacité économique, car le financement privé ne pourra se faire que sur un projet rentable », souligne Olivier Houssin, vice-président exécutif d'Alcatel.
Autre pomme de discorde, le siège de l'autorité publique qui supervisera Galileo. Le Royaume-Uni vante la densité du tissu universitaire de Cardiff, tandis que les Pays-Bas militent pour Noordwijk, siège du centre technique de l'Agence spatiale européenne. La France, elle, verrait d'un bon oeil une implantation à Strasbourg. Seul le choix des deux principaux centres de contrôle de la constellation est à peu près acquis à l'Allemagne (Munich) et à l'Italie (Rome). « Mais rien n'est décidé tant que tout ne l'est pas », lâche un négociateur français. A la Commission de Bruxelles, qui espère un accord au Conseil européen des transports du 5 décembre, on prévient : « Nous n'accepterons pas une multiplication artificielle des installations pour faire plaisir à tout le monde. »
Ces divisions sont d'autant plus rageantes que Galileo a déjà pris deux ans de retard. Or ses applications sont impatiemment attendues. Plus précis que le GPS, Galileo permettra de faire circuler plus d'avions dans le ciel ou de trains sur les rails, il aidera les plaisanciers à mieux se repérer en mer, le Samu à localiser un blessé, et les commerçants à envoyer une promo sur le téléphone portable du client qui passe devant chez eux. Les prisons seront désengorgées grâce au « baguage » des délinquants. Les militaires français comptent aussi s'en servir pour mieux guider leurs missiles.
L'autorité publique de supervision
50 emplois environ.
Candidats : Cardiff (Royaume-Uni), Noordwijk (Pays-Bas), Strasbourg.
Un Centre de contrôle spécialisé dans les transports
Nombre d'emplois : à déterminer.
Favori : Espagne.
Une filiale d'exploitation
20 à 30 emplois.
Favori : Royaume-Uni.
Deux centres de contrôle de la constellation
100 à 200 emplois chacun.
Candidats : Munich (Allemagne) et Rome (Italie).
Le siège de la future concession privée
100 à 200 emplois.
Candidats : Toulouse (qui est favorite), Munich (Allemagne) et Rome (Italie).

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