France Soir sera repris par le journaliste sportif Olivier Rey et l'homme d'affaires Jean-Pierre Brunois, contre l'avis des salariés qui soutenaient un projet concurrent.
Le tribunal de commerce de Lille a désigné mercredi le journaliste Olivier Rey et le promoteur immobilier Jean-Pierre Brunois comme repreneurs du quotidien France Soir, placé en redressement judiciaire le 31 octobre 2005. Cette décision se fait contre l'avis des salariés, pour qui ce feuilleton long de six mois s'achève de façon dramatique.
Ce plan prévoit en effet de ne reprendre que 51 salariés sur les 117 en poste, pour faire de France Soir un tabloïd populaire. La rédaction menaçait mercredi de faire grève immédiatement si le projet du promoteur immobilier et du journaliste était retenu. A la Une de leur quotidien publié mardi, ils s’élevaient contre un projet qui « licencie plus de 80 personnes, laissant une entreprise exsangue tenter vaille que vaille de sortir un journal ». Ils s’étaient prononcés en faveur d’une offre concurrente, menée par le très controversé Arcadi Gaydamak et le groupe de médias russe Moscow News, qui prévoyait de conserver l’ensemble des journalistes.
Pour Bernard Spitz, maître des requêtes au Conseil d’Etat et spécialiste de l’économie des médias, envisager une réduction de la rédaction dans l’optique de réaliser un tabloïd est « contradictoire dans les termes mêmes. Le concept d’un journal qui s’adresse à un très grand nombre à un prix très bas demande de très gros investissements, un très grand savoir-faire et beaucoup de patience. »
Pour autant, parier sur un format tabloïd pourrait s'avérer une stratégie payante. « Il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas. La presse populaire peut avoir un avenir, il faut simplement ne pas tomber dans des jugements de valeur élitistes à la française, et surtout il ne faut pas se tromper. C’est extrêmement plus difficile de faire court que de faire long. C’est un type de presse très contraignant ». Selon lui, « penser que parce qu’un journal est populaire qu’il est plus facile à faire, c’est une erreur. Il y aura certainement des aménagements à faire, mais ce qui plait au public dans un pays n’a pas de raison de ne pas fonctionner dans un autre ».
France Soir est né le 8 novembre 1944, avec Pierre Lazareff comme directeur de la rédaction. Devenu PDG en 1949, celui-ci en a fait un grand quotidien populaire. En 1961, le quotidien avait battu ses records de ventes annuelles avec 1 115 700 exemplaires en moyenne par jour de parution. En 2005, l’association pour le contrôle de la diffusion des médias (OJD) ne recense que 50 633 exemplaires vendus en France par jour.

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