Deutsche Telekom et Telecom Italia veulent faire payer les sites en fonction de leur utilisation de la bande passante. Google, Microsoft, Yahoo et d'autres montent au créneau. La polémique, initiée aux Etats-Unis, s'invite en Europe.
Les géants de l'Internet décrètent la mobilisation générale. Mardi, Amazon, eBay, Google, InterActiveCorp, Microsoft et Yahoo ont adressé une lettre commune au Congrès américain pour protester contre un projet loi sur les télécoms qui mettrait selon eux en péril l'équilibre historique d'Internet. Au cœur du débat : le principe de la « Net neutrality » (la neutralité du Net). Ce code de bonne conduite, qui a contribué au développement fulgurant d'Internet, prévoit que les opérateurs télécoms, propriétaires des tuyaux par lesquels passent les contenus, traitent sans distinction toutes les informations circulant sur leur réseau. Et ce afin de ne pas fausser la concurrence en privilégiant, par exemple, leur propre service de voix sur IP sur celui d'un opérateur alternatif, comme Skype. Or, ce principe n'est plus garanti dans la dernière mouture du texte, sinon par les injonctions et les amendes a posteriori du régulateur, la FCC.
La loi n'aurait pas provoqué de si vives réactions si elle n'était pas examinée alors que, de par le monde, des opérateurs télécoms majeurs se rebellent contre les compagnies Internet qui font des profits faramineux sur leur dos. AT&T et Verizon ont lancé le mouvement aux Etats-Unis. Deutsche Telekom et Telecom Italia ont suivi en Europe, ce dernier ayant d'ailleurs porté l'affaire à Bruxelles, en pleine réflexion sur une révision du cadre réglementaire. A l'heure du haut débit et du multimédia qui engorgent les réseaux, certains opérateurs européens exigent une participation au développement des infrastructures pour lesquelles ils investiront 80 milliards d'euros en trois ans. « Ces sociétés [Internet] doivent comprendre que ce serons nous qui, dans le futur, garantiront la qualité du réseau pour leur nouvelles applications », a justifié courant février Fai Uwe Ricke, PDG du groupe allemand. Tous n'y sont cependant pas favorables. BT s'estime satisfait de la réglementation actuelle et France Télécom y voit encore là un « débat américain ».
Pourtant, Google, Yahoo et les autres payent déjà pour chaque donnée versée sur Internet. Mais les opérateurs télécoms en veulent plus parce que, disent-ils, les abonnements de leurs clients ne suffiront pas à assurer leur rentabilité. S'ils ne prévoient pas de taxer directement tous les sites, il pourraient vendre une garantie de service. Les fournisseurs de contenus exigeant, par exemple la télévision par Internet, paieraient pour s'assurer du transfert rapide et sans encombre des données jusque chez les internautes. Il n'est pas question d'aller plus loin, ont tenu à clarifier AT&T et Verizon, face à la levée de boucliers des partisans de la « Net neutrality » qui redoutent le passage progressif à un Internet à deux vitesses. L'initiative de courriels payants d'AOL et Yahoo s'était déjà heurtée aux mêmes réactions. Les conséquences, pour l'économie, en seraient dramatiques, avertit Vint Cerf, l'un des pères d'Internet depuis peu chez Google. Car les taxes brideraient l'apparition de nouveaux champions. Entre l'innovation prônée d'un côté, et l'investissement soutenu de l'autre, le choix est délicat.

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