Azureus est le logiciel vedette d'accès au réseau d'échange de fichiers BitTorrent. Créé par un start up d'origine française, il entend s'imposer dans la diffusion légale de contenus haute définition sur Internet. Interview de Gilles BianRosa, PDG d'Azureus.
Avec plus de 4 millions d'utilisateurs, Azureus est le logiciel de référence pour accéder au principal réseau d'échanges peer-to-peer : BitTorrent. Un réseau utilisé aussi bien pour diffuser des fichiers piratées que par des éditeurs de contenus - amateurs mais aussi professionnels - désireux de profiter des très faibles coûts de distribution. Créée en France en 2003, la start-up est aujourd'hui californienne, installée à Palo Alto, au coeur de la Silicon Valley. Son PDG français, Gilles BianRosa, revient sur cette sucess story, pas encore rentable, mais qui ambitionne rien moins que de devenir le standard de la diffusion de contenus haute définition sur Internet.
Qu'est-ce qu'Azureus?
C'est un logiciel open source écrit en Java qui permet d'échanger des fichiers sur Internet en utilisant le protocole de BitTorrent. En 2003, nous avons repris ce protocole en lui ajoutant des améliorations qui accélèrent notamment le démarrage du téléchargement. Il y a 4,2 millions d'utilisateurs actifs, dont 600.000 à 700.000 en France, qui viennent au moins une fois par mois sur le réseau. Ce qui représente à peu près 60 à 70% de tout le trafic BitTorrent. A n'importe quel instant, il y a plus d'un million de personnes connectés avec Azureus. Jusqu'à présent, notre logiciel a été téléchargé 116 millions de fois, principalement en Amérique du Nord et en Europe. 40% des fichiers échangés sont des vidéos, 30% des fichiers audios et le reste des logiciels, comme des jeux vidéos.
Quel est votre modèle économique ?
A l'heure actuelle, nous ne nous préoccupons pas de gagner de l'argent, ce qui, je le conçois peut paraître bizarre au beau milieu de la Silicon Valley. Nous vivons des dons qu’on nous envoie par Paypal et plus récemment de fonds levés auprès d'investisseurs américains. Bien évidemment, en raison de la popularité du logiciel et des applications possibles, il y a clairement un potentiel de rentabilité. Mais nous sommes très désireux de créer un modèle économique respectueux de la communauté qui nous a permis d'exister. A terme, il y aura des contenus gratuits, d’autres payants et d'autres financés par la publicité. Mais notre objectif reste de continuer à offrir une solution à des gens qui ne peuvent pas distribuer leur contenu parce que cela coûte trop cher.
Pourquoi un éditeur professionnel passerait-il par Azureus pour diffuser ses productions ?
Tout simplement parce qu'il peut économiser 95% des frais de bande passante! Or le coût pour distribuer une vidéo de 45 minutes au format DVD à 100.000 personnes, avec une bonne qualité de service, représente environ un demi million de dollars par mois. Avec notre technologie et en acceptant une perte de qualité de 5%, cela tombe à 5000 dollars par mois. Déjà, de nombreux éditeurs distribuent leurs logiciels sur le réseau BitTorrent, comme Sun, Red Hat ou encore Ubisoft, avec des démos et des patchs pour son jeu Heroes of Might and Magic.
Mais quels sont vos avantages par rapport à YouTube ou Google Vidéo ?
La question que je poserais, c'est pourquoi acheter un camescope à 600 ou 700 dollars qui permet de faire de la haute définition, si c'est pour ensuite réduire à une taille d'image que l'on aurait pu obtenir avec un camescope de 50 dollars. Si vous voulez juste diffuser une vidéo basse définition de 10 minutes maximum, il faut utiliser YouTube. Maintenant, si j'ai envie d'envoyer une vidéo de longue durée en qualité DVD à mes parents en France, il m'est impossible de le faire avec YouTube ou Google Vidéo.
Quels sont vos projets ?
Nous avons annoncé cette semaine une nouvelle interface simplifiée du logiciel pour le courant de l'été. Dans cette nouvelle version, nous allons également intégrer une fonction de recherche de fichiers qui permettra d’éviter de passer par Google; et une autre fonction pour aider les micro-éditeurs à publier leur vidéo ou leur film sur BitTorrent. A plus long terme, nous voudrions étendre le protocole BitTorrent, conçu pour télécharger des fichiers sur un disque dur, au streaming. Autrement dit à la diffusion en direct sur Internet, ce qui sera vraiment très utile pour des émissions de télévision. Car aujourd'hui il n'existe rien qui permette de servir plusieurs millions d'utilisateurs simultanément. Mais nous y travaillons.
Et par rapport au piratage, dont Bit Torrent est devenu un symbole?
En raison de l'aspect décentralisé de BitTorrent, il n'y a pas de moyen technique d'empêcher les utilisateurs d'échanger des contenus pirates. Mais nous n'avons pas de soucis avec les majors car nous n'encourageons pas de manière explicite cette utilisation illégale. Au contraire, avec la nouvelle version d'Azureus, on proposera un moyen de distribuer du contenu payant en tatouant chaque fichier protégé avec le nom de l'acheteur et en l'ajoutant à notre index qui sera distribué sur le PC de chaque utilisateur. Ce dernier pourra le graver ou le transférer sur son iPod mais ne pourra pas l'échanger sur notre réseau. C'est ce que j'appelle une protection passive et réactive, qui ne prend pas par défaut les gens pour des voleurs, comme c'est le cas avec les systèmes de protection actuels. C'est le meilleur des deux mondes, P2P et centralisé, en quelque sorte.

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