Un écran publicitaire capable d'adapter le spot en fonction de la personne qui la regarde, c'est possible grâce à une start-up française. Mais si cette innovation séduit à l'étranger, elle a encore du mal à s'imposer dans l'hexagone.
Les spots publicitaires ne se se contentent plus de la télé et du cinéma. On trouve des écrans spécialisés dans la rue, le métro, les halls de gares, les aéroports, les magasins, grands ou petits... Mais la plupart ne font que diffuser des messages selon un ordre préétabli. Aucune possibilité de mesurer l'audience : peu ou pas de valeur ajoutée pour l'annonceur par rapport à un bon vieux panneau publicitaire. Or depuis l'an dernier, une jeune pousse française s'est engouffrée dans la brèche : Quividi.
Les quatre compères à l'origine de cette aventure sont des spécialistes du traitement de l'image. La multiplication des écrans dans les lieux publics ne leur a pas échappé. « Qui dit média, dit besoin de rapport d'audience. Notre technologie permet de dire à ceux qui exploitent ces écrans quand et combien de femmes, ou d'hommes les regardent. Nous rendons ces médias capables de s'adapter à une situation donnée, quand bien même ils sont installés dans des zones bruyantes et dans des conditions de luminosité très variables », explique Olivier Duizabo, cofondateur et gérant de Quividi.
Domaine d'activité :
Analyse d'audience
Année de création : 2006
Effectifs : 4
Dirigeant : Olivier Duizabo
Fondateurs : Olivier Duizabo, Gilles Mazars, Gaël Chardon, Paolo Prandoni
Capital : 7 500€
Levée(s) de fonds : En discussion. Programmée pour le 2ème trimestre 2008
Actionnaire(s) : Fondateurs
Chiffre d'affaires :
150 000 € (en 2007)
Concurrents : Aucun, sur ce modèle économique
Ces moniteurs, vendus par des intégrateurs partenaires de Quividi, sont dotés d'une webcam généralement dissimulée au-dessous ou au-dessus de l'écran. Cette caméra est couplée à un logiciel qui analyse en permanence les flux vidéo captés dans un rayon de 5 à 6 mètres. C'est à cet instant qu'entrent en jeu les compétences de traitement de l'image de Quividi. Le système détecte la présence de visages humains dès lors qu'ils se tournent vers l'écran, et ne les lâchent plus tant qu'ils restent dans son rayon d'action. Toutes les occlusions - une personne qui passe subitement devant un visage, par exemple - sont gérées par le système. « La reconnaissance s'opère dans 95% des cas en moins d'une seconde et la classification homme/femme est précise à 85% », affirme Olivier Duizabo. Il n'est pas sûr que Big Brother ferait mieux... Le patron de Quividi tient donc à préciser : les images ne sont ni enregistrées, ni stockées, ni même exploitables par une quelconque autorité de contrôle. Seuls sont conservés les résultats de l'analyse permettant la mesure d'audience.
Associé à la liste de diffusion, le système permet alors de déterminer combien de personnes ont regardé un clip en particulier ou de calculer son audience cumulée voire même de basculer sur un mode de diffusion de contenu dynamique. Cette faculté est aujourd'hui simplement mise à profit pour adapter des boucle vidéos selon l'heure de la journée, ou pour diffuser des flashs d'informations. Or, les séquences de cette playlist peuvent être reprogrammées à la volée et diffusées en fonction du profil des spectateurs présents à ce moment-là. « D'ici la fin de cette année, nos algorithmes permettront de définir à quel groupe d'âge (enfant, adulte, personne âgée) appartient un spectateur, s'il porte des lunettes, une casquette, un iPod, une cravate, s'il a les cheveux bouclés ou pas », précise Olivier Duizabo. Bref, du pain béni pour les annonceurs, diffuseurs, régies et autres sociétés d'études.
La France, pour l'instant, semble toutefois bouder cette innovation. Seuls des hypermarchés se seraient risqués à faire des essais. Sur les 15.000 écrans installés dans des lieux publics, aucun ne dispose d'un dispositif de communication audiovisuelle dynamique. Pour Olivier Duizabo, « Le marché français manque d'intégrateurs ayant favorisé cette technologie. Par ailleurs, le poids de l'affichage traditionnel est très élevé du fait de l'implantation de J.C. Decaux. Enfin, la taille des réseaux est limitée ». Du coup, cette jeune pousse s'est tournée vers l'étranger. « Les déploiements ont débuté en Espagne, Grèce, Grande-Bretagne, à Singapour, ou aux Pays-Bas, à raison de plusieurs centaines d'écrans à chaque fois. Les contrats oscillent entre 100.000 et 300.000€. Il faut compter environ 3 000€ pour une étude simple et 200 € par an et par écran pour de gros volumes », précise le patron de Quividi.
Dans l'hexagone, pourtant, les choses commencent à bouger comme en témoigne cet accord signé cet été avec Médiamétrie: « Ils voyaient arriver ces nouveaux médias sur lesquels ils n'avaient pas de prise. Notre technologie a été retenu et Médiamétrie apporte la méthodologie permettant aux différents acteurs du marché (publicitaires, organismes de contrôle de diffusion, annonceurs,…) d'exploiter ses rapports », précise Olivier Duizabo.

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