Apple vendra les chansons d'EMI sans verrou numérique, à partir de mai. C'est la première fois qu'une major dsitribue l'intégralité de son catalogue sans protection. Mais pour le consommateur, cette interopérabilité se paie au prix fort.
La musique en ligne entre dans une nouvelle ère. Apple et EMI ont annoncé lundi à Londres que toutes les chansons de la maison de disques anglaise allaient être vendues sur iTunes sans les verrous numériques. Dès mai, les albums ou les singles de Norah Jones, des Rolling Stones ou de Diam's pourront se graver sans limite, se copier sans contrainte, et s'écouter sur d'autres baladeurs que l'iPod.
Cette annonce ouvre une large brèche dans le soutien jusqu'alors sans faille des majors aux DRM. Traumatisées par le piratage, les « big four » ont longtemps vu dans cette technique le meilleur moyen d'empêcher la diffusion de leurs morceaux sur les réseaux de « peer-to-peer ». Aujourd'hui, le directeur général d'EMI, Eric Nicoli, change radicalement de discours. « Nous espérons remédier à l'absence d'interopérabilité qui est un motif de frustration pour de nombreux fans de musique », a-t-il expliqué, vantant cette nouvelle étape décisive pour la musique en ligne, à même d'en doper les ventes. En 2006, le numérique, sous toutes ses formes, c'est-à-dire aussi bien sur Internet que sur téléphones portables, a représenté environ 10% du chiffre d'affaires du secteur, soit 2 milliards de dollars.
L'ouverture ne se fait cependant pas à n'importe quelle condition. Car les chansons débarrassées des DRM sont étiquetées « premium » et vendues à un tarif supérieur : 1,29 euro, au lieu de 0,99. Ceux qui ont déjà constitué leur discothèque de chansons EMI pourront en outre procéder à une « mise à jour » des morceaux, et passer à la version premium pour 30 centimes l'unité. Certes, Apple et EMI proposent pour ce prix un son de meilleure qualité, grâce à un encodage doublé, de 128 kb/s à 256 kb/s. Mais l'augmentation est bel et bien là. Pour ne pas casser son modèle, iTunes continuera donc de vendre à 0,99 euro les morceaux verrouillés aux clients dont le budget est le plus serré. Seule consolation, le prix des albums, qui reste fixé dans le plus grand nombre des cas à 9,99 euros.
Demandée depuis longtemps par les majors, cette révision des tarifs a donc été négociée contre l'abandon des DRM. Apple ne sera toutefois pas le seul à en profiter. Numéro un de la musique en ligne, le groupe californien dispose seulement d'une exclusivité temporaire auprès d'EMI. D'autres annonces devraient suivre. Présent à Londres aux côtés du patron d'EMI, Steve Jobs prévoit qu'une moitié de l'offre d'iTunes – cinq millions de titres à ce jour – sera disponible sans les verrous numériques d'ici à la fin de l'année. Les discussions promettent d'être plus simples avec les labels indépendants, qui vendent déjà leur musique sous cette forme sur eMusic, VirginMega.fr ou Fnac Music, qu'avec certaines majors. La Warner et Universal Music sont notoirement plus réticentes à l'idée d'ouvrir leur catalogue qu'EMI, en difficulté financière.
En attendant de généraliser ce procédé, Steve Jobs prouve déjà sa bonne foi. Début février, il avait justement écrit une lettre ouverte aux majors pour leur demander de reconsidérer leur position sur les DRM. Ainsi répondait-il aux associations de consommateurs et à certains gouvernements qui, notamment en Europe, accusaient Apple de profiter du système imposé par les majors. En limitant la lecture des morceaux achetés sur l'iTunes aux seuls iPod, et en n'ouvrant pas son baladeur aux autres boutiques, l'américain aurait faussé la concurrence. Sûr de sa force, Apple s'attend – avec ou sans DRM – à une augmentation de ses ventes. Ses concurrents, qui pouvaient mettre sur son dos leurs mauvais résultats, et accèderont bientôt à l'iPod, n'auront plus d'excuse.
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