Poussée par les exploits des hackers, la firme à la pomme a lancé mercredi sa solution officielle pour faire cohabiter son système d'exploitation avec celui de Microsoft sur des machines MacIntel. Une innovation très appréciée par les investisseurs: le titre Apple prenait plus de 7%.
Windows sur Mac, c'est officiellement possible. Des hackers s'étaient chargés récemment d'en démontrer la faisabilité mais Apple a lancé mercredi sa propre technologie, baptisée Boot camp. Cette solution complète – encore en version bêta – permet d'installer la toute dernière version de Windows XP sur tous les Mac équipés de processeurs Intel. A condition toutefois de l'avoir achetée et de posséder également la dernière version Mac OS 10.4.6 rendue publique mardi. Elle se charge notamment de réaliser proprement des opérations aussi délicates que partitionner le disque dur et graver un disque d'installation de Windows. Le but final de la manip' étant d'offrir aux utilisateurs la possibilité de démarrer leur ordinateur, selon leur choix, soit sous Mac, soit sous Windows. Disponible gratuitement en téléchargement, la technologie fera à terme partie intégrante des prochains Mac OS à compter de la version Leopard qui doit être dévoilée en août.
Cette arrivée tonitruante, encore impensable il y a un an, s'inscrit en fait dans la logique de l'adoption par Apple des puces d'Intel. Nombre d'observateurs l'avaient d'emblée annoncée comme inévitable mais la firme de Steve Jobs s'était toujours montrée réticente. Déclarant ainsi au moment de lever le voile sur ses premiers MacIntel qu'elle « ne ferait rien » pour empêcher l'installation de Windows… Sous-entendu : elle ne ferait rien non plus pour la favoriser. Des techniciens maison de haut rang tentaient encore très récemment de nous convaincre que l'arrivée du nouveau système d'exploitation Vista de Microsoft ne faciliterait pas non plus les choses. Le successeur d'XP doit pourtant adopter à terme le même type de micrologiciel (firmware) qu'OS X, mettant ainsi fin à ce qui était présenté jusqu'à présent comme la principale incompatibilité entre les deux plate-formes.
Ces logiciels internes – EFI pour Mac et BIOS pour les Windows actuels – commandent en effet toute la phase de démarrage. Mais des hackers, aiguillonnés par un concours avec près de 14.000 dollars à la clé, ont démontré le mois dernier le caractère très relatif de cet obstacle. Surtout, l'écho donné à leur exploit a convaincu Apple de tourner casaque . La firme a la pomme justifie en effet son initiative par le fait que "plusieurs de nos consommateurs ont exprimé le souhait de pouvoir faire fonctionner Windows sous nos ordinateurs". D'où sa décision de rendre publique une solution qu'elle avait manifestement dans ses cartons, vu la rapidité de sa réaction.
Les utilisateurs "grand public" du Mac ne pourront que s'en féliciter. Car la solution des hackers, également proposée en téléchargement sur le site du concours WindowsOnMac, n'était pas à la portée du premier venu. Elle n'était pas non plus compatible avec toutes les machines et présentait de nombreux défauts techniques, comme une mauvaise gestion des fonctions vidéo. Ce qui pouvait s'avérer gênant pour jouer à des jeux exigeants. A priori, Bootcamp est présenté comme beaucoup plus complet et plus facile à utiliser. A la différence de la version "hackers", il s'accompagne aussi de nombreux pilotes permettant de faire fonctionner des périphériques.
Reste maintenant à mesurer les conséquences de cette "mini-révolution". Pour la bourse, c'est sûr, il s'agit d'une très bonne nouvelle pour Apple. Son titre bondissait mercredi de plus de 7%. Car l'initiative ouvre d'un coup toute la logithèque Windows aux fans de Mac et lève un obstacle qui pouvait dissuader des utilisateurs Windows de le devenir. Jusqu'à présent, la firme à la pomme est toujours restée juste en deçà de la barre des 5% du marché du PC (et encore, aux Etats-Unis, ses positions mondiales étant encore moins assurées). Et ce, malgré des qualités reconnues concernant le design de ses machines, la qualité de son interface ou sa simplicité d'utilisation. Les Mac risquent ainsi de grapiller quelques parts de marché sur les autres PC x86. D'autant que des benchmarks utilisant la solution des hackers ont déjà pu affirmer que le MacBook Pro était "le portable le plus rapide sous Windws XP".

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