AOL France se fixe un objectif modeste : conserver une base de 1,2 million d'abonnés en convertissant ses clients bas débit en haut débit. Le fournisseur d'accès, qui sera rentable en 2005, veut diversifier ses revenus grâce à la publicité en ligne et aux services premium.
Voilà une position singulière, dans le paysage ultra-compétitif des fournisseurs d'accès à Internet. Quand d'autres partent sans cesse à la conquête de nouveaux abonnés et rivalisent d'offres ambitieuses, AOL France préfère jouer la prudence. Son objectif, détaillé jeudi, n'est ainsi pas d'augmenter de nombre de ses clients mais plutôt de les faire migrer du bas débit vers l'ADSL pour consolider sa part de marché entre 8 et 10%. L'enjeu est d'importance : sur ses 1,2 million de clients, 700.000 se connectent encore en RTC. Bien sûr, AOL espère aussi capter de nouveaux abonnés, mais ils compenseront ceux qui le quittent pour la concurrence.
AOL ne fait pas dans la démesure, et cela se traduit dans ses choix technologiques. Contrairement à la tendance du marché, il n'a ainsi pas l'intention de construire un réseau en France pour gagner son indépendance. Il continue donc de louer les lignes de Neuf Cegetel auquel il est lié pendant sept ans. « Nous ne voulons pas d'un modèle économique qui nous oblige à avoir 17% de parts de marché pour être rentable », justifie Carlo d'Asaro Biondo, le PDG d'AOL France. Car la nouveauté, c'est qu'après des années où elle a « brûlé du cash », la filiale française d'AOL ne perd plus d'argent depuis juillet, sera rentable en 2005, et n'est donc « plus un problème » pour son actionnaire Time Warner.
« La France est le pays où la compétition est la plus exacerbée, où les prix sont les plus bas et où les services sont les plus complexes du monde », reconnaît Carlo d'Asaro Biondo. Pour résister à la concurrence, AOL met donc à niveau son offre. Sans trop d'originalité cette fois, sinon de design, il souscrit au concept de « box » avec l'AOL Box, un modem multi-usages conçu spécifiquement pour la France. En zone dégroupée pour 29,90 euros par mois (49,90 euros en zone non dégroupée), celui-ci permet non seulement des connexions en ADSL 2+ mais aussi de la téléphonie illimitée et du Wi-Fi. Par la suite, AOL ne s'interdit pas d'y ajouter d'autre éléments, comme la télévision et la téléphonie mobile. Des discussions sont en cours avec SFR pour conclure un accord de MVNO.
Mais AOL compte aussi sur les services pour procéder à une « complète mutation ». Alors qu'elle tire aujourd'hui 90% de ses revenus de la vente d'accès à Internet, la filiale française souhaite n'en dépendre plus qu'à hauteur de 30% à l'horizon 2008. Cette mutation, déjà en cours aux Etats-Unis, vise notamment à renforcer les services premium, comme la location de logiciels, la vente de contenus ou la téléphonie. Mais aussi à générer davantage de revenus grâce à la publicité sur le site. Ainsi, comme AOL.com, la page d'accueil AOL.fr devrait-elle être revue sous peu pour s'ouvrir au plus grand nombre et adopter alors le style d'un portail, concurrent de Yahoo et de MSN.

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