Adobe AIR met de l’internet dans les applications de bureau. Cette technologie, dévoilée il y a deux ans, doit se répandre aussi largement que le Flash. Mais Google, Microsoft ou Mozilla ont leur mot à dire.
Adobe aura mis le temps. Imaginée dès 2001 par un développeur de Macromedia promu responsable technique début février, dévoilée il y a deux ans sous le nom de code Apollo, puis testée depuis un an, la technologie AIR a enfin été lancée officiellement lundi. Cette lente gestation trahit l’ampleur des intentions d’Adobe, qui présente tout simplement son Air comme la plus grande avancée dans les logiciels depuis que les ordinateurs ont découvert les icônes et les interfaces graphiques, au début des années 1980.
Air veut opérer la jonction entre internet et les applications de bureau. Concrètement, au lieu d’ouvrir un navigateur internet pour suivre ses enchères, un banal double-clic depuis son bureau sur l’application « eBay » lancera un logiciel capable de suivre vos annonces, trouver des produits grâce à un moteur de recherche, placer des alertes et surtout accéder à certaines de ces informations, stockées en cache sur le disque dur, même sans connexion à internet. Bref, le meilleur de l’internet sans le navigateur.
Pour le lancement, Adobe revendiquait une centaine d’ « applications internet riches » similaires, depuis le disque dur virtuel d’AOL jusqu’à son propre traitement de texte, Buzzword. Ces logiciels d’un nouveau genre sont compatibles avec Windows et Mac OS X (Linux, dans un second temps), à la condition d’installer une extension, distribuée gratuitement sur le site d’Adobe. Comme Flash, installé sur la quasi-totalité des ordinateurs reliés à internet, Adobe se rattrapera largement en vendant des outils aux développeurs. Les applications AIR recourront au Flash, au Flex et au PDF, en plus du HTML, des CSS et de l’Ajax.
Les éditeurs ont eux le choix de leur mode de distribution et sur le modèle retenu, gratuit ou payant. Avec ou sans publicité. Comme les widgets, dont elles sont présentées comme une déclinaisons, les applications d’Adobe marqueront aussi un engagement fort pour un site. « Les widgets constituent désormais l’un des principaux vecteurs de distribution et de commercialisation du Net. Un widget est comparable au système de l’abonnement », nous expliquait Tariq Krim, patron de Netvibes.
Voilà pourquoi les géants de l’internet ne sont jamais bien loin. L’union des applications conventionnelles et d’internet, dans lequel Adobe a un temps d’avance, est en effet un projet largement partagé. Google teste Gears, avec lequel il pourra à terme laisser les internautes utiliser son traitement de texte hors d’un navigateur et sans connexion. Mozilla, qui voit le danger pour Firefox, a présenté Prism en octobre. Microsoft mise sur Silverlight, rival du Flash, pour s’embarquer sur la même voie. Enfin, Sun brouille lui aussi la frontière entre bureau et internet avec JavaFX, vieux d’à peine un an. Autant d’applications qui pourraient, en plus des ordinateurs, trouver des débouchés dans le mobile.

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