Le numéro un mondial de la téléphonie mobile essuie plus de 32 milliards d'euros de pertes, en raisons de colossales dépréciations d'actifs achetés dans les années 2000. Sur le plan opérationnel, le groupe britannique se porte bien. Il recherche de nouveaux relais de croissance.
Des pertes abyssales, mais un opérationnel convaincant assorti d'une politique actionnariale plus que généreuse. Telle est la situation ambivalente du numéro un mondial de la téléphonie mobile. A l'instar de France Télécom il y a quatre ans, qui dévoilait alors près de 21 milliards d'euros de pertes nettes du fait d'abondantes dépréciations d'actifs, Vodafone vient de s'illustrer tristement sur le plan comptable pour les mêmes raisons en avouant aujourd'hui mardi un déficit de 32,2 milliards pour son exercice 2005/2006 ! Soit un record pour l'économie britannique. Soit aussi l'un des pires exercices de l'histoire du capitalisme mondial, même si le calvaire enduré par l'opérateur outre-Manche fait encore pale figure au vu de celui de AOL Time Warner en 2002 et son « trou » de 100 milliards.
Vodafone a donc déprécié pour plus de 34 milliards d'euros. Ce qui était du reste largement anticipé depuis déjà trois mois. Pourquoi ? Parce que le groupe, comme ses concurrents directs lors de la folie internet de la toute fin du siècle précédent, avait multiplié les opérations de croissance externe en rachetant des firmes parfois artificiellement gonflées par la spéculation ambiante. On se souvient notamment de sa fusion pharaonique avec l'allemand Mannesmann au printemps 2000 pour… 172 milliards de dollars !
A Londres, pourtant, l'action Vodafone avançait mardi de 1,8% en séance avant de se rétracter pour clôturer à l'équilibre. C'est que les investisseurs retiennent surtout deux autres paramètres : le volet « exploitation » et le retour aux actionnaires. Le groupe dirigé par Arun Sarin s'apprête en effet à choyer ces derniers en leur rétrocédant quelque 13 milliards d'euros ; soit un tiers de plus que prévu (4,4 milliards), grâce à la cession de son pôle japonais. Sur le plan opérationnel, le leader du téléphone portable se montre là encore plutôt à son avantage. Son bénéfice net n'a-t-il pas gagné près de 7% à 9 milliards d'euros pour une activité en hausse de 10% à 43 milliards ? Le groupe a enfin gagné 21,5 millions de nouveaux clients portant son total à 170 millions. Les appareils dotés des services Vodafone live ! ont progressé de 55% et ceux fonctionnant avec la 3G ont été multipliés par 4,5.
Cependant, le géant britannique demeure aussi sous pression, depuis qu'il a annoncé que sa marge d'exploitation et la croissance de ses revenus allaient s'effriter cette année et la suivante. Son ex-filiale japonaise, qu'il a cédée il y a deux mois à Softbank, est d'ailleurs actuellement en méforme pour ne pas dire davantage, puisque son bénéfice net a plongé de près de 70%. Vodafone est confronté aujourd'hui à un défi commun à l'ensemble des acteurs du secteur : dénicher de nouveaux relais de croissance hors de son pré-carré européen quasi-saturé au moment où la concurrence joue à plein sur fond de boom technologique. Il a d'ailleurs annoncé le lancement d'une nouvelle filiale dédiée à cet objectif, intitulée « New Businesses ».
Pour tout cela, le groupe envisage plusieurs pistes, dont évidemment l'externalisation de certains de ses services (l'informatique) ou au contraire la centralisation d'autres (centres de données) afin de réduire ses coûts et la suppression de postes, dont 400 sur son siège londonien. Vodafone compte aussi se relancer par la demande, en diminuant ses tarifs pour mieux stimuler ses revenus. En Allemagne, par exemple, ses abonnés pourront appeler au tarif local dans un rayon de 2 kilomètres autour de chez eux via un réseau internet wifi loué par Arcor, la filiale fixe du groupe. Le groupe britannique compte aussi s'imposer en Europe de l'Est grâce à ses dernières emplettes : il s'est ainsi offert des acteurs locaux encore modestes, tels le roumain MobiFon, le tchèque Oskar Mobile et le turc Telsim. Vodafone se déploie aussi dans d'autres pays émergents. C'est le cas en Inde où il a pris 10% dans Bharti Tele-Ventures et en Afrique-du-Sud avec Vodacom.

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