Entre un mariage unissant les satellites d'Alcatel et de Thales, une union à trois incluant ceux d'EADS et un futur Airbus de la Défense, plusieurs scénarios semblent aujourd'hui possibles. D'accords sur le principe, Paris et Berlin hésitent encore sur le montage final.
Veillée d'arme dans l'industrie européenne de la défense. A en croire la presse économique française et étrangère, ce secteur éminemment stratégique va subir une nouvelle phase de concentration. Reste à connaître la forme que prendra ce nouvel exemple de mécano industriel. Car si le projet de rapprochement dans les satellites entre Alcatel et Thales tient la corde, EADS compte toujours s'inviter dans la partie, avec le soutien de Paris et Berlin.
Premierscénario possible, Alcatel apporterait ses activités dans les satellites et les systèmes de sécurité à Thales et monterait en échange au capital de ce dernier à hauteur de 25% ou 30% du capital, contre 9,5% actuellement. Une proposition en ce sens pourrait être examinée dès jeudi par les états majors des deux groupes, croit savoir La Tribune. Concernant Alcatel, la question serait évoquée lors du conseil d'administration devant faire le point sur les négociations de fusion engagées avec l'équipementier télécom Lucent. Car les deux dossiers sont liés. Adosser l'activité satellite d'Alcatel, Alcatel Alenia Space, à Thales permettrait en effet de sortir une activité sensible du mariage avec l'américain. L'opération bénéficierait ainsi du soutien de l'Etat français, qui détient 31,3% de Thales, et notamment du ministre des finances Thierry Breton.
Resteque Thales est considéré depuis longtemps comme une cible potentielle par EADS. Contraint de répondre à l'accélération d'Alcatel, le co-président français du groupe d'aéronautique et de défense, Noël Forgeard, aurait ainsi proposé de transférer la filiale satellite, Astrium, au groupe de Denis Ranque. En échange, EADS demanderait 20% du capital de son nouveau partenaire. A l'appui de cette offre, Berlin et Paris seraient en effet tombés d'accord sur le principe d'un rapprochement entre EADS et Thales lors du dernier sommet franco-allemand. C'est en tout cas ce qu'affirme le magazine allemand Stern à paraître jeudi, en évoquant une prise de participation dont l'ampleur n'aurait pas été fixée, mais qui serait bouclée à l'automne. Sachant que l'objectif à terme serait bien de donner naissance à un géant européen de la défense pesant quelque 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
« Ce qui est essentiel pour les Allemands, c'est que l'équilibre franco-allemand soit respecté au sein de la structure capitalistique d'EADS », explique Heinz Schulte, rédacteur en chef de Griephan Briefe, une newsletter allemande très bien renseignée. « Si DaimlerChrysler et Lagardère, qui ont tout deux 30 %, conservent la parité et si cette parité est préservée malgré l'entrée de Thales dans EADS, alors il n'y aura pas d'opposition côté allemand ». D'autant qu'un tel rapprochement serait susceptible d'en initier d'autres dans le domaine de la défense entre entreprises des deux côtés du Rhin. En attendant, la communication d'EADS contine de trahir des débats internes. Le co-président allemand, Thomas Enders, ayant en effet démenti mardi tout projet de sortie des activités spatiales.

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