Influent et secret, l'avocat d'affaires préféré du CAC 40 devient l'associé du cabinet américain Davis Polk & Wardwell.
Vous allez voir, Georges Terrier, c'est un personnage ! », m'avait-on prévenue. Ce matin d'octobre, ce ténor du barreau faisait sa rentrée comme associé au sein du prestigieux cabinet d'affaires américain Davis Polk & Wardwell. Une nouvelle vie, après vingt-sept ans passés au sein du cabinet français Jeantet, dont il était la figure de proue. Aux yeux des Américains, Georges Terrier, 61 ans, incarne l'avocat made in France. Costume à la coupe parfaite, cheveux savamment ondulés, gestes un tantinet théâtraux... l'homme soigne son look. Rompu à l'art de la conversation et soucieux de séduire son entourage, Georges Terrier est « so French » !
Margaret E. Tahyar, associée du bureau parisien de Davis Polk & Wardwell, se félicite : « Le choix de Georges s'est imposé comme une évidence. Pour réussir à Paris, un marché stratégique, il faut, au-delà du professionnalisme, être perçu comme faisant partie de l'establishment. Et il a des racines profondes dans la vie des affaires parisienne. » En termes moins politically correct, le « Frenchy » cultivé, administrateur du Palais de Tokyo, copain du gratin, habitué des dîners chez Laurent, le restaurant chic en face de l'Elysée, a ses entrées dans tous les milieux influents. Industrie, luxe, transports, banque, assurance, rien n'échappe à son sens aigu du business.
Son tableau de chasse rassemble tous les grands noms du CAC 40. Parmi ses anciens confrères de chez Jeantet, il compte Hubert Védrine et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire aux Affaires européennes. Georges Terrier incarne une spécificité française : la double compétence conseil et contentieux. « Difficile et réservé à quelques grandes figures du barreau », relève Arnaud Pérès, le premier associé français recruté en 2005 chez Davis Polk & Wardwell pour mettre sur pied l'expertise en droit français. Dans cette « top list » de fortes personnalités, Georges Terrier côtoie Jean-Michel Darrois, Jean-François Prat ou Jean-Pierre Martel. Pour autant, il garde les pieds sur terre. Sa devise : quand la vérité commence à te plaire, méfie-toi qu'elle ne devienne mensonge.
Son entrée chez Davis Polk & Wardwell se fait dans la « sérénité ». C'est une nouvelle page, tant sur le plan professionnel que personnel. S'il entend se consacrer pleinement à « ses dossiers et à ses clients », on perçoit qu'il découvre aussi les vertus de l'essentiel. Son épouse, ses trois enfants ? Si Georges Terrier est intarissable sur sa famille, c'est « off the record ». Ce natif de la Côte d'Azur, qui a passé l'été au calme dans sa maison de Corrèze, refuse toute « pipolisation ».
C'est dès l'adolescence, sous le soleil du Midi, que « je me suis pris de passion pour le droit », se souvient Georges Terrier, refusant catégoriquement d'évoquer ses parents et leur profession. Parallèlement à un diplôme d'études supérieures de sciences économiques, il a décroché une licence de droit et un diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris. Une triple formation assez rare à l'époque. De ses sept ans à Goodyear comme directeur juridique et fiscal, Georges Terrier garde une approche pragmatique des affaires : « J'aimais le concret. J'allais jusqu'à participer aux opérations d'inventaire des stocks lors d'une acquisition. »
Mais c'est pour revenir à sa passion première qu'il refuse la direction générale de filiales pour entrer chez Jeantet, dont il devient associé en 1982 avant de diriger le conseil de gérance des associés en 2000. « Georges Terrier a su s'adapter aux évolutions du métier », relève l'avocat parisien Jean-Michel Darrois, qui le connaît depuis vingt-cinq ans.
Depuis mes débuts, mes dossiers ont suivi l'évolution des affaires, sa complexité, l'internationalisation, l'émergence de la logique financière, la médiatisation... », constate Georges Terrier. Et d'évoquer sa toute dernière satisfaction. Début octobre, « après une bagarre de trois ans, je viens d'obtenir la relaxe de la banque canadienne CIBC ». Celle-ci avait été mise en cause pour avoir perçu une « rémunération abusive » de 8,3 millions d'euros dans l'affaire de la reprise d'Air Lib, menée par Jean-Charles Corbet. « C'est la première fois qu'une juridiction française analyse de façon aussi précise le rôle d'une banque d'affaires. Le tribunal correctionnel consacre l'honoraire de résultat et fait application des usages et des pratiques internationales en la matière. Cette décision est vertueuse : elle va dans le sens de la dépénalisation de la vie des affaires et illustre l'ouverture internationale des juridictions françaises. »

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