
Au plus fort de la crise économique, une vingtaine de dirigeants français ont empoché cette année 18 millions d'euros de plus-values. De jolies étrennes qui tranchent avec les résultats, pour la plupart en baisse, de leurs groupes.
Année de déprime, année de primes aussi. Du moins pour les happy few. Une vingtaine de dirigeants des 100 plus grandes sociétés françaises conserveront du terrible cru économique 2009 un souvenir sonnant et trébuchant. Grâce à leurs stock-options, ils ont réalisé en moyenne une plus-value de 915 000 euros chacun. Cette somme rondelette jure effectivement avec leurs résultats 2009, en baisse de 27 % d'après les estimations des analystes financiers. Un quintette de patrons dépasse même le million d'euros. La palme du plus beau gain revient à Patrick Kron, l'énergique redresseur d'Alstom, avec 3 millions d'euros sur son compte. Un "bonus" exceptionnel, à la mesure des très bons résultats 2009 de la société. En revanche, le gain de 1,3 million encaissé par Gérard Mestrallet contraste avec les 200 millions de profits en moins enregistrés par GDF Suez sur les neuf premiers mois de l'année. Même gêne aux entournures peut-être pour Xavier Huillard, le directeur général de Vinci, enrichi de 2 millions d'euros sur fond d'activité en retrait. La liste des jackpots réalisés en période de crise s'allonge avec Nicolas Bazire (950 000 euros), chargé du développement de LVMH, un groupe dont les ventes se rétractent depuis janvier.
Un sentiment de culpabilité traverse même l'élite du CAC 40. Après une belle levée d'options, les deux têtes au grand coeur de BNP Paribas, Michel Pébereau et Baudouin Prot, confiaient en octobre dernier la moitié de leur gain, soit environ 500 000 euros, à une association de microcrédit (Adie) chargée de financer des projets d'insertion sociale. Après le sauvetage des banques et les polémiques sur les bonus des traders, une forte pression s'exerçait sur les deux hommes. Les "inconnus" de la cote, nichés dans l'entourage des PDG, peuvent en revanche "déstocker" sans faire de bruit. Et certains ne s'en privent pas : le directeur financier de GDF Suez, Gérard Lamarche, flirte avec les 2 millions d'euros ; dans l'immobilier, le directeur général de Silic, Philippe Lemoine, touche un chèque de 992 000 euros ; David Kenny, membre du directoire de Publicis, reçoit 575 000 euros.
En période de crise, ces gains peuvent choquer. Ils ne relèvent pourtant d'aucune entourloupe patronale. Encore moins de la magie. Tout s'explique par une simple mathématique boursière : avec la remontée des cours (+ 15 % depuis mai pour le SBF 120), les stock-options délivrées à bas prix en 2003 et 2004 - après la chute des indices - donnent maintenant le meilleur d'elles-mêmes. "Les managers devaient attendre la fin du délai dit d'indisponibilité et la remontée des cours pour lever leurs stocks. Ils encaissent leurs gains dès que possible pour éviter de subir le prochain krach", décrypte Colin Bernier, responsable des questions de rémunération au cabinet Ernst & Young Société d'avocats.
Et les dirigeants savent vendre au bon moment. Les 20 patrons ici mentionnés effectuent leurs transactions à un prix supérieur de 15 % à leur cours moyen de l'année. Nicolas Bazire cède même ses titres LVMH 30 % au-dessus de la médiane. A noter également le sens du timing assez exceptionnel de Jacques Alexandre (Seb) et d'Etienne Droit (Dassault Systèmes), vendeurs de leurs titres tout près de leur plus haut annuel. Pas de faux procès, toutefois. D'abord, rien n'interdit d'attendre la remontée des cours pour céder. Surtout, depuis la liquidation de leurs positions, aucun titre n'a plongé après l'annonce d'une mauvaise nouvelle cachée, comme dans la triste affaire EADS, en 2006. Certains dirigeants du groupe européen d'aéronautique sont actuellement accusés de délit d'initié pour avoir cédé leurs options juste avant l'effondrement du cours consécutif au retard de l'A380. Afin d'éviter tout soupçon, l'état-major de GDF Suez doit encaisser ses gains à un moment prédéterminé de l'année - pas question donc d'attendre le moment opportun. "En fait, même aux yeux des patrons, les stock-options passent pour des billets de loterie à cause de ces effets d'aubaine", note Bruno Fourage, l'homme des rémunérations au cabinet Mercer.
Le principal aléa de ce dispositif tient à la date d'attribution. Début 2009, en plein marasme boursier, il fallait obtenir le maximum de stock-options à prix d'ami. A l'image de Jean-Pascal Tricoire, le président du directoire de Schneider Electric, gâté par son conseil d'administration. Dans le creux de la vague, fin février, il reçoit 45 000 options à 52 euros. Avec la remontée des cours, cette gratification - toutefois soumise à des conditions de performance - lui laisse espérer aujourd'hui une plus-value de pratiquement 1 million d'euros. En neuf mois seulement, l'espace d'une crise.
| Nom | Fonction | Société | Plus values en euros |
| Patrick Kron | PDG | Alstom | 2 517 847 |
| Xavier Huillard | Dir Général | Vinci | 2 069 495 |
| Gérard Lamarche | Dir financier | GDF Suez | 1 927 095 |
| Michel Landel | Dir Général | Sodexo | 1 355 200 |
| Gérard Mestrallet | Pt dir général | GDF Suez | 1 341 000 |
| Philippe Lemoine | Dir général délégué | Silic | 992 692 |
| Michel Pébereau | Pt du conseil d'administration | BNP Paribas | 953 589 |
| Nicolas Bazire | Dir développement et acqusitions | LVMH | 949 787 |
| Patrick Ricard | Pt du conseil d'administration | Pernod-Ricard | 906 057 |
| Philippe Forestier | Dir Général | Dassault Sytemes | 612 150 |
| Benoît Potier | PDG | Air Liquide | 594 340 |
| David Kenny | Membre du directoire | Publicis | 575 707 |
| Philippe Mellier | Pt du secteur transport | Alstom | 572 600 |
| Baudouin Prot | Dir Général | BNP Paribas | 538 301 |
| Vincent Taupin | PDG | Boursorama (Groupe Société Générale) | 496 300 |
| Alain Joly | Administrateur | Air Liquide | 478 855 |
| Jacques Alexandre | Dir Général Adjoint | Seb | 461 618 |
| Etienne Droit | Directeur Général Adjoint | Dassault Sytemes | 325 100 |
| François Tardan | Dir général délégué | Bureau Veritas | 322 100 |
| Thibault de Tersant | Directeur Financier | Dassault Sytemes | 313 354 |
| Paul Hermelin | Dir Général | Cap Gemini | 308 843 |
| Xavier Fontanet | PDG | Essilor | 268 692 |
| Benoît Potier | PDG | Air Liquide | 203 700 |
| Philippe Alfroid | Dir général délégué | Essilor | 188 882 |
| Pierre Pringuet | Directeur Général | Pernod Ricard | 171 736 |
| Gérard Buffière | Dir Général | Imerys | 113 574 |
| Emmanuel Faber | Dir général délégué | Danone | 97 566 |
| Thierry Desmarest | Pt du conseil d'administration | Total | 74 250 |

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Beaucoup de gens sont contre les stock-options et à mon avis pour de très bonnes raisons. En théorie pertinent, ce mode de rémunération ne résiste pas à l'épreuve des faits. Voir : http://polemistes.com/pour-ou-contre/faut-il-interdire-les-stock-options