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Finance

Société Générale: Jérôme Kerviel voulait être un « trader d'exception »

Guillaume Evin -  28/01/2008 17:55  - L'Expansion.com 
 
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Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre le courtier présumé coupable de la perte par la Société Générale de 5 milliards d'euros. Il devrait être mis en examen pour 4 chefs d'accusation, dont celui « d'abus de confiance aggravé ». Il risque 7 ans de prison. L'enquête a été confiée à deux vedettes du pôle financier.

Il voulait être un artiste des salles de marché. Un « trader d’exception » selon Jean-Claude Marin, le procureur de la République du TGI de Paris. Parce qu’il avait connu un parcours atypique à la SG en passant d’abord par la case anonyme du back-office, Jérôme Kerviel voulait se distinguer de la masse des golden-boy de son service et empocher au passage une prime juteuse pour services rendus à sa banque. De l’ordre de 300.000 euros pour l’année 2007. Soit trois fois plus que ses revenus annuels traditionnels. Il lui semblait même bénéficier d’une certaine tolérance de la part de la direction.

Pour preuve, ses fameuses positions sur les contrats à terme liés aux indices boursiers européens étaient encore créditrices le vendredi à midi, soit à deux jours et demi de leur liquidation en urgence. Et Jean-Claude Marin de confirmer que la SG avait virtuellement gagné 1,4 milliard d’euros au 31 décembre 2007 grâce aux manoeuvres de son employé. « Ce qui ressort des mots de M. Kerviel, c’est qu’il n’a pas agi pour son profit direct et personnel. Il a agi comme un trader, dépassant certes les autorisations, mais pas pour spolier la banque par des opérations frauduleuses » ajoute le procureur. Tels sont en tout cas les premiers éléments psychologiques qui ressortent des 48 heures de garde-à-vue du plus célèbre courtier de la Société Générale, auquel il aurait fait perdre 5 milliards d’euros il y a une semaine.

Pour l’heure, saisi de deux plaintes (l’une de la Société Générale elle-même et l’autre de l’Appac, une association de petits porteurs), le parquet de Paris a ouvert lundi une information judiciaire contre Jérôme Kerviel mais aussi contre X pour « intrusion dans un système automatisé de traitement de données », « faux et usage », « abus de confiance aggravé » et « tentative d’escroquerie ». Le courtier de 31 ans, qui a été déféré dans la journée au pôle financier, risque jusqu’à 7 ans de prison et 750.000 euros d’amende. Le jeune homme devrait être placé en mandat de dépôt, afin, dixit le magistrat, de « protéger ce garçon qui subit une pression considérable médiatique et professionnelle pouvant le conduire à fuir ce pays ». L’enquête a été confiée à deux "vedettes" du Palais de justice, Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset, un duo qui avait déjà œuvré dans l’affaire des transferts douteux du PSG.

Il anticipait un retournement du marché...

L’affaire aurait en fait commencé dès la fin 2005 et non courant 2006 comme l’affirmait jusque là le groupe dirigé par Daniel Bouton. « Puis, de jour en jour, en 2006 et 2007, Jérôme Kerviel a pris des positions de pure spéculation, détaille Jean-Claude Marin, jusqu’en ce début 2008 où il a anticipé un retournement du marché ». A intervalles réguliers, pourtant, ses opérations ont pu être signalées par certains services, tels le middle-office, la comptabilité ou le juridique. Mais, il semble que ces alertes aient à chaque fois « reçu des réponses falsifiées qui ont abouti au constat que lesdites opérations n’étaient pas risquées parce qu’elles étaient couvertes ». Dernière en date ? En novembre de la part d’Eurex, la société dédiée au marché des produits dérivés. En clair, en fournissant systématiquement des contreparties fictives, Jérôme Kerviel déjouaient les procédures de contrôle internes.

Il aurait également agi seul d’après les enquêteurs. Ce que conteste le trader faisant valoir que d’autres aussi ont pris des risques inconsidérés, quoique « à moindre niveau ». Et le même d’ajouter que les « dépassements se faisaient parfois à la marge des autorisations ». Du côté de la défense, justement, les avocats de Jérôme Kerviel ont stigmatisé la politique du bouc-émissaire, une sorte de « lynchage ». Me Christian Charrière-Bournazel a ainsi explicité lundi que c’était la SG, et elle seule, qui avait matérialisé la perte en débouclant sur trois jours les positions prises par son client au moment même où les marchés tanguaient sérieusement : « C’était précipité, car les marchés sont ensuite repartis à la hausse (…) La banque a liquidé ses positions dans des conditions atroces, c’est donc elle qui est responsable de la perte de 4,9 milliards d’euros ».

Le fait est que la Société Générale n’était pas tenue formellement de liquider les fameuses positions portant sur quelque 50 milliards, bien que de l’avis du magistrat, « une telle position spéculative sur les marchés pouvait accroître la perte très au-delà de 5 milliards ». On rejoint là l’analyse d’Alexandre Delaigue, professeur d’économie et de gestion, sur son blog intitulé Econoclaste : « La règle implicite, lorsqu’on est face à une position subie, est de s’en débarrasser le plus vite possible (…) Le risque c’est en effet que les choses se sachent, les concurrents de la banque sur les marchés auraient alors pu profiter de cette situation et la pousser à la faillite ». En parallèle, Me Elisabeth Meyer a accusé l’établissement de vouloir « élever un écran de fumée » pour faire diversion afin de masquer des « pertes beaucoup plus substantielles accumulées notamment dans l’invraisemblable équipée des subprimes ».

A Paris, l’action Société Générale poursuivait sa descente aux enfers. Après avoir lâché plus de 4% mercredi et jeudi, puis encore 2,5% vendredi, le titre dérapait de 3,8% lundi en clôture. Dans le même temps, l’Appac réclamait l’ouverture d’une autre information judiciaire, mais cette fois pour délit d’initié au vu de la cession de 85,7 millions de titres SG le 9 janvier par un administrateur de la banque, en l’occurrence l’américain Robert A. Day. Soit 10 jours avant que le scandale n’éclate en interne. Dans la foulée, deux des fondations dont il était proche ont écoulé à leur tour environ 1 million de titres dès le 10 janvier. Or, depuis cette date, la valeur Société Générale a fondu de plus de 20%.

 
Commentaires - (10)
JRLOR54 2/2/2008 Recommander 0

Ancien employé SOCGEN, handicapé moteur et licencie pour cette raison car l'on me proposait un emploi de 3h/jour où j'aurais dû faire 70 kms par jour pour travailler alors que j'avais un emploi à 15 kms de chez moi, je peux vous certifier qu'à l'époque où je travaillais au réseau SWIFT "règlements et virements à l'étranger, dès que le montant était un peu plus important, il me fallait demandé à mon supérieur hiérarchique afin qu'il vienne pour valider l'envoi de ces fonds. Je pense que Mr Kerviel n'est qu'un pion sur l'échiquier mais je lui en veux, car par sa faute il risque de mettre beaucoup d'employés sur la paille. D'autrepart, depuis le temps que la BNP souhaite acquérir la SOCGEN, je pense que celle-ci va enfin arrivait à ses moyens en déboursant moins que lors de sa précédente tentative en 1999. En ce qui concerne Mr Daniel BOUTON, je suis désolé, mais comment voulez-vous qu'il connaisse chacun de ses 130.000 salariés. J'estime pour ma part qu'il doit rester en place, c'est le meilleur moyen de rassurer non seulement les investisseurs, maisaussi la clientèle et le personnel

Claude 1/2/2008 Recommander 0

Jérôme Kerviel voulait être un « trader d'exception » - Il a réussi, au delà de ses espérances semble-t-il, et j'espère qu'il conservera son "record" longtemps !

Renaud 31/1/2008 Recommander 1

Une Chose qui me choque dans cette affaire c'est le battage médiatique lynchant ce trader. N'y a-t'il pas la présomption d'innoncence en France ?

JEAN 30/1/2008 Recommander 0

Les treders ne riquent-ils pas l'addiction des joueurs de par leur travail et cette maladie qui les toucherai ne serait-elle pas à considérer comme une maladie professionnelle liée à cette activité

Anonymous 29/1/2008 Recommander 4

Faut-il rappeler que la SG et son président ont été condamnés encorrectionnel ? Faut-il rappeler les multiples déclarations de la SG selon lesquelles la crise des subprimes ne s'élevait pas à plus que quelques centaines de millions, alors que l'on annonce maintenant 2 milliards ... Faut-il rappeler que ce trader aurait spéculer avec le compte propre de la banque, numéro un mondial dans ce type trading. Avoir des positions gagnantes ou perdantes fait partie du lot de cette activité. Quand il gagnait "virtuellement" plus d'1 milliard, la SG ne se serait-elle pas vanter de ses bonnes performances ? Cette perte était virtuelle, ce n'est pas lui qui a soldé cette position, pourquoi dès lors devrait-il être responsable ? S'il a exploité les failles d'un système, cela reste un problème interne à la SG. Si les contrôles internes de la SG n'étaient pas assez efficients, cela ne lui incombe pas. Ce qu'on lui demande, c'est d'essayer de faire le maximum de performance, car la SG tire de colossaux revenus de cette activité ... Voilà de quoi relativiser.

milou 29/1/2008 Recommander 2

Moi j'attends de voir avec impatience comment va être traiter ce trader par rapport à nos politiques déjà condamné pour des détournements d'argent publique (donc pire que de l'argent "privé")... Quelques choses me dit que ce Jérome n'aura pas autant de clémence...

doudou 29/1/2008 Recommander 1

la seule chose qui me vient a l esprit c est qu il n a pu etre tout seul pour faire ses transactions frauduleuses et que cela doit avoir des ramifications plus importantes et que cet homme a été peut etre trop malin mais que la SG n est rien fait pour arreter cette affaire c est que le président est incompetent et qu il devrait avoir la décence de demissionner.

imaginons que 28/1/2008 Recommander 0

imaginons qu'on l'ai laisser faire ses "combines" avec l'espoir de générer d'immenses profits.Puis on applique le chantage suivant: on partage les sommes de ces comptes fictifs dont on effacera toute traces ou on te dénonce... A étudier non? enfin tout autre chose, ce gouverneur de la Banque de France si prompt à "se mettre au service" de la SG au lieu de rester distant! cherche t'il à protéger ses amitiés de la finance ?

Ulysse65 28/1/2008 Recommander 0

Comme je le cragnais pour ce trader, certes coupable de s'être "emballé" devant le succès de son activité (il avait fait gagner plus d'un milliard à la S.G. en décembre 2007), la brigade financière (sous quelle influence ?) l'a déclaré seul responsable. Les petits porteurs n'ont plus que leurs yeux pour pleurer alors que la direction de cette banque a pour le moins fait preuve de grave négligence. C'est valable pour la Société Générale, mais qu'en est il des autres établissements bancaires ?

bouloy 28/1/2008 Recommander 3

que l on arrete de prendre les Français pour des demeurer messieurs de la politico- finançe .bien mal acquis ne profite jamais.je ne vous salut meme pas je prefere garder les mains propres.

 
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