
Parce que les fermetures de sites temporaires ne suffisent plus, le constructeur sochalien ouvre un nouveau guichet de départs portant sur 3550 emplois, le 3ème en 18 mois. Pour l'instant sur la base du volontariat.
Sept mille postes supprimés l’an dernier, encore la moitié cette année. Sévèrement touché par la recession à l’instar de tous les grands noms de l’industrie automobile mondiale, PSA est contraint de pousser le curseur toujours plus loin et d’aller désormais au-delà des mesures de chômage technique temporaires.
Le groupe dirigé par Christian Streiff a indiqué jeudi qu’il supprimera 3550 postes supplémentaires, dont 850 dans la seule usine de Rennes, celle qui assemble les Citroën C5 et C6 ainsi que la Peugeot 408. Soit du haut de gamme et du moyen supérieur, deux des segments les plus fragilisés dans le contexte actuel. Son rival Renault l’avait précédé de quelques mois en lâchant un plan de restructuration portant sur 6000 emplois à l’échelle européenne.
Pour l’heure, chez PSA, il (ne) s’agit encore (que) d’un guichet – le 3ème en 18 mois –, qui concerne tout le monde sur tous les sites en France. Autrement dit, la direction n’évoque que des départs volontaires. Elle réfute à ce jour tout licenciement sec et tout dispositif de pré-retraite.
A terme, cependant, le premier constructeur français brandit la menace de coupes claires plus sévères encore : « Le pire serait de ne rien faire, explique Jean-Luc Vergne, le DRH. Cela pourrait remettre en cause la pérennité du groupe et ses 200.000 emplois ». Côté syndicats, on tire la sonnette d’alarme. A la CGT "maison", on juge « scandaleuses » de telles décisions : « Pourquoi les salariés doivent-ils subir ces mesures alors que le groupe a dégagé 733 millions de bénéfices nets au premier semestre ? Comme le précédent plan, celui-ci va toucher des compétences-clés. Et pendant ce trmps, on ne laisse pas partir les 55 ans et plus des lignes de montage alors qu’ils sont nombreux à vouloir partir ». Chez FO, le responsable de section se montre plus direct encore, redoutant in fine des pressions sur les salariés : « Les volontaires, je crains qu’on ne les trouve pas tous, si bien que les directions risquent de se faire plus insistantes ».
Peugeot Citroën s’enfonce un peu plus dans le dur, alors que sa production est en berne. Parce que se profile le spectre de stocks à un niveau intenable, le groupe a d’ores et déjà revu ses objectifs de production à la baisse de 30% pour la quatrième trimestre et redoute un marasme similaire en 2009. En décembre, la plus grande usine du n°2 européen, celle de Sochaux, sera fermée durant un mois. Idem à Rennes et Poissy et dans une moindre mesure en Espagne, à Madrid et Vigo.
A Rennes, notamment, l’activité s’est effondrée de 20% en volume. Le groupe se retrouve donc en surcapacités. Trop d’ouvriers et pas assez de véhicules à monter, dès lors que l’assèchement du crédit a bridé la demande. Un mécanisme logiquement à l’œuvre sur les segments supérieurs où les prix demeurent les plus élevés.
Résultat ? PSA a évualé à 900 le nombre de cols bleus excédentaires. Ceux-ci seront redéployés sur d’autres sites, un peu plus préservés, tels Mulhouse, Sochaux, Poissy ou Aulnay, ceux dédiés aux petits modèles (C2) et aux voitures dites moyennes-inférieures (C3, C4). Cela étant, 850 postes sont appelés à disparaître purement et simplement. Le seul espoir de l’usine bretonne réside en fait dans l’arrivée d’un nouveau véhicule, programmée en principe d’ici deux ans. Le dispositif de redéploiement des « emplois et des compétences » sera abordé lors d’un CCE extraordinaire le 2 décembre.
En attendant, le climat y est des plus sombres. "C'est un coup de massue" a réagi Nadine Cormier du syndicat FO. "Je ne vois pas comment on pourrait trouver 850 volontaires pour quitter l'entreprise", a-t-elle indiqué. "On peut imaginer que la direction procédera à des licenciements car il n'y aura pas beaucoup de volontaires dans le contexte économique actuel", estime également Michel Bourdon de la CGT. "L'ambiance est tendue. Les salariés ont peur pour l'avenir", souligne Pascal Steinbach, du Syndicat indépendant de l'automobile (SIA, majoritaire), reconnaissant qu'on "peut craindre des licenciements". "L'ambiance est très moyenne à l'usine. Ni les ouvriers, ni les cadres ne savent ce qu'ils vont devenir dans un an ou deux", a enfin témoigné un employé sous couvert de l'anonymat.

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