Rien ne va plus pour le numéro un de l'agroalimentaire italien. D'aucuns redoutent un Enron à l'européenne, avec faillite à la clé : Parmalat est soupçonné de manipulations comptables. Un conseil d'administration d'urgence se réunira demain mardi. Bruxelles s'est emparé de l'affaire.
L’affaire Parmalat tourne à "l’enronite" aigüe : chaque jour qui passe apporte désormais son lot de révélations consternantes. Dernières en date, après les perquisitions menées samedi chez les auditeurs du groupe ? Le numéro un agroalimentaire italien fait depuis aujourd’hui lundi l’objet d’une enquête du parquet milanais sur d’éventuelles malversations comptables. En clair, Parmalat aurait un "trou" dans sa trésorerie de l’ordre de 7 à 10 milliards d’euros. Soit deux à trois fois plus que le scénario noir déjà esquissé vendredi dernier. Soit davantage que son chiffre d’affaires ! Surtout, le plus grand flou entoure dorénavant cette somme "fantôme". D’aucuns estiment même que loin de s’être volatilisée (pertes classiques), elle n’a tout simplement jamais existé. En certifiant qu’elle n’a jamais été consolidée dans les bilans de la filiale Bonlat, une entreprise basée aux îles Caïmans, Bank of America a jeté un discrédit définitif sur l’ensemble du dossier. Dans le même ordre d'idée, le passif du groupe serait lui aussi à géométrie variable. Estimée à 6,5 milliards, la dette frôlerait en réalité les 9,5 milliards.
Face à cela, Enrico Bondi, le nouvel homme fort du groupe, réunira en urgence demain mardi un nouveau conseil d’administration, après s’être entretenu la veille avec le ministre de l’Industrie. L’enjeu ? Sauvegarder au maximum les 35 000 emplois, dont les 4 000 de la péninsule, alors que se profile de plus en plus le dépôt de bilan. A cet égard, le PDG de Parmalat doit également se rendre demain au tribunal des faillites de Parme pour envisager les différents scenarii de sortie de crise.
A vrai dire, le spécialiste des produits laitiers n’a plus guère le choix. Deux options existent au regard de l’arsenal législatif en vigueur. Soit le groupe est placé sous "administration contrôlée" (ce qui ressemblerait alors à un placement sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine), soit il est mis sous la tutelle d’un administrateur nommé par le ministère de l’Industrie (ce qui s'assimilerait dans ce cas à une sorte de pré-liquidation). Dans les deux cas, le pire est à craindre, avec les répercussions que l’on imagine pour l’ensemble de la galaxie financière transalpine, puisque les plus grandes banques sont exposées au risque Parmalat, dont Capitalia et Banca Intesa. La mise en faillite pourrait même intervenir dès demain.
En attendant, Bruxelles s’est emparé du dossier et a exhorté le palais Chigi de l’informer d’un éventuel plan de soutien, avec aides publiques à la clé. Le souci des services de Mario Monti étant d’éviter un nouvel Alstom. On se souvient en effet que le plan de sauvetage du groupe d’ingénierie orchestré par Paris avait pour le moins heurté l’Union Européenne.

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