Cinq questions à Yves Marçais, vendeur institutionnel chez Global Equities, au moment où la faillite de Lehman Brothers, la 4ème banque d'affaires américaine, affole la finance internationale.
Lehman Brothers s’est placée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites. Etait-ce la seule issue possible ?
A vrai dire on a espéré tout le week-end qu’un repreneur se manifeste. Et puis, aucun candidat n’est venu. La crise des subprimes s’éternise depuis plus d’un an maintenant. Les banques ont beaucoup puisé dans leurs fonds propres, ce qui a altéré leurs ratios de solvabilité. Peu d’entre elles ont finalement les moyens d’intervenir. Bank of America s’offre Merrill Lynch, mais a dû y mettre le prix. Soit 50 milliards de dollars. Soit autant que la somme perdue par sa « cible » depuis le début de la crise.
Jusque là le Trésor américain est toujours venu à la rescousse. Que ce soit pour Bear Stearns au printemps ou bien Freddie Mac et Fannie Mae la semaine dernière. Avec Lehman, rien de tel. Pourquoi ?
C’est une grave erreur à mon sens de la part des autorités américaines. Mais il est vrai que leur interventionnisme auprès des deux spécialistes du refinancement hypothécaire leur a été beaucoup reproché. On ne laisse pas ainsi un secteur à la dérive. L’heure n’est pas au procès en responsabilités mais au sauvetage d’urgence. Après, une fois la crise digérée, il est toujours temps de durcir les règles. Cela dit, il ne s’agit pour l’heure que de banques d’affaires. On peut penser que les pouvoirs publics n’auraient pas réagi de la sorte s’il s’était agi de banques généralistes. Souvenons-nous du précédent Northern Rock au Royaume-Uni.
L’infernal jeu de domino peut-il seulement s’arrêter ?
On assiste à une sorte de concentration à marche forcée, où seuls les banques les plus solides et les mieux gérées sortiront la tête de l’eau. Les Allemands l’ont du reste bien compris puisqu’ils ont préféré anticiper le mouvement plutôt que de le subir en fusionnant il y a peu Commerzbank et Dresdner d’un côté, et en s’apprêtant à unir Deutsche Bank et Postbank de l’autre. On est au bord d’une crise systémique. D’autres poids lourds peuvent tomber. Je pense à la première banque suisse, UBS, notamment, l’une des plus touchées par les subprimes. Le système tourne à vide, car les banques n’ont plus les moyens de se supporter les unes les autres. Et puis, leur exposition à un risque de défaillance est colossal. On parle de 138 milliards de dollars pour Citigroup et Bank of New York à l’égard de Lehman Brothers !
Que peut-on espérer dans les tous prochains jours ?
Goldman Sachs, la première des banques d’affaires américaines, dévoile à son tour ses résultats trimestriels mardi. S’ils sont bons, tant au niveau du résultat net par action que de l’exposition aux subprimes, cela peut rassurer les marchés. Cela peut enrayer la spirale. S’ils sont mauvais, cela peut faire au contraire très très mal… Et puis, il faudra scruter avec attention AIG. Le n°1 de l’assurance aux Etats-Unis peut être tenté de se délester de quantité de portefeuilles d’actifs, car il est contraint de se refinancer au plus vite. Il lui faut environ 40 milliards de dollars. Son titre a dévissé de 30% vendredi . (Ndlr lundi, l’action plongeait encore de 45% vers 17 heures, heure française).
Et en France ? Pourquoi les banques semblent-elles relativement épargnées ?
C’est là l’effet de leur modèle universel. Ce concept alimente en fait un cercle vertueux : avec leur division BFI (banque de financement et d’investissement), les établissements prennent des risques, mais s’assurent en parallèle un filet de sécurité avec leur réseau, dont les profits permettent de nouveau d’investir dans leur branche de financement et ainsi de suite… On redécouvre ainsi les charmes du « retail » qui procure une dynamique équilibrée.

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