Maurice Lévy a choisi cet homme de presse bien sous tous rapports, qui a brillé au « Financial Times », pour projeter Publicis Worldwide dans l'ère du Net. Et, peut-être, en faire son dauphin.
Olivier Fleurot reçoit dans les salons de Publicis baignés par la lumière venue de la célèbre terrasse ouverte sur l'Arc de triomphe. Une photo avec vue sur l'Etoile ? Il hésite... c'est le cliché fétiche de Maurice Lévy, le big boss, et certains pourraient mal interpréter le geste. Finalement, il se prête au jeu avec le sourire de celui qui n'a rien à se reprocher. Olivier Fleurot a déboulé sur la planète pub sans prévenir. Ce quinqua à la carrure de rugbyman est surtout connu pour avoir été le seul Frenchy à avoir dirigé le Financial Times, le très respecté quotidien britannique des affaires. Depuis l'automne dernier, il a la haute main sur la filiale la plus importante de la maison, Publicis Worldwide, le réseau mondial de Publicis. Une nomination comme une autre à un moment où le marché des transferts de créatifs dans la pub rappelle le Mercato des championnats de football ?
Pas tout à fait. Publicis Worldwide et ses 9 000 salariés, c'est le coeur historique du groupe créé par Marcel Bleustein-Blanchet dans les années 20, le « bébé » de Maurice Lévy qu'il n'a jamais voulu lâcher, parallèlement à la présidence du directoire depuis 1988. Cela a suffi à relancer les spéculations sur sa succession à la tête du groupe. Un sujet longtemps resté tabou au sixième étage de l'immeuble du drugstore des Champs-Elysées, jusqu'à ce qu'Elisabeth Badinter, présidente du conseil de surveillance, s'en mêle. Fille du fondateur, principale actionnaire de Publicis (10,2 % du capital), elle presse depuis plusieurs années Maurice Lévy, 65 ans, dont le départ est programmé pour 2010, de se trouver un dauphin. D'autant qu'elle a conscience que ses enfants, Benjamin et Simon Badinter (36 et 38 ans), sont trop jeunes pour prendre la relève. Il y a quelques mois, Maurice Lévy s'est donc entouré d'un cercle de successeurs, et Olivier Fleurot n'est pas le moins bien placé.
1975
Diplômé de l'Ecole des mines de Saint-Etienne, il entre comme ingénieur chez Degrémont aux Etats-Unis.
1978
Il démissionne pour devenir journaliste à « L'Usine nouvelle ».
1984
Nouveau virage : il est nommé directeur du marketing de Lotus Dévelop-pement, puis des « Echos ».
1996
Il prend la direction générale des « Echos ».
1998
Il devient le premier Français à diriger le « Financial Times ».
Octobre 2006
Maurice Lévy fait appel à lui pour présider Publicis Worldwide.
L'ancien patron du Financial Times déboule sur son nouveau terrain de jeux sans états d'âme ni a priori. Il n'est pas à proprement parler un « fils de pub ». « Ce n'est pas grave, dit Philippe Lentschener, président de Publicis-France. Aujourd'hui, il vaut mieux quelqu'un qui a essuyé les plâtres de l'ère Internet qu'un baroudeur de la pub. » Lorsqu'il a rejoint Publicis, en 1971, Maurice Lévy n'était-il pas ingénieur informaticien ? Pour partir à l'assaut des clients, Olivier Fleurot sera de toute façon secondé par Richard Pinder, un vrai chasseur de pub, pour le coup. Olivier Fleurot apportera son carnet d'adresses, son aisance dans l'univers anglo-saxon ainsi que sa connaissance des nouveaux médias. Et un oeil frais sur cet univers impitoyable.
Costume sage, montre Hermès au poignet, marié, père de trois enfants, Olivier Fleurot a tout du fils de bonne famille. Il a hérité du sang-froid d'un père pilote de chasse et de la chaleur d'une mère grandie en Afrique du Nord. Etudiant à l'Ecole des mines de Saint-Etienne - « parce que je me débrouillais bien en maths », dit-il -, il se retrouve au cours de sa première année 500 mètres sous terre avec les mineurs de Gardanne (Bouches-du-Rhône). L'ingénieur fait ensuite ses classes dans le traitement de l'eau chez Degrémont, en Irak, en Turquie, en Libye puis aux Etats-Unis. Il y laisse le souvenir d'un collaborateur chaleureux, à l'écoute des autres, mais déterminé. Paul Blue, un Américain francophile rencontré là-bas, devenu par la suite un de ses plus fidèles amis, se souvient : « Il s'est tout de suite fondu dans l'univers anglo-saxon. Au point qu'on le prenait pour l'Américain, et moi pour le Français. Cela l'a probablement servi lorsqu'il a été choisi pour diriger le Financial Times. »
A la surprise générale, au bout de trois ans, Olivier Fleurot change radicalement de voie. « Un matin, je me suis réveillé avec l'envie de devenir journaliste et j'ai démissionné, contre l'avis de tout le monde : mon père, mon boss, mes amis. C'est mon premier vrai choix. » Quelques mois plus tard, une petite annonce dans Le Monde lui permet de réaliser son rêve : « Cherchons ingénieur voulant devenir journaliste. » Il entrera à L'Usine nouvelle comme responsable de la rubrique « Hydropneumatique »...

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