La direction de l'ex-WorldCom a rejeté pour la troisième fois l'offre encore améliorée de Qwest, s'en tenant donc à sa fusion avec Verizon jugée plus cohérente industriellement. La parole est désormais aux actionnaires de MCI. Vont-ils se laisser tenter ?
Jusqu'à quel point le management de MCI peut-il ignorer les milliards supplémentaires offerts par Qwest sans se couper définitivement de ses actionnaires ? De fait, l'ex-WorldCom a rejeté pour la troisième fois (la dernière ?) l'offre de rachat du quatrième opérateur du pays, pourtant encore améliorée de 500 millions, préférant donc se laisser happer par Verizon, le leader, pour un prix bien moindre. Résultat : Qwest propose en vain 8,93 milliards de dollars, quand Verizon semble a priori emporter la décision avec – seulement – 7,6 milliards. Soit désormais un différentiel de 17% environ entre les deux prétendants. Il est vrai que Qwest joue sans doute là son va-tout, tant sa situation serait intenable s'il venait à se retrouver isolé. Qwest devenant alors à son tour tôt ou tard une proie de choix, à l'heure où le secteur connaît une nouvelle phase de consolidation.
Il y a quelques années encore, en pleine euphorie de la net economy, cet arbitrage en faveur de l'offre la moins-disante aurait été inconcevable. Aujourd'hui, la direction de MCI paraît vouloir préférer une OPA amicale avec le numéro un du marché américain longue distance, plutôt qu'une autre, peut-être plus aléatoire mais visiblement plus juteuse à court terme, avec un opérateur régional moins prestigieux et susceptible d'être marginalisé en cas d'échec.
Toutefois, il n'est pas sûr que l'actionnariat du groupe suive ce raisonnement ad vitam aeternam. L'investisseur mexicain, Carlos Slim, premier actionnaire avec 13,7%, a le premier évoqué ce « cas de conscience », espérant ainsi que les deux rivaux se lanceraient dans une surenchère féconde pour ses intérêts. Ce qui du reste s'est déjà produit, puisque Verizon, aiguillonné par la première relance de Qwest, a revu sa copie, passant de 6,75 milliards à 7,6 milliards. L'affaire n'est donc pas bouclée. Loin de là. Car, le dernier mot reviendra aux actionnaires. Or, il n'est pas sûr qu'ils puissent rester éternellement insensibles à la puissance du cash. En attendant un énième rebondissement, Qwest a d'ores et déjà recruté un cabinet spécialisé dans l'évaluation d'opinion des conseils d'administration afin de se préparer à toute OPA hostile…

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