Après cinq mois de tergiversations en tous genres, Gas Natural est finalement autorisé par le gouvernement espagnol à lancer son OPA hostile à 22,5 milliards d'euros sur son compatriote Endesa.
Cinq mois après l'annonce de son OPA hostile à 22,5 milliards d'euros sur son compatriote Endesa, l'espagnol Gas Natural touche enfin au but. Aujourd'hui vendredi, après moult consultations et avis contradictoires de toutes sortes, Madrid a en effet dit oui – quoique sous certaines conditions – à ce méga-rapprochement 100% ibérique dans l'énergie. Il devrait d'ailleurs avoir lieu d'ici deux mois.
En cas de succès, la nouvelle entité, qui regroupera donc les numéros un du gaz (44% sur le marché libéralisé et 83% sur celui des particuliers) et de l'électricité (38% pour la production, 43% pour la distribution) en-deçà des Pyrénées, se hissera d'emblée parmi les champions européens. Le duo pourra revendiquer 32 millions de clients, dont la moitié sur le Vieux Continent, répartis dans onze pays. En France, le groupe GasNatural-Endesa contrôlera ainsi les deux tiers du capital de la SNET, la Société nationale d'électricité et de thermique, numéro deux hexagonal. Et surtout, il sera leader en Amérique latine, grâce à ses bastions au Brésil, en Argentine, en Colombie et au Pérou.
Du côté d'Endesa, c'est évidemment la consternation. Bien que débouté il y a deux jours par la Cour européenne de justice (CEJ), l'ancien monopole public électrique, privatisé il y a sept ans, envisage toutefois une ultime manœuvre pour échapper à l'absorption pure et simple : la saisine du Tribunal Suprême, la principale instance judiciaire espagnole.
Seul en ligne dans ce dossier depuis que Bruxelles s'en était dessaisi au motif que les deux tiers du chiffre d'affaires combiné des impétrants étaient réalisés en Espagne, le gouvernement de José Luis Zapatero a toutefois assorti son feu vert d'une flopée de conditions. Cela afin que le nouveau mastodonte respecte les règles de la concurrence sur son marché domestique. Concrètement, Gas Natural devra ainsi se plier à vingt injonctions, dont la cession d'actifs représentant une capacité de 4.300 mégawatts. Or, initialement, le « prédateur » ne pensait en rétrocéder que 3.100. Parmi les autres concessions incontournables : le groupe catalan devra revendre aux enchères l'an prochain 1,8 milliard de mètres cubes de gaz, soit l'équivalent de son volume importé en 2005. Et puis lâcher sa branche de commercialisation d'électricité ainsi que celle de gaz d'Endesa. Le tout devrait en principe réjouir Iberdrola, le concurrent direct d'Endesa, promis de longue date pour récupérer entre 7 et 9 milliards d'euros d'actifs de l'opération.
Sur le fond, ces grandes manœuvres hispano-espagnoles s'inscrivent dans un mouvement global de concentration du secteur, où l'on assiste à une course de vitesse aux offres mixtes : gaz + électricité. L'idée étant pour chaque opérateur électrique de court-circuiter son homologue gazier, et inversement, lors la libéralisation totale du marché. En France, Suez a ainsi mis la main sur la totalité du belge Electrabel ; EDF a levé des milliards d'euros lors de son introduction en bourse en vue notamment de se renforcer hors de ses frontières. En Allemagne, E.ON lorgne sur le britannique Scottish Power, mais doit désormais compter avec l'appétit du russe Gazprom.

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