Au bout du suspense, lors de l'ultime tour de scrutin, Londres décroche les J.O. de 2012. Par 54 voix contre 50 pour Paris. Récit des événements, réactions et conséquences...
Londres décroche l'or olympique dans la toute dernière ligne droite, un peu à l'image de la victoire remportée au finish sur 1500 mètres par Sebastian Coe, le charismatique patron de son comité de candidature, il y a vingt et un an aux J.O. de Los Angeles. Au quatrième et dernier tour de scrutin, avec quatre petites voix d'avance sur un peu plus d'une centaine exprimées, la capitale anglaise rafle donc l'organisation des XXXème Jeux Olympiques d'été de 2012. Elle coiffe en finale son ultime rivale, Paris, sur le score de 54 suffrages contre 50. Les trois autres villes candidates, Moscou, New-York et Madrid, avaient été éliminées dans cet ordre lors des trois tours précédents, qui, rappelons-le se sont tous tenus à bulletins (électroniques) secrets.
A Paris, Matignon s'est empressée de préciser que trois des installations sportives prévues en cas de succès seront malgré tout construites. Il s'agit du vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines, de la piscine d'Aubervilliers et de la base nautique de Vaires-sur-Marne. Pour sa part, New-York songe déjà sérieusement à postuler pour 2016. Quant à Madrid, son maire, Alberto Ruiz-Gallardon, a déclaré que "sa ville sera à nouveau candidate", sans qu'aucune échéance ne soit toutefois évoquée.
Dans le détail, le décompte des voix aux différents tours livre dans l'immédiat deux enseignements. Primo, Londres a toujours devancé Paris auprès des membres du CIO. D'abord de 1 voix, puis de 2, ensuite de 6 et enfin de 4. Secundo, Londres a profité d'un report assez favorable dans l'ultime round, puisque la capitale outre-Manche a hérité de près de la moitié des voix qui s'étaient portées sur Madrid précédemment (47% exactement) ; de quoi lui permettre de maintenir son avance sur la capitale française. Arithmétiquement parlant, la surprise provient en fait de Madrid, puisque la cité espagnole était en tête au deuxième tour avec 32 voix après le retrait de Moscou. Soit respectivement 5 et 7 de plus que Londres et Paris. Mais elle s'est effondrée au tour suivant en perdant 1 voix (31) à la suite de l'éviction de New-York.
A vrai dire, Londres revient de loin. Donnée pour perdante il y a un an sur fond de rivalités intestines au sein de son comité de candidature, la ville dirigée par Ken Livingstone a davantage livré un sprint échevelé plutôt qu'une course de fond, comme ce fut le cas pour Paris et Madrid. A preuve, elle était nettement distancée lors des pointages intermédiaires effectués par le CIO. Portée par lord Sebastian Coe, qui a pris la direction des opérations en catastrophe en mai 2004, Londres a alors peu à peu grignoté son retard sur ses deux concurrentes latines à la faveur d'une part, de la visite au printemps de la commission d'évaluation du CIO et d'autre part, d'un lobbying musclé mené dans les toutes dernières semaines.
De fait, l'activisme britannique se déploie tous azimuts. Sebastian Coe parvient d'abord à rallier Nelson Mandela à sa cause, dont l'influence auprès de l'afrique anglophone reste prépondérante. Il laisse entendre ensuite qu'il dispose d'une enveloppe de 20 millions d'euros en sweeteners (sucreries) et autres freebies (cadeaux) pour les athlètes et les comités nationaux. Le CIO brandit alors le carton jaune pour la forme, mais l'essentiel n'était-il pas de faire passer le message ? Enfin, dernier étage de la « fusée » londonnienne : Tony Blair en personne se rend quelques jours avant le Jour J pour rencontrer individuellement les futurs votants. Le battage médiatique autour de Londres bat son plein. La ville est présentée dans une courbe ascendante, cependant que Paris, présumée favorite, semble stagner. Au final, prime semble être donnée à « l'appel à la jeunesse et au multiculturalisme » lancé par les promoteurs du dossier londonien, plutôt qu'à la « fidélité à l'esprit olympique » vanté par les tenants du dossier parisien.
En France, c'est bel et bien Paris perdu. Pour la troisième fois dans l'histoire récente, la ville aujourd'hui dirigée par Bertrand Delanoë échoue à convaincre la communauté des « Anneaux ». Ce fut le cas pour les Jeux de 1992 (Barcelone) puis ceux de 2008 (Pékin). A l'inverse, Londres est consacrée pour sa première tentative. Elle sera également la première à accueillir le plus grand événement médiatique mondial pour la troisième fois, après 1908 et 1948.

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