Le carnet d'adresses du nouveau patron de PSA doit beaucoup au quart de siècle qu'il a passé à Saint-Gobain.
Dauphin éjecté de Saint-Gobain, démissionnaire surprise à Airbus, Christian Streiff s'est finalement hissé à la présidence du directoire du Groupe PSA, l'une des places les plus convoitées du capitalisme français. L'une des plus exposées aussi, au moment où les profits plongent et les modèles vieillissent. D'autant que son premier discours, le 6 février, n'a pas vraiment convaincu.
Gerhard Cromme
Hubertus von Grünberg
Heinrich von Pierer
Christian Streiff a travaillé sous les ordres du patron de ThyssenKrupp, considéré comme la référence éthique du patronat allemand. Il est proche du PDG de Continental et de celui du Groupe Siemens.
Dès le début, la carrière de Christian Streiff se joue sur un échec et une rencontre. Elève brillant, il sort major de sa promotion des Mines de Paris. Devant Pierre Lévi, futur patron de l'équipementier automobile Faurecia. C'est sur les planches du théâtre amateur de l'école qu'il se lie avec Thérèse Martinet, actuelle directrice de l'environnement de PSA, et avec Olivier Barberot, aujourd'hui DRH de France Télécom. De ces années, il a conservé des liens personnels étroits avec son professeur, Robert Pistre, directeur du développement des cadres dirigeants d'Areva et mentor attentif des mineurs.
Michel Pébereau
Bruno Roger
Jean-Bernard Lafonta
Le président de BNP Paribas et celui de la Banque Lazard, administrateurs du Groupe Saint-Gobain, figurent au rang des mentors du patron de PSA. Le directeur général de Wendel Investissement est devenu l'un de ses proches amis.
Tête brûlée, Streiff défend un projet plus écologique qu'industriel devant le jury du grand oral d'accès au prestigieux corps des ingénieurs des Mines. L'échec est cuisant. Mais sa prestation met en valeur un caractère entier qui séduit Pierre Laffitte, le président du jury, fondateur de Sophia-Antipolis et aujourd'hui sénateur radical. Il le recommande à Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain.
« Mettez-moi à l'épreuve », exige l'impétueux jeune homme dès sa première rencontre avec le patron tout-puissant. Ce dernier l'envoie ferrailler dans les bataillons d'active de Saint-Gobain, meilleure école de formation des dirigeants français. Après onze ans en Allemagne, il pose ses valises aux Etats-Unis, en Italie puis en Espagne. Partout, le général naissant se sort des bains de feu dans lesquels Beffa le plonge pour lui forger un tempérament de meneur d'hommes. « Très tôt, il a montré un talent de décideur hors du commun », témoigne Bruno Roger, président de la Banque Lazard à Paris.
Gérard Longuet
André Rossinot
Christian Pierret
Souvenir de ses années passées à
Pont-à-Mousson, il est en contact avec
le sénateur de la Meuse, le maire de Nancy et l'ancien député des Vosges.
En 1996, cette réputation parvient aux oreilles de Louis Schweitzer, qui lui propose la direction générale de Renault, qu'il décline. En 1999, arrivé à Nancy à la tête de Pont-à-Mousson, filiale de Saint-Gobain, il engage comme éminence grise Isabel Marey-Semper, une normalienne passée au conseil d'entreprise. C'est aussi dans l'Est que Streiff nouera ses principales relations politiques : Gérard Longuet, à l'époque président UDF du conseil régional de Lorraine, Christian Pierret, le député socialiste des Vosges, et André Rossinot, le maire radical de Nancy.
De dauphin de Beffa à persona non grata
Olivier Barberot
Thérèse Martinet
Robert Pistre
A l'Ecole des mines, il s'est lié avec les
actuels DRH de France Télécom et délé-
guée au développement durable de PSA. Il continue de voir Robert Pistre, d'Areva.
En 2004, il est intronisé dauphin de Jean-Louis Beffa. Mais un an plus tard, celui-ci le révoque brutalement. « Crime de lèse-majesté, il a voulu agir quand il ne fallait rien décider avant le départ de Beffa », révèle un proche. « Il a tué le père trop vite », lâche une source interne. « Ce fut atroce », résume aujourd'hui Streiff, devenu persona non grata à Saint-Gobain. Mais les membres du conseil d'administration du groupe, Michel Pébereau (BNP), Daniel Bernard (ex-Carrefour), Gérard Mestrallet (Suez) et Bruno Roger lui conservent leur confiance et l'aident à rebondir. « Il a un bon profil car ce brillant patron d'industrie a percé seul, sans être formaté, ni soutenu par les grands corps », analyse Jean-Bernard Lafonta, le directeur général du fonds d'investissement Wendel, qui a « chassé » Streiff dès son départ de Saint-Gobain.
Thierry Peugeot
Jean-Philippe Peugeot
Robert Peugeot
Il dirige PSA en étroite collaboration avec les n° 1 et n° 2 du conseil de surveillance et a associé Robert Peugeot aux réflexions stratégiques.
En juillet 2005, il trouve enfin un poste à sa mesure en prenant la tête d'Airbus, propriété du groupe européen EADS, où Français et Allemands se partagent le pouvoir. Les Allemands apprécient sa germanophilie, souvenir du temps où il travaillait outre-Rhin. Streiff y a fréquenté régulièrement Hubertus von Grünberg (Continental) et Gerhard Cromme (ThyssenKrupp), siégeant au conseil d'administration des deux groupes. Il était aussi en contact avec Heinrich von Pierer, le patron du Groupe Siemens. Noël Forgeard, ancien patron d'Airbus, l'adoube. Thierry Breton, le ministre de l'Economie, donne sa bénédiction. Patron déterminé, Streiff plaît à Louis Gallois, le coprésident français d'EADS, mais fâche Thomas Enders, le coprésident allemand. Nouvelle crise. Cent jours après son arrivée, Streiff quitte son poste.
Cette fois, l'exil ne dure pas. Jean-Martin Folz, le patron de PSA, a plaqué la famille Peugeot. Ernest-Antoine Seillière, qui préside le fonds d'investissement Wendel, fait partie du comité de sélection. Il pèse de tout son poids pour soutenir Streiff auprès des trois représentants clefs de la famille, Thierry Peugeot, qui préside le conseil de surveillance, Jean-Philippe Peugeot, son vice-président, et Robert Peugeot, membre du comité exécutif du groupe. Streiff l'emporte sur le fil.

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