Les points de tension de la fusion GDF/Suez

Guillaume Evin -  27/02/2006 17:15:00  - L'Expansion.com 
 

Statut des personnels, avenir des filiales de services énergétiques, pertinence industrielle, fragilisation d'EDF... Les questions brûlantes nées du rapprochement entre GDF et Suez ne manquent pas. Tour d'horizon.

Moins d'une semaine après que l'italien Enel eut laissé entendre qu'il pourrait avaler Suez sur fond de big-bang énergétique européen, Paris dévoilait lundi les premières modalités de sa méga contre-offensive, à savoir l'union de GDF avec la firme dirigée par Gérard Mestrallet. Annoncée dans l'urgence, l'opération est encore loin d'être bouclée. Elle devrait l'être « dans le courant du second semestre ».

Techniquement, GDF absorbera Suez bien que ce dernier soit plus gros que lui, sur la base d'une parité de 1 action Suez pour 1 action GDF. Ce qui suppose deux choses : d'une part que l'Etat renoncera à ses 70% de Gaz de France comme le prévoit la loi du 9 août 2004 (qui sera donc modifiée « dans les deux trois mois qui viennent ») et d'autre part, que l'entreprise dirigée par Jean-François Cirelli sera bel et bien privatisée, puisque les pouvoirs publics ne détiendront plus qu'une minorité de blocage, un peu au-delà des 34% du nouvel ensemble. Suffisante pour se prémunir contre toute tentative d'OPA ultérieure.

Le duo GDF-Suez se hissera sur la troisième marche du podium européen de l'énergie avec un chiffre d'affaires cumulé de 64 milliards d'euros et se classera même au deuxième rang par sa capitalisation boursière (environ 72 milliards), juste derrière… EDF (84 milliards). On ignore encore le nom du patron du futur groupe, même si le poste semble promis à Gérard Mestrallet. A Paris, les actions GDF et Suez lâchaient 2,8% et 5,8% lundi.

La question du double-statut. Ce sera sans doute là le point nodal des négociations entre gouvernement et syndicats. Bercy ne s'y est pas trompé du reste en s'empressant de préciser lundi que « les statuts des personnels ne seront pas modifiés ». Maintenant, il est à prévoir que cette déclaration de Thierry Breton ne suffise pas à calmer les esprits. C'est que l'enjeu pour les centrales est trop crucial, à savoir préserver coûte que coûte le statut très favorable des industries électriques et gazières (IEG), dont relèvent les salariés de GDF mais aussi ceux d'EDF. Si l'on s'en tient au statu quo social, la nouvelle entité qui émergera du mariage entre ces deux poids moyens (au regard des super-gros que constituent EDF, E.ON ou Enel) devra a priori composer avec les systèmes dérogatoires issus du public. Suez y est de toute façon déjà habitué puisque le groupe compte en son sein une myriade de petites compagnies qui lors de leur absorption ont négocié le maintien de leurs privilèges. C'est le cas notamment de la CNR, Compagnie nationale du Rhône, la CP-CU, la Compagnie parisienne de chauffage urbain, ou encore de la Smeg, la Société monégasque d'électricité et du gaz.

Le sort des salariés des filiales. Une fusion génère généralement des redondances. Le rapprochement GDF-Suez ne fera pas exception à cette règle non écrite. Et d'ailleurs Bruxelles ne se privera pas de le faire savoir au nom de la concurrence. Dès lors, les salariés des deux filiales de services énergétiques, la Cofatech de GDF et Elyo de Suez (l'actuel leader européen), peuvent s'estimer menacées. Quid également du sort de la filiale EGD, pour EDF-GDF Distribution, la dernière société commune des deux ex-monopoles ? Au moment où il faudra regrouper physiquement les troupes des deux nouveaux partenaires, il faudra a contrario séparer les quelque 60.000 salariés « mixtes » d'EGD (qui travaillent aussi bien pour EDF que GDF) et les répartir chacun au sein de leur tutelle respective, devenues rivales l'une et l'autre. D'où les craintes légitimes sur l'emploi. Et le secrétaire confédéral de la CGT Jean-Christophe Le Duigou d'évoquer « des milliers de suppressions d'emplois ». Pour sa part, l'Unsa ne dit pas autre chose lorsqu'elle souligne que « le personnel des deux entreprises a tout lieu de s'inquiéter des conséquences de ce mariage arrangé, notamment en matière d'emploi ». La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) voit, elle, dans cette affaire une « provocation supplémentaire » comparable à l'attaque contre le CDI via le CNE-CPE.

La pression sur EDF. L'irruption de ce nouveau mastodonte sur le sol français n'est a priori pas une bonne nouvelle pour le numéro un européen et mondial de l'énergie, longtemps intouchable, même si l'action bondissait lundi de 4%. Car le tandem GDF-Suez pourra se targuer d'emblée de peser de manière significative et sur le marché de l'électricité et sur celui du gaz. Or, Electricité de France est encore limité sur ce dernier. Pour le groupe dirigé par Pierre Gadonneix, le coup porté est d'autant plus rude qu'il doit se préparer en outre à une concurrence totalement débridée l'an prochain du fait de la dérégulation complète de 2007. Autre souci, et non des moindres pour la direction, l'effet domino : on se souvient que les syndicats « maison » furent longtemps vent debout contre l'ouverture du capital avant que l'afflux de salariés-actionnaires (5 millions de petits porteurs) ne vienne quelque peu brouiller leur message. Seulement, avec la fusion GDF-Suez, le gouvernement sera contraint par la loi de faire sauter le verrou de son seuil minimal de participation fixé aujourd'hui à 70%. Autant dire que chez EDF, on imagine déjà le pire avec une mesure similaire…

La question de l'eau et des services aux collectivités. La fusion GDF-Suez est censée faire sens sur le plan industriel. Les marchés ont d'ailleurs dans un premier temps applaudi au motif que les deux groupes s'avèrent très complémentaires : l'un est surtout présent en France, cependant que l'autre l'est davantage à l'international. Mais, risque de se poser tôt ou tard la question de l'avenir de la branche « Eau et Propreté » de Suez. Ce pôle ne pèsera en effet que 17% de l'activité du géant unifié. De sorte que le scénario d'une scission pure et simple pourrait finir par s'imposer pour préserver la cohérence de l'ensemble. Pour bon nombre de syndicats, dont la CFDT Chimie-Energie, le projet soumis à l'heure actuelle est bien trop flou pour être acceptable. Ils n'y voient « aucune perspective ». La présentation n'étant « que la juxtaposition de la photographie des deux groupes ».

 
 
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Commentaires - (1)
marco 1/9/2007 Recommander 0

On peut se demander effectivement ce qu'il adviendra du statut des salariés de gdf ainsi que d'edf si cettte fusion devait se réaliser. Ce n'est la déclaration de Mr Thierry Breton qui rassurera les salariés.Au moment où il faudra regrouper physiquement les troupes des deux nouveaux partenaires, il faudra a contrario séparer les quelque 60.000 salariés « mixtes » d'EGD (qui travaillent aussi bien pour EDF que GDF) et les répartir chacun au sein de leur tutelle respective, devenues rivales l'une et l'autre. D'où les craintes légitimes sur l'emploi. Et le secrétaire confédéral de la CGT Jean-Christophe Le Duigou d'évoquer « des milliers de suppressions d'emplois ». Pour sa part, l'Unsa ne dit pas autre chose lorsqu'elle souligne que « le personnel des deux entreprises a tout lieu de s'inquiéter des conséquences de ce mariage arrangé,notamment en matière d'emploi ». En conclusion j'aimerais savoir comment MR Sarkozy ainsi que ses proches collaborateurs de Bercy comptent s'y prendre pour proposer des solutions qui soient à la fois satisfaisantes pour les salariés d'edf/gdf ainsi que pour ceux de suez?

 
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